Les disques et les images de Laurent

Blog destiné à parler de la musique que j'aime, avec mes photos en plus.

18 septembre 2009

Vapeur Mauve Sept/Fuzzine

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Fin de l'aventure Vapeur pour mon Lou et moi. Vous pouvez retrouver le dernier numéro à l'adresse habituelle, avec de la qualité au rendez vous. Au programme le label Island, Tac Poum Système, Velvet Underground,  Wilburn Burchette, et surtout des interviews de Laurie Wisefield et Mick Farren. Pas des gens qui ont l'habitude de s'épancher dans les gazettes. Et donc, nous continuons notre bout de chemin, idéalistes que nous sommes. Venez lire Fuzzine, le tout nouveau Webzine super sympa, dont la peinture est encore toute fraiche. Pas de prise de tronche, juste du bon temps roulé. Et partagé. Surtout qu'on prépare quelques gros paquets, dont on à le secret.

http://fuzzine.over-blog.com/

http://www.rock6070.com/VapeurMauve/VM7.pdf


 

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11 septembre 2009

Tim Buckley

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Le rock (ou ce qu'il en reste) n'est plus guère que nécrophilie et replâtrage. Remastiquez moi les Beatles et les Stones, que ça rapporte bordel. Ouvrez les tombes aussi, pillez les, le cadavre s'en fout. Tim Buckley, artiste par essence invendable au grand public, a été plutôt bien traité par les archéologues, pour l'instant. Les ébouriffantes "John Peel Sessions" et le double live de 1968 sont, sans problèmes, des pépites dont le magnétisme brule la peau des mains.  Bien loin du triste "Honeyman" de 1973, ou un Buckley à la tessiture peu agréable s'embourbe dans un jazz rock funky. Nous arrive aujourd'hui ce "Live At The Folklore Center, NYC, March 6. 1967", et c'est la raclée. Enregistrées sur un engin des plus basiques, voici 16 chansons magnifiques (dont 6 inédits) propulsées par un magicien de vingt ans. Le beau, la science du beau, sont les seuls mots qu'on devrait être autorisé à écrire, pour disserter sur cet objet. Hallucinant d'entendre cette voix unique, son dialogue permanent avec la douze cordes. En tant que guitariste des plus minables, j'ai une vieille admiration pour n'importe qui capable, avec deux mains, de tirer quelque chose d'un de ces impossibles engins. Ici, on peut distinguer simultanément deux, voire trois, mélodies qui rebondissent dans les cordes. L'ambiance est relax, les 35 personnes de l'assistance polies et respectueuses, le tout respire le bon moment passé, sans chercher plus loin. Album de la rentrée, voire de l'année. Notes, Rove.

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04 septembre 2009

After Life

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La longue saga des groupes français, énième chapitre. La semaine dernière, j'apprends que l'album d'After Life ("Cauchemar" 1975) commence à taper une cote sérieuse. Voyons, me dis je, ces lyonnais tu les a déjà entendu. Mon camarade Lou me posait d'ailleurs la question de savoir si l'investissement (prés de 200 euros pour un original) valait le coup. Et je m'imposais une petite révision. Qui je l'avoue, a avorté avant la fin. La présence à la console de Jean Pierre Massiera (producteur pas réputé pour faire dans la discrétion) laissait au moins espérer du coloré, du pétaradant, pas autant de mollesse. C'est l'impression générale qui tombe immédiatement, tout ceci est bridé, le cul entre deux chaises, à essayer un peu tout ce qui marche. D'un boogie châtré, même pas capable de rivaliser avec les Rubettes, à une tentative funky modèle déposé Jeff Beck, jusqu'à une chansonnette inoffensive, tout y passe. Mais rien ne marche. En dépit d'une compétence qu'on devine certaine, d'un bon chanteur, d'une rythmique costaud, quelque chose grippe. Rien, tout ce qu'on ressent ici, du vide, de l'ennui. L'album est uniquement sorti en Espagne, bizarrement. Bien martelé sur une radio grand public, le carton était assuré, avec une produit aussi passe partout. A la limite, jetez une oreille sur une éventuelle réedition. La pochette est belle, c'est déjà quelque chose.

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28 août 2009

Marissa Nadler

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Après la rigueur de trois superbes disques acoustiques, Marissa Nadler met le paquet, et tente un exercice difficile. Ou comment négocier un virage radical, sans perdre sa forte identité ni se renier. Autant dire que les vieux fans vont souffrir, et devoir s’accrocher pour extraire la substance de ce Little Hells. Un exercice comme  Mary Comes Alive (sonorités froides et ingrates, relent de beat techno) n’aura rien pour les attirer d’entrée. Point vraiment faible d’un album qui cherche, trouve souvent, mais demande beaucoup d’attention. Spécialité maison, les complaintes douloureuses roulent maintenant sur des claviers, en balisant un champ très large pour l’avenir. Des petits bijoux comme  Rosary ou River Of Dirt  brillent fortement, dans un album riche. Où le spleen nocturne prend des couleurs troublantes, porté par cette voix si spéciale. Et par ces textures qui autorisent les textes à envisager des résonances inédites. Bien que le meilleur se trouve dans les arrangements les plus simple, à mon humble avis. Collection de chansons pour humeurs blessées et hésitantes, ce nouveau disque est construit en trompe l’œil. Jamais en trompe l’âme.


 Marissa m’a accordé une interview, merci à elle.


Laurent : Présentation. Comment êtes vous venue  à la musique ?

Marissa Nadler : Je viens d’une petite ville, prés de Boston. J’ai découvert la musique à travers mes parents hippies, et mon frère qui était dans un groupe au lycée. A 14 ans, j’ai appris la guitare, et commencé à écrire des chansons.

 L : Premiers et derniers disques achetés, musiciens favoris.

MN: Throwing Muses, Kristin Hersh, Mazzy Star, Joni Mitchell, Leonard Cohen, les Smiths, les Cure, le Velvet Underground, je pourrais continuer à l’infini. Le dernier CD acheté était Alena Diane, The Pirate Gospel.

 L : Comment écrivez vous vos chansons, les paroles d’abord ?

MN Les mots, les mélodies, la partie de guitare, tout vient en même temps. Ça sort de moi, parfois comme un fantôme qui prendrait possession de mon corps.

L : Vous avez repris des chansons de Leonard Cohen, Neil Young, adapté Edgar Poe et Pablo Neruda. Il y a-t-il un artiste à qui vous aimeriez dédier un album entier.

MN : Actuellement, Kate Bush. Car elle a enregistré et produit tous ses disques pratiquement toute seule. C’est un bon modèle pour les femmes.

L : Vous n’êtes pas seulement musicienne. Parlez nous de vos activités de peintre et de sculpteur.

 MN : Je pratique la sculpture sur bois, la peinture sur cire, et je couds des oreillers pornographiques. J’ai fait six ans de Beaux Arts, qui ont changé ma façon de voir le monde et d’écrire des paroles.

L : Quelques mots sur le dernier album.

M N : Je pense qu’il représente assez bien la solitude que je traversais à ce moment là.

L : Que connaissez vous de la France. Vous avez déjà joué ici je crois. Un artiste local à retenir comme influence ?

MN : Je ne connais pas grand-chose de la France, excepté que la culture y est belle. J’ai joué là-bas, sans voir grand-chose, à part des boîtes de nuit. J’adore Edith Piaf, elle avait tant de douleur dans sa voix et dans l’histoire de sa vie. Je pense que je m’identifie à des gens qui sont étroitement liés à la tragédie. J’ai vu le film, c’était superbe, formidablement joué. J’aimerais reprendre du Piaf, mais je ne parle pas français, et j’essaye de l’apprendre.

Le : Le folk se porte toujours bien. Qu’est ce qui attire les jeunes gens vers une musique aussi ancienne, alors que le rock est moribond ?

MN : Je pense que le folk est si pur qu’il plait aux gens. C’est brut, émotionnel, et va directement au cœur. Les gens ont besoin d’être émus, dans cette société glaciale.

L : Que pensez vous du téléchargement illégal ?

MN : J’y suis totalement opposé. Le pire préjudice est pour les jeunes artistes, qui ne peuvent pas payer leurs charges, comme moi. Aucune excuse. En plus c’est insultant pour des gens qui donnent tant de leur vie et de leur équilibre, pour tenter de vivre de leur musique. Mes disques ont été concernés, ce qui m’a rendu furieuse.

 

 

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22 août 2009

Jeremy Gluck

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Ok, je passe mon temps à gonfler les gens avec certains disques. Tel un prophète maudit, un vendeur de métaphores du décibel, je vais mon chemin. Et certains albums, je chronique plusieurs fois, à défaut de pouvoir sonner le tocsin. Ainsi, passant dans ma zone d'influence, vous échapperez difficilement à Jeremy Gluck. "I Knew Buffalo Bill" (1988) date de cette période ou mes faibles moyens financiers me permettaient, enfin, de m'agrandir un peu. Et de trouver ce que l'échoppe locale ne pourrait, jamais, me procurer. Cette galette m'accompagne donc depuis tout ce temps. J'ai beaucoup peiné pour y entrer, tant le message était (et reste) gravé dans le granit. Mais faisons les présentations, avant tout. D'un coté, certains des participants sont partis dans un autre monde. Jeffrey Lee Pierce (ex chanteur du Gun Club) qui tient quelques parties de slide guitare. Nikki Sudden et son jeune frère, Epic Soundtrack, ensuite. Restent Rowland S. Howard, fantastique guitariste de Nick Cave. Et surtout Jeremy Gluck, ancien chanteur des grandioses Barracudas. Dont la voix d'airain fait résonner le tonnerre. Si je reviens dessus, c'est parce que je viens, enfin, de trouver l'objet en CD. Avec la dizaine de bonus qui viennent compléter les sept pièces d'origine. Et franchement, on aurait mis cette poignée de chansons médiocres, que pour souligner la splendeur du projet de départ, que je n'en serais pas plus étonné. Punk bluesy, gothique acoustique, ballades statufiées dans le bronze, que sais je. Un des très rares disques de ma connaissance, qui sonne comme personne avant, et surtout pas après. Solide et mystérieux à la fois. La brillance du son CD exhume certains détails, et vient encore magnifier le tout. Comment pourrais bien vous le vendre ? Rockabilly psychédélique ? Et si vous tentiez l'expérience ? Attention, la chose parle son propre langage.

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14 août 2009

Vibravoid

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Et un groupe teuton, dont nous n'aurions probablement jamais entendu parler, sans notre camarade Venuxe. Qu'il en soit donc remercié avec chaleur. Donc, Vibravoid, "The Politics Of Extasy" (2008), qui emprunte son titre à l'hédoniste bien connu Tim Leary. Autant vous dire que partir avec une référence pareil, vous jouez vos burnes sur l'enclume, sans aucun retrait possible. Il va vous falloir surprendre, mais rester crédible. Interdiction de se cacher derrière le mur d'amplis, trop facile. Donc j'écoute, en m'attendant, quand même, à quelque chose de bien perché, tutoyant le bambou et le buvard de prés. Première surprise, tout ici est minutieux, complètement parti, mais avec méthode. Psychédélique en tout cas. Et je vous rassure, pas une radio périphérique contemporaine n'aurait le culot de s'y risquer, pour faire djeun's. Cuisine à l'ancienne donc.  On situe l'époque de référence d'entrée (reprise de "Incense And Peppermint") et quelque chose accroche tout de suite. Première écoute très positive, il y a la dedans tout ce qu'on aime entendre, pour jouer à la marelle sur une comète. Ou avoir l'impression de monter en ballon, avec un grand ventilateur qui souffle du bas.  Mais avec une vraie touche personnelle, du gout, de l'amour pour le sujet. Pas de fonctionariat triste. Les auditions suivantes sont toutes du bonus, pas un temps mort, pas une faiblesse. Au contraire, comme dans tous les grands disques, on en finit pas de repérer les trucs et les machins qui font du bien partout. Audacieux, mélodique, bleu foncé, autant que lancé dans l'infini du cosmos. Je prends.


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08 août 2009

Damned

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Continuons donc à réhabiliter ce que nous avions bien mal défendu, au début de ce blog. En parlant avec mes potes Lou et Patate, je me suis aperçu, horreur, qu'ils considéraient le premier album des Damned comme plus que mineur. Leur préférant le coté besogneux des Clash, par exemple. Et toute ma conviction a été inutile,"Damned Damned Damned" (1977) leur importe autant que le premier médiator de Brian James. Tant pis pour eux donc. Ils ignoreront à jamais ces fulgurances Stoogiennes. Cette urgence avec le feu au cul, qui répand du napalm aussi vite qu'elle enflamme tout devant elle. Tout est dit dés le premier morceau, "Neat Neat Neat" rejoue "Orange Mécanique" avec des ricanements de sauvage. Et vous êtes découpés en fines tranches, avant d'avoir dit "Supertramp". Pas besoin d'avoir fait Guitar Hero niveau bac pro, les quatre furieux foncent comme des cintrés, doublent sur la bande d'urgence, et grillent les lignes blanches en permanence. Un petit bolide comme "Fan Club", construit comme un coup de serpe dans le dos, fonctionne à l'influx nerveux avant tout, et torture les trois accords jusqu'à les faire grimacer. Tellement simple que même moi, j'arrivais à le jouer sur trois cordes. Pour épouvanter encore un peu les puristes, ils font un sort à "Help", gentil chanson qui s'éclate soudain comme une dingue. Débarrassée de sa niaiserie, de son coté gentillet. Pour devenir quelque chose qui hurle sous une plaque d'égout, ou dans un cabanon pour cintrés. Une demi heure seulement, mais le vocable "punk" avait déjà tout livré avec ce premier opus. Le reste serait commerce, récupération, et fils à papa jouant aux méchants. Les Damnés avaient gagné leur paradis. Beau paradoxe. Je l'ai copié sur CD avec les Richmond Sluts, et tout le monde s'en trouve bien.

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01 août 2009

The Heads

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Avec un grand merci à mon camarade Venux (de basse Bretagne centrale) pour cette superbe découverte, The Heads, ou comment faire péter les plombs du quartier à distance. Certes pas le plus connu des groupes anglais actuels. Simplement une bande de cas sociaux, jamais vraiment revenus d'une écoute assidue des Stooges et d'Hawkwind. Avec, on le sent tout de suite, du matériel d'explorateur psychédélique à disposition. Pour se mettre en condition avant satellisation.  Privez les d'électricité, ils seront très mal. Par contre, laissez les faire leur truc tranquille, et la fusion plomb/bronze/hélium va apparaitre comme une évidence. En gros, leur affaire se passe dans les nuages. La, ils se sont aménagés une piste d'essai pour rouleaux compresseurs à pédales.  Et le jeu c'est d'éviter la collision extragalactique. La seule règle. Amenez votre parachute, et attention à la saturation. Bien sur, leur discographie s'avère cauchemardesque, et bonne chance pour vous procurer l'intégrale. En ce qui me concerne, je connais le tout premier "Relaxing With...." (1996) qui annonce la couleur dés la pochette. Celui ci possède encore une structure assez classique. Enormes riffs, aiguille dans le rouge en permanence, minimum de vocaux, et flaques de distorsion incandescente. En cas de curiosité poussé (et justifié, c'est très bon) envers tant de non commerciale sauvagerie, il va falloir prendre son bâton de pèlerin, et sa carte bleue. Se trouvent sans trop de problèmes "Dead In The Water" et "Time Is Now",  efficaces collection de morceaux épars. Pas trop cohérentes certes, mais faut de grives, on commande aux USA. Ou sur le site. Qui est tout sauf un modèle d'ergonomie à recommander.  Peut être localiserez vous le très redoutable "Sessions O2", également. Incursion de Huns en territoire Kraut.  Idéale pour vous faire une réputation de maniaque bruitiste. Bref, vous l'aurez compris, si vous avez fait vos classes à l'écoute du second Velvet, voici de la viande fraiche. Demande quand même une bonne expérience de vieux briscard sonique, avant adoption complète.On nous signale que le Lou aurait mis le doigt dans l'engrenage, aussi. Toujours dans les bons coups.

http://www.theheadsrock.com/homepage.html

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25 juillet 2009

Terry Stamp

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Quand l'ancien chanteur de Third Word War donne une interview, tout le monde a droit à son morceau. Retour sur plus de quarante ans de carrière, à paraitre dans un prochain Vapeur Mauve.Immense merci à Terry pour sa gentillesse et sa disponibilité. Hi lad, I've just said you're a real nice guy. Dédié à  mon frère Lou.  Et à ma chére Anne Marie, qui apprécie le bonhomme.




L : Vos débuts, premières influences, et premiers groupes.

 

TS : Les Demons, qui sont ensuite devenus Mike Rabin And The Demons, puis le Mike Rabin Band. Tout ce que je pouvais écouter était important. Il n’y avait aucune limite, dans la mesure où l’accès à n’importe quelle sorte de musique était restreint, à l’époque. J’avais un goût pour le coté lyrique des chansons. J’ai été influencé par Eddie Cochran, Lonnie Donegan, Tommy Steele, Little Richard. Cliff Richard, Buddy Holly....entre autres.


L : Mod ou rocker ?

TS : Je pense qu’à ce moment la, on était trop jeunes pour réaliser. On aimait le rock américain, et c’est devenu une grosse partie de nos vies. Ces morceaux des années 50 étaient faciles à jouer, juste des accords basiques. J’en ai appris assez pour les jouer. En y réfléchissant, aujourd’hui je fais encore la même chose. Mon truc c’est d’interpréter la chanson, pas de me lancer dans un solo dément.  Ce truc mod/rocker est venu vers 1964. A ce moment la, je jouais avec le Mike Rabin Band, sans prêter beaucoup d’attention à tout ça. J’ai du être un rocker de 1955 à 1960, et un mod vers 1964/65. Je me souviens des mods s’agglutinant au Wimbledon Palais. Quand la baston s’est déclenchée, c’était mods contre mods, pas un rocker en vue. Ils avaient vite disparu, après 1960.


L : Premier disque acheté.

TS : Un des premiers, sinon LE premier, était le Memorial album d’Eddie Cochran, dont j’étais (et suis toujours) un grand fan. Je n’arrivais pas à croire qu’il ait pu venir mourir, comme ça, en Angleterre. Quelques années plus tard (en 1964) on ouvrait pour Gene Vincent, et j’étais dans les vestiaires, avant le concert. Vincent, de dehors, a détruit la porte des chiottes à coup de béquilles, et s’est précipité pour pisser. J’avais un million de questions à lui poser, mais je me suis dégonflé. On s’est dévisagé, et il m’a lancé ce méchant regard de Caroline du Nord, que j’ai interprété comme « Fermes ta gueule, gamin ».


L : Comment tout cela a-t-il abouti à Third World War ?

TS : John Fenton, qui allait devenir notre producteur, m’a présenté Jim Avery qui composait pour les éditions Essex, alors que j’écrivais des paroles pour les éditions Schroeder. Ces deux compagnies étaient situées dans l’Ouest de Londres. Essex avait Joe Cocker, David Bowie et Marc Bolan, alors que Jimi Hendrix ou les Animals étaient chez Schroeder. Fenton, qui avait des intérêts dans les deux, nous a mis ensemble dans une pièce, en nous disant d’écrire des chansons. Et on continue encore aujourd’hui. Il sera ici, à Los Angeles, en Mars, pour enregistrer quelques trucs. Fenton est venu avec ce nom « Third World War », nous a déniché un contrat avec Essex, et pendant un temps j’ai arrêté d’être routier.


L : Sur le premier TWW, il a deux musiciens des Rollings Stones. C’est incroyable.

TS : John Fenton avait rencontré Bobby Keys et Jim Price dans un club de Soho, le Speakeasy. Ils travaillaient tous les deux pour les Stones, à ce moment. Je crois qu’ils avaient été repérés en accompagnant Delaney And Bonnie, aux USA. Fenton a du leur proposer de venir au studio, pour ajouter des cuivres aux morceaux. Ils travaillaient vite, tous les deux, à l’oreille, et semblaient communiquer par la pensée. On aurait dit des cow boys, habillés comme au Texas. Ils étaient étrangement poussiéreux, l’air de débarquer d’un rodéo. Je me souviens de Keys me disant qu’ils étaient « pros ». Ce qui me dégouttait. L’enfoiré à failli prendre un coup de pompe dans le train, mais j’ai laissé passer, il était complètement défoncé. Plus tard, j’ai entendu dire que Keys travaillait avec Lennon à New York. Et il  a mentionné qu’il avait joué sur un morceau intitulé Working Class Man. Etape suivante, Lennon chantait Working Class Hero. Tant que j’y pense, jetez une oreille au Children Of The Revolution de T Rex. Le riff est piqué sur notre Preaching Violence. Oui, je sais, c’est du passé maintenant.


L : TWW était un groupe qui rockait dur. Votre opinion sur le Flower Power. Pouvait-il changer les choses ?

TS : J’ai toujours pensé que nous étions  assez diversifié. Il y avait des morceaux cool, et ma vision est encore « Terry Stamp et Jim Avery écrivent des chansons » plutôt que celle d’un groupe nommé TWW. Mais la encore, c’est injuste pour tout ceux qui ont participé. Le Flower Power ne m’intéressait pas. C’était loin, dans un endroit qui s’appelait Californie. Des années plus tard, quand je m’y suis installé, j’ai commencé à m’intéresser à tous ces groupes. Le Grateful Dead ou les Flying Burritos Brothers. Très bonne musique. Il faut replacer les choses en situation, vous demander comment vous auriez agi alors. Et bien sur ça dépend de votre age. Comme disait John Fenton, «La guerre de TWW est une guerre de votre survie personnelle ».


L : À l’époque vous aviez l’image de gars aux cheveux courts. Les pochettes étaient très crues, les paroles féroces. Avez-vous semé les graines du punk anglais ?

TS : Je ne me suis senti confortable avec les cheveux longs. Quand j’allais chez le coiffeur, c’était « coupez moi tout ça ». Ce que je fais toujours, même si je me déplume un peu, maintenant. Je me souviens que pendant nos concerts, il y avait toujours un groupe de gamins, plantés la, la bouche ouverte. A capter tout ce qu’ils pouvaient. Je voyais bien arriver la suite. 


L : TWW faisait beaucoup de concerts ?

TS : Pas assez pour se maintenir à flots, financièrement. On jouait en Angleterre, Allemagne, Finlande, France, toujours plus ou moins fauchés.


L : Vous souvenez vous d’avoir joué en France (1973) contre la dictature des Colonels, en Grèce ?

TS : J’avais quitté le groupe à cette époque, pour retourner conduire un camion. Ce devait être Jim Avery, John Knightbride au chant, et Ray Flake à la guitare.

 


L : Mick Farren vous tenait en haute estime, allant jusqu’à vous comparer au MC 5. Mais dans une de vos chansons, vous crucifiez les Pink Fairies.

TS : C’est juste une remarque amusante. J’en connais peu sur les Pink Fairies, Hawkwind, et tous ces groupes. Ma seule pensée était « Bonne chance les gars, vous en aurez besoin ». Il y a quelques années, je me suis rendu dans un librairie de mon coin, pour voir Mick Farren. Qui présentait un de ses livres de poésie (au mieux du minable Raymond Chandler). J’étais avec un ancien batteur de TWW, du nom de Funky Paul. On a dit bonjour, et Farren a perdu les pédales, soudain il contemplait la réalité, et ça lui coupait le sifflet. Funky et moi avons préféré partir, et aller boire quelques bières en parlant du bon vieux temps.


L : Vos combats étaient différents ?

TS : J’ai toujours pensé que c’était une bande de rigolos. Simplement, ils sont dans une autre catégorie. Jamais ils n’ont eu le grand plaisir de démarrer un dix tonnes, dans le froid du matin anglais. Parce que ces enflures étaient bien au chaud dans leurs lits.


L : Qu’est ce qui a causé la fin de TWW ?

TS : Simplement le manque d’argent. Mais j’étais content de sortir de la. Sur la fin c’était devenu n’importe quoi. C’est d’ailleurs de la que j’ai eu l’idée de Stage Of Fools, sur Fatsticks, mon premier album solo.


L: Parlons en un peu de ce disque. Il est assez dur à trouver de nos jours. Sera-t-il réédité, un jour ?

TS : Il existe quelque part, en CD. J’en ai trouvé une copie sur Internet. Du très bon travail, d’ailleurs.


L: Le ton est y relax, il y a moins de thèmes politiques, vous souriez même sur la pochette. Et Ollie Halsal (Pattto) est à la guitare.

TS : Oui, Ollie a fait toutes les guitares, bien qu’on entende la mienne sur Itchy Feet. A&M trouvait celle la trop dure, et  elle devait disparaître de l’album. Ils donnaient beaucoup d’importance au rôle du producteur, aimaient contrôler ce qui sortait chez eux. Et pensez à sourire surtout ! A leur demande, j’ai du adoucir les textes. Beaucoup des chansons ont été écrites pour un troisième album de TWW, qui est resté inédit.


L: Fatsticks, la chanson, est incroyablement émouvante. Il y a une vraie histoire derrière ?

TS : C’est à propos de Jim Avery, et de ses délires. Des choses qu’il disait ou faisait. Encore un morceau écrit pour le troisième TWW. C’est avec une cassette démo de celle-ci que j’ai décroché le contrat avec A&M. Je me souviens avoir été sceptique, ils aimaient sûrement BEAUCOUP celle la.


L: Vous êtes alors parti pour les USA, et produit un incroyable volume de chansons. Pourquoi a-t-il fallu attendre presque trente ans, pour avoir une distribution en Europe ?

TS : J’étais cramé avec le business anglais, qui nous a tant arnaqué. Mais la fibre de l’écriture était toujours présente, alors je m’amusais à bricoler des chansons. Comme dans Stardom Road, j’en avais soupé des managers, des producteurs, et des maisons de disque. Quand je me suis installé aux USA, j’ai d’abord pensé à prendre un bon boulot et à protéger ma famille. La musique était de l’histoire ancienne, à ce moment. Depuis 1978, Jim Avery et moi avons repris le contrôle de notre répertoire. Tous renseignements disponibles à GSLMUSIC@AOL. COM.


L: Parlez nous de ces deux disques distribués en Angleterre, sur Burning Sheds.

TS : Je ne connais pas les gens de Burning Sheds. C’est Alistair Murphy qui nous a mis en rapport. Il a fait un super travail de production, en emmenant mes démos poussiéreuses, et en leur donnant vie. Avec de supers musiciens. Il a vraiment des doigts en or.


L: Vous étiez au Festival de Cognac, en 2007. Un bon souvenir ?

TS : Une incroyable différence. Le matin je visitais la ville, en voyant autant que possible des rues et des rivières. Çà me rappelait l’Angleterre de mon enfance. Allistair Murphy (que je n’avais jamais rencontré) étaient aussi présents. Marc Oriel a filmé beaucoup de choses, et je crois qu’un film va sortir bientôt. J’aime vraiment me produire en solo, pour ce genre d’événements.


L: Que préparez vous actuellement ?

TS : Je complète un coffret de 6 CD, intitulé Terry Stamp’s Stardom Road 1962/2008. Avec 84 chansons.  Et je joue toujours, avec un groupe de blues rock nommé US 99. C’est vraiment le pied.


L: Que pensez vous du téléchargement illégal ? Avez-vous des choses à dire sur le business du disque ?

TS : Jim Avery a une formule pour ça. « Quelle différence pour nous ? Puisque les maisons de de disques ne nous ont jamais versé un sou ». Je vais beaucoup sur You Tube, il y a un paquet de choses qui sont simplement un don d’une personne à une autre. Merci à eux. Ce disque (le premier TWW en pochette française) je l’ai vu pour la première fois sur E Bay, il y a quelques années. On ne nous tenait pas au courant des sorties extérieures à l’Angleterre. Sinon, il aurait fallu nous payer plus. Une chose marrante, avec ce « London Wharf », c’est que pendant ma période de camionneur, à la fin des années 60, je livrais des colis dans cet entrepôt de Wapping, sur les docks de Londres. Quand à ce 45 tours (français) c’est une nouveauté pour moi. On dirait une compilation de deux faces A anglaises. A ce jour, nous n’avons pas touché un centime pour les disques de TWW, ni pour les rééditions (Repertoire, Spalax, Mason) et probablement beaucoup d’autres que j’ignore. Quand Marc Almond a repris Stardom Road en 2007, je suis allé gueuler chez l’éditeur actuel (Universal Allemagne) pour nos royalties. Un an après, ces rats nous ont versé 300 livres chacun.


L : Vous n’échapperez pas à la question sur Obama, et l’état du monde actuel.

TS : Je suis désolé pour Obama, on lui laisse un tel merdier, et tout le monde l’attend au tournant. On verra bien, je lui souhaite bonne chance. Peu de choses m’ont mis en colère ces derniers temps. Je suis parti d’Angleterre, pour me construire une vie meilleure, et j’ai eu de la chance. Me voila grand père, tout est normal. 


L:Votre île déserte.

TS: Un livre, Sailor In A Cage de Roger Cowar.

Un disque, Something Else, Eddie Cochran. Ce disque me botte le cul depuis 50 ans.

Un film, Man Facing Southeast, d’Eliseo Subiela.

Une personne, une guitare plutôt. Une Martin D28.


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http://stardomroad.com/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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