Les disques et les images de Laurent

28 mai 2016

Bruce Springsteen.

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Nan, j'ai bien vu que l'article sur Nebraska passait mal. Que le Bruce restait suspect d’être un ricain de base. Toujours susceptible de dégainer les grosses guitares, et les pesants sabots qui vont avec. Pas mieux que ZZ Top. Juste moins de pouffiasses dans les vidéos. Renvoyez le à son hot dog. Libre de fantasmer sur un une guerre du Vietnam qu'il à évité de regarder en face. Avec Creedence, en format juke box, les choses étaient nettes. Mais question pièce montée (un art que le Boss a souvent foiré) pas question du plus petit crédit. Allonger du cash ou sortir les pieds devant. Pas la peine de m'égosiller à marteler les faits, donc. Et pourtant, en 1975, Bruce Springsteen (dont une aimable jeune fille, un jour, me confia qu'elle n'en voudrait même pas comme Tampax) a réinventé le rock. Alors que tout mourrait dans l'infernale équation Cocaïne/Fric/Champagne. Avec son troisième album (Born To Run) qui l'a révélé au monde. Et a failli briser sa carrière (le nouveau Dylan, ça tue sans problèmes).Chassant les charognards de Led Zep, occupés à dévorer les dépouilles de la concurrence. Le bec enfoncé dans les tripes d'un quelconque cadavre, Jimmy Page n'a rien vu venir. Lui qui avait confondu le rock et la caisse enregistreuse. Sid Vicious pouvait commencer à pourrir. La façon dont Springsteen s'arrache les tripes sur Backstreets n'a rien à cirer de Nancy Spungen, avec un surin dans le bide. Précisions, j'avais dix ans à l'époque. Et les remises en question intergénérationnelle, je m'en foutais à un point.. Ma découverte de Bruce (je parle de moi, parce que le disque est bâti comme ça, centré sur soi même, bien s'affirmer face au monde qui tourne) date de 1980/81. Acheté en même temps que Axis Bold As Love. Pas loin de quarante piges ont passé, et avoir TOUT saisi du second Jimi Hendrix, c'est pas garanti. Par contre, il m'est arrivé (entre temps) deux ou trois trucs, qui étaient esquissés dans Born To Run. Fichu enfoiré, Bruce. Qui écrivait sur la jeunesse pour quand on serait vieux, à ruminer des trucs. Pourquoi pas avec une annonce «vous pigerez tout quand la salope de vie vous fera un doigt ». Sur que les soirées terrasse avec les potes étaient loin d'un cénacle philosophique. Mais elles ressemblent aujourd'hui à des étoiles filantes, englouties par la poussière cosmique. Alliance du poing dans la gueule et du recueil de poésie trop feuilleté. Avec ses énormes locomotives (Thunder Road, Born To Run) greffons réussis d'une culture gigantesque. Dont Jean Louis Aubert (rires) ne sera, à tout jamais, qu'une chiure de mouche, sur un miroir planétaire. Du coup, pratiquement tout le reste (courtes pièces hyper articulées et mouvantes) en paraitrait mineur. Forme parfaite d'un rock à racines, fier de ses influences. Les cathédrales sonores de Phil Spector, les girls groups, la pop soul garage, bref la radio US des 60's. A peine quarante minutes, pour lâcher sa purée, et faire la différence. Table de mixage hantée, où James Brown et Otis Redding tirent la bourre à Bo Diddley. Puis tout se transforme en manège, et Jungleland en devient la vie, la mort, l'autoroute maudite qu'on surnomme «existence ». On y croise des enfoirés, des losers, des flics. Des pièges aussi. A trente ans, j'ai rencontré une belle femme, plus âgé. Apprentissage rapide des mots « différence sociale ». Méfiance avec les yeux d'un cobra, au pays des des icebergs. Elle a disparu au hasard d'une occasion facile. Un truc compliqué, elle aurait loupé de toute façon. Comme un des figurants de Springsteen, il m'a poussé du scotch sur la bouche Mes dents du haut sont rentrées dans mes gencives du bas. A force, on apprend ses leçons sans pipeauter. Au hasard de mes pérégrinations, j'ai eu l'honneur de partager l'amitié de supers mecs (mes grands potes James et Pascal). Et le plus beau présent qu'on m'ait fait reste l'estime de mon frangin Seb .Sans oublier Anne Marie. En dégonflant, au passage pas mal de baudruches. Des souvenirs de ce calibre, ça vous tient chaud en passant une IRM du cerveau. Parce qu'une saloperie gluante s'y est installé. Sympa l'assistante médicale. Skiable à fond. Mais, bichette, Patrick Bruel dans les esgourdes (sacrilège) tu veux ma mort ? J'écris un papier plein de cuir, de couilles, de guitares saturées . Qu'est ce que Calogero vient foutre la dedans ? (The hungry and the hunted explode into rock'and 'roll bands). La preuve que Born To Run est un académisme à sa façon. Le sax de Clarence Clemons (RIP) aux avant postes. Comme le gros balaise du gang, celui qui dégage le chemin, sécurise la voie pour les copains. Soyez scénariste de vos vies, prenez des notes. Écoutez de fichus bon disques, aussi. De la vraie musique, celle qui se glisse sous votre épiderme, et ressort du placard en cas de moral à zéro. Mélangez tout ça, et laissez reposer. Soudain il sera trois plombes du matin, et le ciel pissera des tonnes de flotte. Quand la grande faucheuse passera un coup de fil. Je savais bien que j'aurais pas du rentrer. Ni même me coucher. Souvent on pige avec un métro de retard. Comme le passage de l'adolescence à l'age d'adulte. Born To Run résume tout ça très bien. Sans se prendre le chou à en faire des tonnes (Roger Waters). Clivage de génie entre deux espace temps (être et avoir été). Pas mal pour un petit gars du New Jersey (la Creuse, en gros).

 

 

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09 avril 2016

Bande aide.

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Avertissement, ce papier va intéresser DSK, mais faire passer Clara Morgane pour une bonne sœur. Madame Boutin, quel surprise. Non, la pipe n'est pas forcément un artisanat en voie de disparition. Et la sémantique s'envoie en l'air, comme jamais catin ne se fit ramoner par un courtisan licencieux. Voici une tranche de cul assez gratiné, dont la vocation sociologique est évidente. Où comment de sympathiques jeunes filles (pas forcément des boudins frustrés) expriment leur dévotion aux rockers de ce bas monde. En vidangeant soigneusement ces messieurs, de façon à ce qu'ils assurent scéniquement au mieux, avant de retrouver bobonne, les gosses, et le gazon à tondre. Parce que la route peut rendre dingue. Par exemple, Mitch Mitchell passait des soirées entières à coller, au plafond, le mobilier de ses chambres d’hôtel. Et oui, on va causer groupies. Sortez si vous êtes mariés, votre belle doche vous réclame pour repeindre ses volets. Je viens de lire deux livres salés, relevant (à leur façon) d'un féminisme débridé, sans forcément (surtout pas) vouloir émasculer à la chaine. Tellement loin des clichés habituels sur le rock, qu'ils ne pouvaient être écrits que par la portion congrue de la profession, des nénettes. La tête bien froide (pas le reste) ce qui est nécessaire quand vous faite partie des bagages de Led Zep ou de Van Halen. Un tel apostolat passe, avant tout, par une fascination évidente pour le chevelu sur le devant de la scène. Même si parfois (souvent) c'est un triste connard, vulgaire et méchant (Burdon). Voire un psychopathe violent (Denny Laine ou Shuggie Otis). Rares sont les gros pointeurs pas tordus dans leur ciboulot, avec un bon fond (Plant, Hendrix). Même Peter Grant était un être attentionné et gentil, du moins au plumard. La palme de l'abjection revenant à Tom Jones. Pour citer Alain Dister, les groupies valent souvent mieux que les types qui leur courent après. Commençons par le début, histoire de bien comprendre qui a d'abord pris les choses en main (c'est très drôle). Il était donc une fois Silverhead. Excellent groupe anglais de boogie-glitter (deux albums en 1972/73) remarquable à bien des égards. D'abord parce qu'Aerosmith, dans l’indifférence générale, leur a pratiquement tout piqué. Ensuite à cause de son chanteur (Michael Des Barres) archétype de la rock star décadente (cradingue, irresponsable total, raide défoncé). Surtout connu pour sa carrière d'acteur (la honte). Et sa femme. Une californienne chaudasse nommé Pamela Miller. Qui avait fait partie des GTO's (l'élément le plus posé, si pas la plus chaste). Et s'était déjà envoyé nombre de rock stars. Personnage sympathique, Pamela Des Barres raconte TOUT (ou presque) dans I'm With The Band. Aucun mystère. Ses débuts (prudents) de reine de la turlute (affolante technique, si on la croit). La façon (soudarde) dont le bassiste de Steppenwolf lui inaugura le hangar à saucisses. Et sa quête du grand amour, pourvu que l'élu soit musicien. Belle revanche, quand on sait qu'elle devait avoir l'autorisation de son père pour se raser les jambes, lorsqu'elle était ado. Seule petite déception, le fait d'apprendre que la dame est profondément (c'est drôle) croyante (si si). Mais bon, une bigote sévèrement défoncé, intime du couple Zappa, qui avait place réservé dans la loge de Led Zep, on en voit pas souvent. Comme quoi, les grenouilles de bénitiers aussi sont des pécheresses en puissance. Et parfois s'assoir sur le goupillon devient urgent. La bonne du curé portant un string, quel fantasme à trois sous.Son tableau de chasse est un modèle du genre, ainsi qu'une révélatrice étude de caractères du rock des années 70. Accrochez vous :

 

Jimmy Page. Cible favorite de toute groupie en état de marche, s'en prend plein les dents pour pas un rond. Faux jeton, dédaigneux, narcissique, sournois, surtout pas capable de résister à la première catin qui passe. De toute façon, à une jolie blonde en rut, il préférait son cher Aleister Crowley. Sa réputation de dangereux à fréquenter le poursuit.

 Robert Plant. Qui reprit du dessert après son pote Jimmy. Pas chiant, sautait sur tout ce qui ressemblait à une possibilité de s'envoyer en l'air. Y compris sa belle sœur.

 Jagger. Monsieur Lapin. Personnage assez médiocre. Sa légitime se méfiait de tout les canons qui passaient à porté de gland. C'était peine perdue. A culbuté presque autant de candidates que son bassiste. Faut assurer grave. Le top pour une aventurière du scrotum congestionné.

 Howard Kaylan (Mothers Of Invention). Posé et réfléchi.

 Chris Hilman. Effroyable goujat, d'une délicatesse de furoncle.

 Waylon Jennings. Cow boy à cheveux courts. Assez réac sur le fond. Suant et hyper velu.

 Keith Moon. Derrière le clown, un vrai cas psychiatrique.

Noël Redding. Des manières de plouc, mais tireur d'élite avec un sens inné de la position qui tue. Le premier à faire grimper Pamela aux rideaux.

Sandy Sanderson. Si si, le modeste bassiste de nos chers Pink Fairies. Un vrai brave gars, vite largué pour un citron d'américain, beaucoup plus flashy.

Don Johnson (le blond insupportable de Miami Vice). Égocentrique grand modèle, très gros baiseur.

 

Bon, tout ceci est nettement moins allumé que deux pages calmes de Lester Bangs. Bien loin du coté héroïque d'Acid Test. Le primate de base n'y trouvera pas pitance, et devra se palucher les méninges avant tout, puisque aucune traduction française n'est disponible (quel pays de faux jetons). Par contre les beaux esprits (la rédaction de Fuzzine, et son lectorat) considéreront ce bouquin comme une contribution de taille à la contre culture. Pamela était toujours présente sur les bons événements, si on veut la croire. Comme cette tournées des (alors presque inconnus) Rolling Stones. Avec Brian Jones jetant, sans ménagement, les petites délurés. Elle affirme avoir rencontré Zappa (son mentor) aux funérailles de Lenny Bruce. Jamais en retard d'un concert des Byrds ou d'Iron Butterfly. Qui lui a déconseillé de picoler ? Jim Morrison. La, je soupçonne un gros coup de pipeau (arrêtez d'avoir l'esprit mal tourné). Aujourd'hui, on l'invite à des conférences et on la respecte comme une vraie novatrice. Pas chienne, Mme Des Barres est toujours prompte à donner la parole aux consœurs. Ces courageuses, capables de se farcir (sans broncher) les cyniques de Kiss, ou les roadies de Bowie, pour exister un peu. Bienvenue sur la route avec ZZ Top et l'Allman Brothers Band. La civilisation s’arrête à la porte du bus, au delà relisez votre police d'assurance. Let's Spend The Night Together (copieux volume) sera donc une belle collection de portraits, en direct de l’arrière cour. Souvent salaces. Et jamais vains, même si ce sont d'horribles groupes de hard FM qui fournissent le plus gros cœur de cible. Des abominations comme Ratt ou Cinderella (pour les moins pires, c'est dire) sont aussi portés sur la coke et la gnôle que les grands anciens. Et branchés sur le cul (bien crade et tordu) comme c'est pas permis. Permettez moi de citer un des ignares de Mötley Crue (le chanteur crétin) qui a toujours affirmé (désolé jeunes filles) «on fait du rock avant tout pour se faire sucer la queue». Parlez moi de la révolution et des idéaux de chaque génération. Quoique des fantasmes comme ceux de Cat Stevens, c'est pas tout le monde qui peut les assumer. Ce genre de truc (en plus sur un capot de voiture) ultra pervers enverrait n'importe qui en cabane, de nos jours. La sublime Patti d'Arbanville n'avait pas vraiment le temps de s'ennuyer, déguisé en collégienne (je l'ai pas dit). La vétérante du lot est une certaine Tura Satana, qui fit beaucoup pour éduquer Elvis, lequel, au départ, avait la façon amoureuse d'un chimpanzé. Pas mal non plus Dee Dee Keel (palmarès chargé) créatrice d'un divertissement à base de yaourt, pour décoincer un des Hollies. La plus jolie ? Catherine James (Jagger, Page, Gilmour et j'ai de gros soupçons sur John Mayall). Navrant de penser qu'un pareil canon ait subi les (violentes) humeurs d'un connard de guitariste anglais (ex Moody Blues et futur Wings). Ce qui vaut aussi pour Cassandra Peterson (magnifique brune) humilié physiquement (elle en a fini aux urgences) et moralement par Tom Jones (on respecte les femmes, enfoiré). Mais oui, le monde du rock est (aussi) une pépinière de beaufs (les Guess Who). On y croise des féroces du bélier (Townshend ou Steve Tyler) et des pas tendres du tout (Steve Stills). Des tordus grand modèle aussi (Billy Idol qui adore qu'on lui......une.....dans le c..). Des poètes également (John Bonham, niquant sans cesser de causer bagnoles). En face, des intrépides de la braguette ont marqué leur temps, comme Lorie Lightning (déniaisé à 13 ans par Bowie). Ou Connie Hamzy (brulante du réchaud) immortalisé dans une chanson de Grand Funk. Elle, quand au taf, c'était le groupe en entier ET l'équipe technique (!!) qu'elle se tapait. Et comme Keith Moon était gentil, c'est avec une banane que... Tenez vous bien, on trouve un groupie mec, assez antipathique d'ailleurs. Lui a débuté à 15 ans, comme viande fraiche des Pandoras, garageuses US des années 80, totalement perverses. La plus cochonne ? Tina King. La plus destroy ? Amanda Milius ? Toxicomane, ayant côtoyé de prés le chanteur givré du Brian Jonestown Massacre. On apprend des trucs au passage, le Golden Shower (c'est dégueulasse) ou le Money Shot (sympa quoique difficile à gérer). Mais rien ne vaut la saga des Plaster Casters, je m'explique :

 

a) prendre un batteur du MC5 ou un guitariste du Jeff Beck Group, par la poignée.

 b) l'amener à l'état turgescent (peu importe la façon) et l'inciter à rester, euh, concentré.

 c) tremper le tout dans une solution liquide pour empreintes dentaires (le truc rose bien écœurant, probablement).

  d) attendre un peu (Noël Redding a molli, ce qui explique le drôle d'effet en forme de «Z»).

 e) démouler DOUCEMENT (surtout si c'est un calibre modèle Jimi Hendrix).

 f) ne pas rire si la mixture foire, et se répand en une mousse flasque (gag) sur la bidouilleuse du type en question (Gary Brooker).

 g) se débrouiller pour tirer un moulage de la chose.

 h) finir d'essorer le client et passer à un autre.

 Arrêtez de vous bidonner, les originaux valent des fortunes. Et sont considérés comme de précieux témoignages historiques. A tel point que le manager de Zappa avait accepté de les abriter, et a longtemps refusé de les rendre. D'où cinq ans de procès, et une victoire de la propriété intellectuelle. C'est énorme (humour). A noter qu'il existe aussi des rockeuses qui ont laissé l'empreinte de leur poitrine. Ce chapitre est franchement drôle, rien qu'à imaginer la tête des musiciens ainsi démarchés. Et l'angoisse de rester coincé dans le pot, façon Excalibur. Dommage que l'iconographie de l'ouvrage ne soit pas à la hauteur, et finalement limité à du non croustillant. Quoique la photo de Dirt (bassiste du groupe US Society1) soit IMPRESSIONANTE. Bon il est moche comme un pou, d'accord. Mais, pour citer Bérurier (une référence) le Monsieur peut pécher à la ligne en jouant de l'accordéon. Ce tromblon les copains !! C'est humain un écouvillon pareil ? Laissez trainer ces livres prés de Madame, des fois que.....

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02 décembre 2015

New York Dolls.

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La pochette du premier album ressemble à un cauchemar de Jacques Chazot, revisité par un travelo sous acide. De gauche à droite, vous avez Arthur Kane (RIP) le bassiste, avec sa dégaine de starlette des années 30. Totalement cintré et imbibé, poissard du lot, celui qui en a bavé socialement et moralement jusqu'à la fin. Capable d’emplâtrer cinq innocentes bagnoles, le jour du permis. Sa faculté à enchainer les emmerdes est remarquable. Tellement paumé qu'il avait viré mormon rigoriste (c'était bien la peine d'en écluser autant) sur ses dernières années. Juste à coté, ridicule avec sa trombine de panda, c'est Sylvain Mizrahi, l'élément le moins ingérable des cinq. Pas le meilleur guitariste du monde, son égo est réduit au minimum, et il a su maitriser sa consommation de dope. Se mirant avec emphase, un air de Jagger encore plus lippu, David Johansen joue le rôle délicat de chanteur atomique, et de «communicant en chef». Bref, il a la plus grande gueule. Prompt à attraper le melon, sa façon de reléguer les autres au rang de larbins pèsera lourd dans la fin si lamentable du groupe. Il a réussi une petite carrière solo de Coluche bluesy, son album live de 1981 est remarquable. Avant dernier, ouvertement méprisant, voici (RIP) JohnnyThunders, l’âme musicale du lot. Quand il tient debout (et que sa gratte est accordé). Riffeur fou, grand fan de Keith Richards, il partage avec son modèle le goût des excès (came dure et gnôle à gogo). Sans en avoir les nerfs d'acier, ni la clairvoyance d’arrêter les conneries à temps. Totalement fracassé, il a gerbé sur les journalistes à la première (et dernière) visite française de son gang, fin 1973. Avant de calmer (le pied de micro dans les dents) une bande de beaufs qui cherchaient la baston, pendant le concert du Bataclan. Parfait pour sculpter une réputation. Presque autant que la note d’hôtel (salée) laissé aux bons soins de la malheureuse maison de disques. Enfin, l'air poupin, Jerry Nolan (RIP) est le batteur fraîchement arrivé. Certainement plus expérimenté et mature que les autres, son jeu puissant maintient la baraque quand (souvent) tout fout le camp. Grand semeur de boxon (cf son rôle dans le mixage foireux de l'album des Heartbreakers) il a suivi Thunders (leur relation était aussi forte que digne de mioches de dix ans) dans l'autodestruction sans retour. La paire infernale pouvait, à l'occasion, se taper dessus en cas de caprice ou de crise d'égo. Ce qui est toujours moins grave que cette casserole, ultra tenace, qui les accuse d'avoir introduit l’héroïne chez les punks anglais. Dans leur sillage on retrouve des tarés comme Dee Dee Ramone, Nancy Spungen ou Sid Vicious, clients à éviter comme la peste pour tout être humain normal. Nolan est enterré tout prés de son grand pote Johnny, espérons qu'ils collent le merdier au paradis des rockers. Et c'est avec de tels gugusses qu'on bâtît un pan d'histoire. Car les New York Dolls, si ils ont tout (mais TOUT) loupé en quatre ans de, euh, carrière (appelons ça comme ça) ont eu le rôle clé des années soixante dix. Servir de passerelle entre les Stooges et les Sex Pistols, faire le gros dos pour empêcher Jon Anderson et Greg Lake de régner peinards. Du coup, le business HAISSAIT cet aréopage de branleurs bruyants. Combien de scandales, de concerts avortés, de campagnes de presse venimeuses. Mais aussi de gamins qui trouvaient bien cool d'emmerder ainsi l'autorité rigide. Et quand les fans en question s'appelaient Steve Jones, Paul Cook ou Morrissey, faites confiance, ils montaient leur groupe tout de suite. Pas besoin des doigts de Jimmy Page, ni du cerveau surchauffé de Ray Davies. Juste de l'envie et du cran. A force de taper dans la porte, elle finirait bien par s'ouvrir. L'héritage sonore des Dolls est assez restreint, pourtant. Todd Rundgren a salopé (flagrant avec le CD) la production du premier album. Sabotant l'élan de base, castrant la pulsion de Jerry Nolan. Johansen est le mieux servi, serré de prés par une guitare qui enrage de mordre dans le vide. La basse est absente, relégué au fond de la classe, sans une chance de sévir. Quel gâchis, quand (pour une fois) nos glandeurs avaient fait l'effort de composer. Au mieux, on dirait une démo d'Alice Cooper. Sans le coté camion poubelle décontracté de School's Out de I'm Eighteen. Preuve éclatante que faire frappadingue et crédible, c'est tout un job. Bowie (jamais en retard d'une bonne idée) leur tirera une sacré bourre avec Rebel Rebel. Seul surnage (ramassé et coupante) la reprise du Pills de Bo Diddley, agressive à souhait, morveuse autant que libératrice. Niveau «la honte» une niaiserie comme Lonely Planet Boy semble (ce culot) vouloir égaler Angie en taux de glucose. Et Private World ressasse (au petit trot) le riff de Louie Louie. Cruauté du temps qui passe, j'ai peur de ressortir mon vinyle. Pas décidé à perdre un sou, la maison de disques (Mercury) les a renvoyé en studio tout de suite, avec ordre de cartonner. Le producteur des Shangri Las au volant. Too Much Too Soon (printemps 1974) porte bien son nom, pour une fois. Occupés à tourner/baiser/se défoncer/niquer/se bourrer la caisse/s'engueuler, pas franchement bosseurs et sérieux, les Dolls avaient un MINIMUM d'originaux dans le tiroir. Le rafistolage à coups de reprises R&B est pitoyable, véritable pantomime à touristes. Et les nouveaux morceaux rament sérieusement, empestant les devoirs de vacances et la corvée. Seul Chatterbox (du pur Thunders à son Richardien meilleur) lacère d'estoc et de front. Dans un espace sonore à la fois dynamique et concis, qu'on aurait tant aimé voir appliquer au premier album. Deux disques et deux foirades, quand on est ultra débiteur de sa boite, c'est suicidaire. En se forçant un peu (et quoi encore ?) à donner des concerts sérieux ( ???) le groupe aurait pu assurer un minimum vital. Et la se greffent les sempiternels problèmes de management. Les Dolls avaient trois coachs, pour éviter trop de dégâts (et pourtant...). Il faut saluer Marty Thau (RIP) habitué à travailler avec des cas (Van Morrison ou Suicide) qui STOIQUEMENT à encaissé chaque nouveau patacaisse. Passé l'éponge sans broncher, juste parce qu'il espérait que ses comiques troupiers exploitent ENFIN leur damné potentiel. Ce qui voulait dire moins de gnôle/dope/pétasses/noubas à répétition. Impossible pour de pareils irresponsables. Les deux autres pilotes du foireux navire, la redoutable paire Leiber&Krebbs, avaient aussi des intérêts dans Aerosmith. On pense ce qu'on veut de Tyler and co, mais voilà des bosseurs qui savaient injecter (c'est drôle) du sérieux au bon moment. Et remplissaient les stades, alors que les New York Dolls étaient crucifiés dans l'enfer des petites tournées minables. Allez affronter le public de Lynyrd Skynyrd avec une dégaine de tarlouze, vous risquez de trouver le temps un peu long. Et encore, les sudistes étaient de bons buveurs, avec qui il était possible de s'humecter correctement le gosier. Alors que (damnation) Bachman Turner Overdrive étaient d'une déconcertante rigueur morale. Imaginez la qualité du dialogue. Entra en scène l'escroc Malcom Mc Laren, ce type qui vendrait du sable à un plagiste. Problème, comment jouer encore sur l’image de gens déjà connotés épouvantails de base ? En commettant une connerie énorme, pardi. Déguiser les Dolls (bouffeurs de hot dogs) en communistes d'opérette, par exemple, ce serait pas super décadent ? Dans un pays qui venait de prendre une raclée au Vietnam, le résultat fut....rafraichissant. Mc Laren avait utilisé le groupe (totalement immature) comme laboratoire d'idées, pour ses arnaques futures. Bien qu'il ait tenté de faire d’urgence soigner Arthur et Johnny, on arrive pas à se débarrasser d'une image de vampire calculateur et cynique. La politesse lui fut rendue, lors d'une tournée ringarde en Floride. Après que Johansen ait (one more time) traité les autres de charlots et de branquignols. Las et défoncés, coupés de leurs habituels plans de dope, Thunders et Nolan rendirent leur tablier. Laissant les autres se dépatouiller, pour (enfin) jouer du rock. Fin (mocharde) de l'histoire. Qui survivra un temps avec des remplaçants/rustines, et ramassera un peu de cash (enfin). Horrible détail, dans ces intérimaires figurait le Fernandel du métal, j'ai nommé Blackie Lawless. Marchand de déchets en chef, chez les très puants Wasp. Dont le coté outrancier rappelait VAGUEMENT quelque chose. Comme (beurk) l'avait fait Kiss en son temps. Se faire piquer ses idées c'est humiliant. Mais voir des rigolos en tirer de l'or, ça doit provoquer de sacrés démangeaisons anales. Pour bien fixer les choses, une journaliste anglaise (Nina Antonia) a commis deux excellents livres sur la question. Too Much Too Soon est la chronologie minutieuse (super bien écrite) de quatre ans de folie furieuse. Avec ses moments à pisser de rire, comme cette conférence de presse prévue de bonne heure (midi) et qui débute le soir. Après qu'on ait enfin localisé trois Dolls, pas vraiment clairs ni réveillés. Et qui doivent encore se demander les raisons d'un tel bouleversement d'hédonistes habitudes. Niveau grimaces, la mort du premier batteur (Billy Murcia) est terrifiante. Symptomatique de la cerise qui plombait le groupe, et de sa totale incapacité à marcher droit dix minutes d'affilé. Murcia (hyper porté sur la bouteille) a été tout bonnement noyé par des fêtards de rencontre, lors d'une tournée anglaise en première partie de Rod Stewart. Fracassé au champagne et aux somnifères, ses acolytes l'ont cru overdosant. Et l'ont tué en le plongeant dans une baignoire pour tenter une réaction. Ou encore la copine d'Arthur Kane (encore plus barge que lui) qui tente de le planter dans son sommeil, manquant de justesse de lui couper un pouce. Avant de s'enfuir (à poil) dans les rues de New York. De la crasse, du stupre, le tout noyé dans des hectolitres de bibine, et beaucoup de dope, on en sort souvent les pieds devant. Et la mâchoire sur les genoux, rien qu'à l'idée de devoir passer une journée de ce style. Rock and roll, mais la santé c'est sacré. Pour s'en convaincre, il suffit de s'immerger (de nuit, bien sur) dans In Cold Blood, ou le récit de la trépidante (autant que courte) vie de Johnny Thunders. Terrifiant portrait d'une personnalité bien trop complexe pour résister à une existence de junkie grand modèle. D'un coté, l'enfoiré total aveuglé par son brouillard de blanche. Grand spécialiste de la copine tabassé, du concert saboté et du public insulté. Terreur des tourneurs, des hôteliers, comme de tout ce qui implique un peu de fiabilité. Épave tragique cramponné à sa guitare. Vacillant sous les yeux effarés de son groupe du moment. Si il était en état de se souvenir des morceaux. De l'autre un type fragile et malade (la leucémie) qui avait souffert d'un manque d'autorité paternelle. Un faux dur arrogant, privé de ses gosses. Que seul un manager dévoué avait réussi à faire aller dans le bon sens. Tout ceci se lit comme une série noire, généreuse en sueurs froides. Jusqu'à ce jour d'avril 1991, où Johnny Thunders a certainement été assassiné. Alors qu'il tentait de se mettre au vert, à la Nouvelle-Orléans. Enquête bâclée, flics blasés, pas question de remuer le pays pour un tel dégénéré. Si vous en voulez encore, le DVD Looking For Johnny s'impose sans problèmes. Très bien conçu, tout juste un peu trop rapide. Avec le renfort de l'image, on vire carrément au docu sur la brigade des stupéfiants. Juste à voir la tête de certains intervenants, on aimerait pas franchir une frontière en leur compagnie. Gueules à faire baver n'importe quel douanier. La palme revenant à Billy Rath (RIP) ancien bassiste des Heartbreakers, qui a carrément l'air d’être âgé de 250 ans. C'était avant les boys band en plastique.

 

 

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25 octobre 2015

Santana

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Ah ce bon Carlos Santana. Depuis le temps qu'il nous mouline des disques ringards, on finirait par oublier qu'il fut autre chose qu'une attraction exotique. En provenance directe d'un bled mexicain, dont plus personne n 'est capable de citer le nom. La dernière fois que je l'ai entendu à la radio, il avait un genre de tube, moitié rap-moitié soupe passe partout. Laissant totalement dans l'ombre l’impressionnant guitariste, à la sonorité si caractéristique. Pour moi, les puristes vont hurler, Santana c'est essentiellement l'été 1976. La grosse canicule, et Europa qui tombait du transistor avec régularité. Ou One Chain, deux ans plus tard. Exercice disco funk, qui sauvait Inner Secrets de la médiocrité FM la plus absolue. Donc, on peut très bien vivre en ayant si peu donné pour une cause aussi risqué. Avec un bémol, toutefois. En 1972 (pas hier) les pièces d'un miraculeux puzzle se sont, brièvement, mises en place. Brutalement, l'anode a consenti à ficher la paix à la cathode. Et Caravanserai (album capable d'en remontrer à Jeff Beck) est sorti du bois. Sans s'occuper du nouveau costume de Bowie, ou du prochain triple live de Jerry Garcia. Armé de sa seule grâce. Impossible d'échapper à l'énorme lune, qui écrase la progression de la caravane. Ambiance mystérieuse. Comme si les vaisseaux du désert transportaient (allez savoir) quelque trésor. Ou n'étaient que le délire d'un esprit enfiévré par la soif. Tout commence lentement. Des grillons tissent un tapis très doux, auquel répond un saxophone bien rauque. Monté en un crescendo diabolique, Caravanserai est le genre d'album incapable de vous ficher la paix. De se faire oublier dix secondes. D'abord, par la qualité des compositions. Fini d'avoir uniquement un prétexte à écouter le guitariste. La production tient tout le monde en laisse. C'est une contrebasse qui rythme la marche. Deux accords hésitants, repris un ton plus haut. Derrière, ça percute déjà ferme. Personne ne louvoie, trop occupé à suivre la piste. Insistance de la quatre cordes, plus serré bordel. Et on passe la seconde. Esquisse d'un thème, incision dans la chair, contours bien délimités. Deux guitares se répondent désormais. Communiquant dans le vent chaud, réduisant la taille de l'immensité sablonneuse. Premier break. La basse de Doug Rauch s'installe dans le fond du décor. Et le clavier en veut aussi. Économisez vos forces les gars, on est pas au bout. Milieu de première face, le groupe ronfle comme un diesel. La gratte de Carlos commence à s'énerver. Brièvement, mais puissamment, elle pousse des coups de gueule convulsifs. Toujours au bon moment, jamais trop longtemps. Et puis un nouveau thème surgit des cordes rougeoyantes (qui n'est rien d'autre que le prémisse d'Europa). L'étoile machin guidait les Rois Mages, un soir de cuite. On est la au meilleur d'un instrumentiste, qui s'est si souvent trompé de tarmac. Fatigué de cheminer, les hommes et les bêtes durcissent le ton. Le groove arrive de loin, en plusieurs fausses rentrées, allant déchirer le ciel pour provoquer l'orage. Mais Albert Simon est aux abonnés absents, et c'est une rafale de clavier écarlate qui trouve la faille. Grosse cascade de percussions, sur fond de catastrophe en suspens. Ils ont paumé le bidon de flotte ? Ah, un voile de brume se déchire. Le but est proche maintenant, on peut commencer à jubiler. Mais avec classe, pas comme une bande d'ivrognes en goguette. Le sang est pompé au cerveau par la guitare. Et le clavier punaise des perles sur le carnet de bord. Même pas fatigués ils en gardaient sous le pied, pour un final explosif. Chef d’œuvre méconnu, noyé dans une carrière gâchée, Caravanserai (comme tout les grands albums) exprime le meilleur de lui même, à l'aune de son age. Avec une façon de s'arracher les tripes, qui rappelle plus d'une fois la force urbaine de LA Woman. Union quasi satanique de lyrisme idiosyncratique et de nerfs d'acier. Pas une seconde d'ennui, pas une note de travers, dans le milieu de la cible tout le temps. Alliant intensité et modestie, comme rarement groupe l'a su faire, ce disque de Carlos Santana est un ravissement permanent. Une ode calorifique, dynamitant joyeusement les affres spirituelles de son acteur principal. Maintenant, si il pouvait seulement se souvenir de la recette, on lui pardonnerait facilement tout le reste. 

 

 

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22 septembre 2015

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Grinderman.

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Sur la pochette du premier Grinderman (2006) un horrible singe se frotte les couilles, l'air étonné. Comme si il venait de choper un coup de godasse sous la ceinture. Et Nick Cave (ce type sombre aux albums imbuvables) la ramène d'entrée. Il est question de redescendre à la cave, de tout recommencer, de latter les babouins (??) et les souris blanches. Du délire d'ivrogne, quoi. La célébration du rock atomique (concept de base) c'est foutu depuis au moins Raw Power (1973). Une bombe à neutrons dans le calbute, Belzébuth pour tous. Grosse différence, Grinderman a survécu (comment ?) à la déflagration, et se promène en fouinant les gravats de ce qui fut une grande ville. Le vent apporte des émanations bizarres, et d'atroces hallucinations vous broutent le dedans. Solitude intense, épaisse. No Pussy Blues résonne dans le matin verdâtre, ricochant sur les cadavres entassés. Cave a la diction d'un fouet, ses syllabes sont des blessures purulentes. On est la pour retarder l'heure de crever et de pourrir au bénéfice des asticots. Se battre pour défendre un bout de terrain, face à l'écraseur de rêves qu'est devenu le quotidien. Entre la ferraille rouillée et les tribus redevenues sauvages. Elles à qui on a probablement piqué des riffs, pour construire les bases de ce disque en papier de verre. Dont les mélodies se collent à la bouche, et y déposent des aphtes qu'il fait bon remuer. Comme ces arrangements inattendus, et mutants. Sur une terre ravagée, tout manque. Les guitares sont tendues d'acier, et vomissent façon vampire gavé de sang. Le votre, le mien qu'importe. Et ce type dans sa broyeuse, qui passe et repasse, les yeux fermés. C'est lui le Grinderman, dézinguant les derniers cerveaux. Vision dégueulasse de matière grise inerte, et de nerfs inutiles. Sur son engin un message : les scientifiques se sont fait la malle. Comme les généticiens et les artistes. Dite le, si vous communiquez encore. Go Tell The Women, sorte de blues sorti d'un seau de glace liquide. Se casser, se barrer, foutre le camp, même pour aller nulle part. A force de gratter le sol stérile, des souvenirs carbonisés de l'intérieur peuvent ressurgir d'une conscience défigurée. Electric Alice est la pause indispensable, dans ce voyage vers le néant et la mort. Sorte de jolie ballade autiste, en ballerines dans la boue et les tripes fumantes. Bon, le clavier sonne comme un trépan dans une gencive purulente. Mais fait toujours moins mal que ces cuivres funèbres. Le tout en rajoute dans l'angoisse de la sortie. La frontière (toujours hypothétique) entre le bien et le mal. Ici on est du coté....Bonne question. Pas fini de crapahuter, je vous le dit. Disputer un coin d'ombre à un vol de charognards, bien nourris et agressifs. Autrefois, on appelait ça «la vie». Pas toujours marrante, mais avec des compensations. Aujourd'hui le pénible est recherché, pour sa faible rentabilité. Et le douloureux s'invite à manger, dés le matin. Penser aux pilules de survie, quarante toutes les heures. Man On The Moon est si touchant qu'on en chiale, après ce chemin étouffant de barbarie. Cette histoire de papa cosmonaute, jamais revenu, asséné dans la foulée, a la capacité paralysante d'une giclée de cobalt. A mi chemin entre Neil Young (introversion au piment rouge) et Steppenwolf (la rage permanente) l'auditeur normal craque.Recroquevillé en position fœtale, il en vient à demander l'intégrale de Leonard Cohen, juste pour rigoler un peu. Beaucoup de peine à se remettre d'une pareille charge de bison. Avec les bleus, le pif qui saigne, et les bouts de corne restés dans la plaie. Tout ça sans conneries sataniques et métal de débiles mentaux. La violence psychique de Grinderman fait d'autant plus de dégâts (partout) qu'elle est esthétiquement consciente. Froide intelligence, où passe quelque chose d' étrangement semblable au meilleur de Bowie Jamais assez d'un pareil traitement, on est d'accord.

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16 août 2015

Cream

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Un des jeux préférés des grands anciens était de quitter leur groupe, pour vite en monter un autre. Pas question de prendre un job régulier, place à une vie entièrement dédiée à la créativité. Tant pis si tout ceci devenait franchement incestueux, et finissait pas affaiblir définitivement le sang. Anémie dont surent profiter les punks. Mais avant cela, il avait fallu affronter des générations de Blind Faith ou Bad Company. Toujours la même recette, le plus souvent à base de sérieuses crises d'égo. Et puis un super groupe, bien vendu dés le départ (voir managé directement par Peter Grant) pouvait d'entrée casser la baraque. Qu'importe si le produit était en fait tout pâlichon. Ce qui comptait le plus (outre le cash) semblait être de préserver la noblesse du titre. Eric Clapton doit être le premier à avoir inauguré ce statut du musicien errant. Paladin allant de port en port, sans jamais s'attacher. Et éprouvant les pires difficultés à être satisfait de son travail. Pauvre Slowhand, dans quoi avait-il mis les pieds en montant Cream. Lui qui voulait juste jouer du blues. Se retrouver avec deux énergumènes/égoïstes comme Bruce et Baker, pas de chance. Le trio doré était programmé pour exploser vite. Mais avant, la mission était surhumaine. Dégager la piste pour Led Zep et le premier Jeff Beck Group. Travail de romain si il en est. Redéfinir le rôle des instrumentistes, en faire des icônes absolues. Être la seul force d'opposition CREDIBLE à Jimi Hendrix. Les Rolling Stones momentanément hors jeu, et les Who pas assez bluesy, un boulevard était ouvert à Cream. Qui perdu entre grosse tronche, dope et fric, a bien souvent fait voisiner le pire avec le génie. Leurs albums sont des montagnes russes, grand modèle. Un étron gluant comme Wrapping Paper (horrible déchet) serait presque capable de tromper totalement son monde. Mais laissez prendre la gelée. Demandez leur de la cohésion. Et attention le voyage. Renvoyez les Troggs à l'usine ou au chantier. Le martèlement têtu de Baker (si loin de la Terre) rejoint la basse impitoyable de Bruce, les sismographes s'affolent. Arrive Clapton, un peu désorienté. Qui met le feu à tout ce qui traine. Un blues comme Spoonful en deviendrait presque effrayant. A emprunter tant de chemins, et à finalement retomber sur ses pieds. Les trois lascars savaient, comme personne, braquer les vieux classiques. Monter la pâte, en faire quelque chose de bien lourd et bien menaçant. Les larder d'une wha wha aux apparences incontrôlées. La quatre cordes trainerait un autobus, sans seulement voir la différence. Le ciel est zébré de motifs inquiétants, un petit coup d'harmonica et on retombe sur le riff de base. Plomb fondu de référence, déversé avec toute la mesure du studio. En live ce sera beaucoup plus problématique. Une seul écoute de Sunshine Of Your Love ou Tales Of Brave Ulysses balaie tout le reste. Des solos de batterie aux morceaux les plus atroces. Et puis il y a White Room, où la couronne impériale n'est seulement plus discutable. L'intro en semble propulsé par des galériens. Quand Clapton ouvre la boite à outils, toute la profession de guitariste prend une monstrueuse leçon. Sur ma compilation à trois sous, c'est enchainé au Top Of The World d'Howling Wolf. Et à Politician. La bonne vieille querelle des anciens et des modernes. Que Cream avait réglé à sa façon, au napalm à action lente. Père illégitime d'une nombreuse famille. Dont bien peu de rejetons seront dignes de leurs géniteurs. Une approche basique du problème, donnerait Cactus comme premier héritier direct. C'est compréhensible. Mais, toujours cette manie de fouiner, les écossais de NSU (avec un nom pareil, n'est ce pas...) ont resquillé un chouette accessit. D'accord, Turn On Or Turn Me Down (1969) est sorti sur Stable Records, le label du second Deviants et du Sam Gopal Dream. Pour la gloire, on trouvera mieux. Mais que voilà un joli concentré de blues rock dynamiteur. La rythmique travaille dur, sonne presque aussi bien que son illustre modèle. Et le guitariste assure avec un grand courage. Bons compositeurs, les gars de NSU réussissent à éviter l'étiquette de plagiaire, en plaçant d'entrée la barre assez haut. Morceaux clairs et bien structurés, même les vocaux sont dans le ton. Avec des paroles un peu plus cryptiques, c'était parfait. Par contre, les tempos lents sont problématiques, trop chargés. Bel essai, tout de même. Pour en revenir à Cream, le groupe a réussi à se supporter, à nouveau, le temps de quelques concerts (ultra rentables) en 2005. L’exorbitant tarif des billets a d'ailleurs fait beaucoup jaser. Malgré une tendance regrettable du DVD à s'attarder (on s'en fout) sur les friqués ayant pu se payer une place (Sean Penn ou le guitariste de Queen) le film est totalement grandiose. Renvoyant (sans pitié) Farewell Cream croupir dans l'oubli et l'obscurité. Oubliés les rides. Et la dégaine de beauf de Clapton. Dont on se demande vraiment sil a fait exprès (lui si à cheval sur la sape) de s'habiller comme un sac. Le principal (les doigts en or) est bien présent. Du coup, ce qui se passe sur scène vaut une nuit d'apocalypse à Pompée. Quand l'enfoiré de volcan est au sommet de sa pétaradante démonstration. Vous voulez un remake de l'attaque du château ? Avec huile bouillante sur la tronche, et affrontement héroïque du blues contre le rock ? C'est par ici. Attention, les ancêtres en veulent. A commencer par le batteur, enfin mixé à la hauteur de sa valeur rythmique. Jack Bruce semblant néanmoins avoir du mal à rester debout. Sans avoir perdu sa manie de jouer en ignorant ceux qui sont à coté. Et aussi fort que possible. Ce qui donnera lieu à un ultime clash avec Baker, devenu sourd. Chacun retournant vaquer à ses petites affaires. Certainement, un peu plus, persuadé que les deux autres sont des connards. Finalement, c’est quelque part. aussi bien comme ça. En mémoire de tous les power trios qui, sans avoir rien à dire, nous les ont, impitoyablement, brisé menues. Papier imaginé et rédigé bien avant la disparation de Jack Bruce.

 

 

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25 juin 2015

T2

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Dans la myriade des genres et sous genres, chaque mythologie (pour peu qu'on s'y laisse prendre) a ses codes et ses rites. La Northern Soul sera affaire de singles introuvables, étalés sur des wagons de compilations. Au contraire, la musique progressive s'exprimera en méprisant le format court. Chaque camp défendant mordicus «sa» vision. Maintenant, imaginez le délire si les catégories se mettent à fusionner... Forcément, l'auditeur curieux croisera vite la route de bien curieuses créatures. Que seule une experte pratique permettra d'identifier sans erreur. Le heavy progressif (quel oxymore) est à ce titre un vrai cas d'école. Ainsi qu'un casse tête sans fin, au pays de la pignolade sémantique. Symbolisé par des groupes malchanceux, dont la rareté des pressages originaux fait beaucoup pour la réputation. La découverte étant souvent entaché de frustration, tant ces formations sont portés aux nues par les marchands. Autant que descendues au canon, par tout ce qui a autorité de critique (je rigole). Voir par exemple les excellents anglais de Leaf Hound, littéralement crucifiés dés qu'ils montrent le bout d'un accord. Un peu moins méprisés Warhorse, Clear Blue Sky, Jenghiz Khan, May Blitz (et tant d'autres) à vouloir créer quelque chose de «différent» se sont d'entrée perdus en chemin. Maladroite souvent, leur musique laisse le sentiment qu'il aurait suffi de bien peu pour enflammer tout ça. A l'inverse, quand la mayonnaise prend (Argus de Wishbone Ash, certains albums des Master Apprentices) le ravissement est permanent. Partagé entre la recherche de Pink Floyd, la rigueur de Led Zep, et la puissance de Deep Purple, on comprend que l'équilibre soit quasi introuvable. Un des chouchous du genre se nomme T2, trio anglais à la courte vie. Leur It's All Workout In Boomland (1970) est en général exempté d'un traitement lapidaire. Chose intéressante, les membres du groupe ont fait leurs armes dans des formations obscures, mais bien documentés de nos jours. Seront examinés The Flies, Please, Neon Pearl et Infinity, dont seuls les premiers ont laissé quelques singles. Le fort médiocre Bulldog Breed (un album en 1969) ne mérite qu'une mention de passage, pour avoir donné un soliste (Keith Cross) à Bernard Jenkins (basse) et Pete Dunton (batteur). Ce dernier signant les quatre compositions du LP de T2. Chansons longues, et d'autant plus menacés d'avoir (mal) vieilli. Une oreille large est d'entrée demandé. Parce que ça brasse sec. Avec des cuivres et du piano. Tout pour se faire flinguer sans sommation. On note le tempo complexe, la volonté évidente de créer un climat bien particulier pour chaque morceau. Qui sont fait de cellules diverses, assemblées avec goût, et plus seulement un prétexte à faire monter la pression. Il y a d'ailleurs peu d'intervention du soliste, en tant que tel. Keith Cross y apparaît en instrumentiste précis et concis, pas forcément bluesy. La grosse réussite du lot se nomme No More White Horses, mixant les Stooges, avec des montées de cuivre modèle Atom Heart Mother. Exercice de funambule, dont T2 sort sans une égratignure. En fait, tout se passe bien jusqu'à Morning. Qui se met à déconner gravement, avec son riff rasoir, sa rythmique galopante, et son absence de vue. Le groupe s'y conduit comme Ten Years After, en une interminable agonie. Seule la mélancolie des breaks retrouve l'ambition du départ. Laissant l'auditeur perplexe, a se demander si il a bien assimilé le mode d'emploi. Un tel disque (dont la recette s'est totalement perdue) défilant beaucoup trop vite pour tout dire en une fois. A signaler aussi de beaux vocaux (vierges de voix de castrats énervantes, c'est important) et un batteur de classe. Le même qui est à l'origine de la sortie du «second» album, une fameuse arnaque. Titre identique, pochette ressemblante, tout est fait pour qu'on s'y trompe. Attention, donc, a cette compilation de médiocre démos (Essex Records). La genèse de T2 est bien plus relaxe, procurant de chouettes instants de pop psychédélique (mais il faut faire du tri). Par exemple cette formidable version du Stepping Stone des Monkees, dynamitée par The Flies. Qui renverrait presque Creation à l'école. Ils peuvent aussi moucher les Pretty Things seconde époque (Alexander Bell Believes) une main dans le dos. Rien que pour ça, on leur pardonne le reste d'une production qui mange à tous les râteliers. Y compris d'atroces relents country. Typique d'un groupe manipulé et sans direction. Triste, en gros. Bien meilleur est Please, proposant une musique ambitieuse (flute et orgue) préfigurant 10 CC et Big Star. Les compositions sont de qualité rien de honteux. A part un morceau à la saveur pisseuse de menuet, qui annonce un futur glauque, impossible de leur trouver un défaut. Notez la première mouture de No More White Horses, étonnante sans son arrangement tonitruant. Par contre, le progressif triple gras est nettement en gestation chez Infinity. Avec de la gueule, soit. Le son gonflette, et la guitare qui tire une bourre au clavier sont des indices au delà de la fiabilité. Résultat curieux, pas encore gorgé de cholestérol, mais déjà parfois aux limites du prétentieux (les vocaux). Une recette réutilisé à foison, ici livré en mode vintage, s'écoutant sans réel déplaisir. On termine avec Neon Pearl, qui distille un bien agréable parfum. Comme celui des compilations de psyché anglais, de la bonne cuvée. Ambiance lysergique (ou carrément west coast) éclairage rouge-orange, tout le quartier écroulé à coté du narguilé. A noter un super chanteur, très Stills-Crosby dans leur jeunesse. Si il faut leur trouver un talon d'Achille, ce sera le coté un peu uniforme du tout. L'absence de grandes bouffées libératrices, quoi. Largement compensé par l'impression d'avoir fait une grande et belle découverte. Et serait-on obligé de n'en retenir qu'un, que Neon Pearl serait l’heureux élu.

 

 

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17 mai 2015

Psyché 90.

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Torpeur trompeuse. Langueur bienfaitrice. Cuvette de verdure. Où la mégalomanie architecturale ne semble avoir aucun droit à la parole. Odeur de goudron chaud. Rappel sans frais de la modernité. Communication minimale. Les années 90 étaient un brin moins hideuses que la décade précédente, peut on dire aujourd'hui. Pas évident à l'époque. Tout juste devenait il (un petit peu) plus facile de se brancher sur des réseaux alternatifs. Et de partir bosser en espérant une bonne surprise au courrier. Je dis «facile» pour la litote. Parce que, encore une fois, tout était une question de listes impossibles. Et avec Chemical (Acme AC8014, 1995) les amateurs en ont eu pour leur argent. Déjà, la pochette est magnifique. Un visage de fille, l'air totalement défoncée. Sosie de la copine de Twink, au dos de Think Pink. Et puis de la couleur noire partout. Tout idée commerciale niée. Réduite à vivre avec un bâillon pendant quarante miraculeuses minutes. Morceaux menés les yeux fermés, existant uniquement par un sens tactile développé à l’extrême. Ragas électriques, rues désertes et lumineuses. Reprendre contact avec quelque chose d'humainement tangible. Le premier morceau s'appelle d'ailleurs Fornication. Guitare claire et minimaliste, vocaux enterrés dans le mix. Il est question d'un miroir qui reflète le soleil dans le ciel. Et d'un autre age. Vivre loin. Mélopée sac de couchage, la nuit en plein jour. Relaxation/emballement mental, avant retour aux tongs les plus enfoncées dans le sable chaud. La conclusion est brillante (couleur carmin) et se fait longuement admirer. Avant de disparaître sous la ligne d'horizon. Le rythme terrestre n'ayant plus guère d'importance, on l'estimera à la longueur du disque de Chemical. Usage prolongé à surveiller. Mais inusable. La fausse sortie finale devrait être prohibée, tant elle fait du bien. Et ils ont osé appeler ça Spiritual Jam. Les vicieux. Mon souvenir de l'album des Holy Angels (Prescription UK Drug 6, 1999) est très clair. Il faisait un froid de canard. Et je me demandais ce qui avait piqué ces quatre nanas japonaises. Appeler un disque Métaphysical Meditations, c'est de la provocation. Un boomerang qui va vous revenir dans les gencives. Méditer sur la métaphasique. Reprendre une boite d'aspirines juste après. Deux très longs morceaux, pour aller ailleurs. Rayon des tapis volants, et autres accessoires éventuellement flottant. Électricité en guirlande, avec du sitar plein partout. Aujourd'hui on appellerait ça un drone. La science de l'immobilisme. Dominer les buildings. Escalator extérieur. Système hydraulique, vérins immuables. Fascination d'une hyperbole nuageuse. Forcément indéfendable avec les critères de la normalité. Anéantir le formatage. C'est un peu ce qu'ont du vouloir entreprendre les anglais de Leitkegel (Prescription UK, Drug 5) sur leur album zarbi de 1998. J'avais trouvé ça rasoir à l'époque, mal foutu et sans intérêt. Par acquit de conscience, il vient de repasser dans mes oreilles. Et sans être totalement à jeter, c'est toujours pas le feu d'artifice. Longue baratte de sons, collés un peu au hasard. Quelques beaux moments, voisinant avec de pures ambiances pour ménagères. Sous prétexte de liberté artistique probablement. Il me semble (c'est loin) que la chose était présenté comme un pendant du rock allemand, le plus expérimental. Bof. Si vous le trouvez à pas cher, ramassez le (gros collector) mais pour le bon voyage faudra voir ailleurs. Même punition pour Mother Yod (Prescription UK Drug 1, 1997). Avec un épouvantable coté fond sonore pour rayon godasses, dans votre supermarché favori. Cent fois meilleur (mais encore plus déstructuré) sera le Nug Yar de Attack Wave Pestrepeller (Prescription UK Drug 4, 1998). On est la dans une forme d'ambient, noire et totalement organique. La lumière disparaît doucement, comme diffusée par une ampoule jaunâtre et crasseuse. Sensation d'air glacial, soufflant avec un bruit inquiétant. Vie brisée, excroissance puante et gênante. Pour faire simple, on parlera de Tangerine Dream en pleine crise d'angoisse. Ou en montée d'acide incontrôlée. Avec tout le bouzin électronique mal branché. Qui grésille avant de disjoncter une bonne fois. Ceux la se sont laissés approcher (assez) facilement à leur sortie.    Par contre, il a bien fallu quinze ans avant d'envisager posséder Spiral Sky (Acme AC8002, 1994). Comme toutes les grandes occasions manquées. Pochette blanche, avec un ange tendant les bras au ciel. Première surprise, l'objet est scellé. Mais vraiment. Pour extraire le disque, il faut couper le carton. A l'intérieur vous attend une redéfinition totale du mot «folk». Certes la musique proposée à des airs connus. Certes la forme n'est pas inédite. Et la voix de la chanteuse apparaît un brin limitée. Relevant plus de la psalmodie fumeuse. Mais, et c'est la que le piège s’avère impitoyable, tout ceci distille une incroyable dose de bien être. Couche fine, dont l'épaisseur va croissante. Une flute ici, un peu de fuzz ailleurs. Dormez, je le veux. Hypnotisme. Légèreté concernée et hyper consciente de son rôle curatif. Au beau milieu de toute cette mousse bleue, les réflexes se mettent en berne. On notera (sans même en avoir vraiment conscience) le savoir faire qui préside ici. Il est question de planer TRES haut, mais pas n'importe comment. En anglais on dit «tight but loose». Ce que je traduirais (grossièrement) par «cinglé mais pas fou». Voyagez en confiance. Vous l'aurez compris, les groupes ici cités sont (par définition ou par conscience) gravement allumés. Leurs albums des torpilles folles, lâchées dans le lard mental du conformisme. Diffusés en petite quantité, promis à une vie d' obscurité et d’ascèse. Et bien sur (j'allais dire «naturellement») pas réédités. L'époque veut des moutons bien gardés. De la consommation réglementée et réglementaire. Surveillez E Bay, on est jamais à l'abri d'une bonne affaire. Belle occasion d'assumer sa condition d'explorateur marginal.

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https://www.youtube.com/watch?v=zN-XccOkCYY

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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21 mars 2015

Bruce Springsteen.

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D'abord, il y a Dylan et Neil Young. A une période particulièrement critique de leur carrière (1982) enchainant les albums foireux. Venus vérifier que ce, comment vous dites, Bruce Springsteen n'est pas simplement un rigolo. Cinq albums au compteur, deux chefs d’œuvre (le premier et Born To Run). Les autres sont surjoués, atteints d'une mégalo grand modèle.Bon, le gamin a compris les principe de base. Vous casser en deux avec rien. Se placer dans une perspective étonnante. Un espace immense, à l'amplitude aussi forte que discrète. Raconter des histoires pleines de personnages colorés et de lieux mythiques. Bref, l’élève est doué. Sans tomber dans ce travers qui consisterait à raconter n'importe quoi. Sous prétexte de poésie échevelée. Ses récits d'épopées urbaines en été sont crédibles. Des ancêtres précitées, il a aussi récupéré ce tic des longs textes, ultra verbeux, avec des métaphores à tiroirs un peu partout. C'est précisément ce que lui reproche John Fogerty (ce vieux râleur). Réduit au silence par un conflit avec son ancienne maison de disques, le leader éternel de Creedence s'est senti attiré par ces sagas de gens simples, mises en scène par un type ordinaire. Simplement, prétend-il, ce Bruce Bidule, doit encore apprendre la concision. Les trois hochent la tête avec résignation. Ils viennent d'écouter The River (dernier Springsteen en date) pour sur. Un double album, avec tous les défauts du genre réunis sur quatre faces. Passé l'admirable morceau titre (J'viens du fond de la vallée/Où M'sieur on t’élève pour que tu fasses comme ton vieux....) la vacuité est sans limites. Et ils tirent la gueule les vétérans. A ce rythme la, c'est un ersatz qui va décrocher le pompon. Les USA sont en pleine débâcle économique, cornaqués par Reagan et son néo libéralisme. Niveau musique, c'est le règne des nouveaux romantiques. Des tètes à claques, fringués avec les rideaux de la douche. Qui vous servent du vomi parfumé à longueur de chanson. Et le comique français de service se nomme Jean Patrick Capdevielle. Franchement moins drôle que Bourvil, ce clone se prend au sérieux, s'imposant (si si) comme un prophète de la zone. Bien sur, la critique applaudit. Dans ces conditions, que le nouveau Bruce Springsteen s'appelle Nebraska ne change rien à l'affaire. Tout le monde sait bien comment il va sonner. Vous dites qu'il a choisi de livrer ses démos, au lieu de passer quinze ans en studio, comme d'habitude ? Admirez plutôt comment Robert Smith bafouille bien ses cauchemars d'ivrogne. Ça c'est intéressant. Et arrêtons la les conneries. Je peux en parler, j'avais dix sept ans. Tout ce qui précède était dans l'air du temps. Chez mon disquaire, il y avait UN seul exemplaire de Nebraska. Comme une grosse écharde, plantée dans le cul de tous ces vinyles gras et satisfaits. Avec cette pochette bien moche, toute floue. Deux couleurs, noir et rouge. Et les textes traduits en français. Dedans, une douzaine de titres acoustiques. Plus un embryon de rock. Si basique que n'importe quel groupe garage en rigolerait. Pratiquement rien de plus, à part le chant. Bruce Springsteen, comme on aimerait tant l' entendre plus souvent. Capable d’asseoir n'importe qui en deux intonations, et trois phrases. Héritier de l'Amérique d'Hubert Selby. Sorte de Woody Guthrie adaptant John Fante. Défile une galerie de portraits grisâtres, façon photographie en contre jour. Hésitant entre le commentaire social résigné, ou les souvenirs d'enfance rendus amers par le temps. Ne jamais se simplifier la tache. On écoute Nebraska en boucle. En s'interdisant d’interrompre la montée d'un immense poids sur nos épaules. Ce disque (bricolé avec trois bouts de ficelle) vient de se coincer dans notre (votre) vie. Si profondément qu'il ôte, d'entrée, toute envie de chercher à lutter. Il est la, faisons avec. Pour continuer à se prétendre quelque chose de pas trop abimé. Deux ans plus tard, Springsteen se tirerait une balle dans chaque pied. En beuglant son J'suis né aux States, sur fond d'orgue Bontempi, il allait passer pour un bœuf nationaliste. Flattant involontairement l'égo de milliers de crétins portés à droite. Et révulsant les autres, épouvantés d'entendre ce mec se vanter de rouler pour l'Oncle Sam. Difficile de conseiller à chaque partie de réviser son anglais. Pour bien comprendre cette histoire de loser cassé par le Vietnam. Sans doute conscient d’être si mal perçu, Bruce ne joue d'ailleurs plus Born In The USA qu'en acoustique. Et vit depuis trente et un ans dans l'ombre maudite de Nebraska. Accumulant les disques inutiles et stériles (le pompon allant au quintuple live/pur saindoux). Incapable de comprendre ce qui fait sa vraie force. Seul Ghost Of Tom Joad (tout en papier de verre et gorge sèche) retrouve le souffle résigné. Le bruit de la mort qui rode. Du coup, c'est sur scène que ça se passe. Pour se prendre une leçon de rock magistrale, il y a le DVD Live In New York City. Véritable tornade, d'accord. Mais dont la puissance n'est rien, face à celle sereine de Nebraska. Album qui parle à chacun. De son bled tout pourri. De sa vie blême. De son avenir déjà en lambeaux. Du moins, c'est comme ça que je l'ai toujours ressenti. Libre à vous de considérer Bruce Springsteen comme un percheron de plus. Sauf que, quand le bourrin débranche sa guitare, et entame Atlantic City ou Johnny 99, tout change de dimension. Bien sur, Bruce n'est pas paré de l'aura maudite de Jackson C. Frank. Mais Nebraska rejoint facilement Blues Run The Game sur le fond. Un petit peu moins sur la forme. Et c'est la que le bat blesse, pour la majorité. Dommage.

zzzSP

Posté par Hamster Jovial à 22:32 - Commentaires [0] - Permalien [#]