Vibracathedral Orchestra

Longue rumination. Personne à qui s'adresser sur ce quai de gare. Vibrations mauvaises avec parano dans les couloirs. Purifier l'air, ouvrir une trappe céleste, accrocher une musique en spirales. Conversation interne/intériorisée/intériorisante. Science du néologisme. Je voudrais parler, j'emploie un alphabet nouveau. Un jeu de signes abstraits et lumineux. Vibracathedral Orchestra, créature anglaise à la monstrueuse discographie. Enquête forcément partielle. Travail scientifique et minutieux. Aube crue sur de longs drones parfaitement défonçants. Guirlandes d'un noël enfin débarrassé de ses scories marchandes. Des cadeaux à tous les étages. Plus c'est pareil et plus ça change. Ergonomie du détail qui tue. Masse compacte, qu'on aborde sans rien (RIEN) y comprendre. Mais le rock and roll est aussi fait de ça. Un régime brutal, destiné à changer les visages et les âmes. Sacré période d'adaptation à prévoir. Où les vieux briscards reconnaitront l'empreinte de Terry Riley. Souvenez vous de cet album maudit avec John Cale. Je parle de références, de concret. Pour donner une direction, mais certainement pas un sextant. Bases de références Versatile Arab Chord Chart (2001) Queen of Guess (2003) et Wisdom Thunderbolt (2007). Ou un labyrinthe sans fin, qu'il est conseillé de parcourir au moins une fois. Sans prendre de notes, merci. Sinon ça compte pas et c'est trop facile. Vous connaissez ce jeu de patience, où il faut trouver des mots dans un méli-mélo de lettres. Mon truc à moi c'est de commencer en haut à gauche, puis dans tous les sens. On patine un peu au départ, et au fur et à mesure tout se révèle. Serrée la grille, champ d'une bataille mentale bien menée. Pas de marche forcée, la fonction libertaire sera primordiale. Si vous passez un de ces trois disques dans un réveillon (oh oui, oh oui) la soirée à toutes les chances de finir mal, ceci dit. Et pas seulement à cause des relents de raga, ici et la. Musique individualiste par essence, celle de Vibracathedral Orchestra néglige les oreilles, en allant taper directement au cortex. Immense vague de chaleur, ou surgit brusquement un riff des Stones. Je vous assure que la Télécaster vintage dans ce genre de cordée, ça heurte sérieusement. Alors le temps s’arrête. Deux longues secondes. Et on se laisse de nouveau embarquer par une fusion de bronze, content de notre sort. Ah les enfoirés. On en saura pas guère plus sur les gonzes derrière tout ça. Une approche basique laisserait supposer des mutants, défoncés jusqu'aux talons. Mais la façon méthodique (la maniaquerie dans le délire ludique, presque) trahit plutôt un genre de Steely Dan, nourri au kraut plus qu' au jazz.. Des tatillons du détail qui tue, si vous préférez. J'entends râler au fond de la salle, bien sur je vous facilite pas le boulot. Et comment que vous allez monter au charbon tous seuls, comme des grands. Prendre des risques un peu, d'autant qu'ils sont quand même réduits. Pas de clichés, de blues rock, de baveux ou de facile. Le manuel du petit rocker est ici inutilisable. Et les pochettes (j'appelle toujours ça «pochettes» pas «livrets») sont totalement absconses. Tout dans la symbolique en béton. Impossible de s'en sortir sans bonne volonté. Sauter du quinzième étage, c'est avant tout dans la tête. Un gros (GROS) matelas vous attend à l'arrivée. Situation bloquée sur panne d’ascenseur. Tous perchés sur la grande échelle du temps libre. Abolition des idées reçues, les centristes se débinent par la fenêtre, et un tas de questions sans réponses s'entassent dans les poches sous les yeux. On a rien retenu, mais tout gardé. C'est quoi ce bordel, diront les tenants du conservatisme le plus Poujadiste, la marge bénéficiaire toujours en ligne de mire. J'en vois qui rigolent, eux ils ont saisi la quintessence. Ils savent désormais les tenants ('tain, c'est pas facile à apprivoiser) et les aboutissants (fuck, sacré came addictive). Chronique déjantée, obligatoirement.
http://www.youtube.com/watch?v=tLIn-N1p2j4

Neil Young

Tout ce grunge était quand même une vaste fumisterie. Des groupes adeptes du DYI, un peu plus frais que la moyenne, et vite récupérés. Les Pearl Jam, Soundgarden et autres Alice In Chains se sont retrouvés bombardés héros du jour, sans bien comprendre pourquoi. Pendant que, dans mon bled, les fans de Nirvana écoutaient aussi Sepultura. Ce que j'appelle le plus bel oxymore depuis Tristan Corbière. On pourrait aussi se demander qu'est ce que Sonic Youth avait à voir avec tout ça, et encore mieux s'en référer à Neil Young. Puisqu'on retrouvait son nom à longueur d'interviews, dans ces années la. La chemise à carreaux, les chansons à se déchirer le cœur, les grosses attaques de guitare, que sais je encore. Manquait juste l'essentiel pour égaler le modèle, ce coté caractériel/vieux râleur imprévisible. Dans mes siécles de lycée, je guettais les promos chez mon disquaire (petit budget) et je me revois encore partir avec Zuma. Qui m'avait un peu déçu, je m'attendais à beaucoup mieux, tant les critiques déliraient à son sujet. J'ignorais alors deux principes de base :
se méfier des journaleux qui reçoivent les disques sans les payer.
éviter de juger un disque de Neil Young sans connaître ni le contexte, ni celui d'avant. Tout en sachant que celui d’après est probablement en boite depuis deux ans.
Zuma, donc, était une gigantesque remontée vers la lumière la plus salvatrice, après avoir frôlé les abysses de la folie. Une galette qui écorchait joyeusement le rock, alors que Tonight's The Night arborait d'entrée un profil douloureux et dépressif. Comme celui que vous affichez en mettant le nez dehors début Mars, sans avoir posé les pieds dans la rue depuis deux mois. La pochette, en tout cas, a du épouvanter tous les babas de l'époque. Un Neil à la tronche méconnaissable, sorte de dealer de cauchemar. Et la photo du groupe à l'intérieur, fait aussi très fort. Même le J Geils Band n'a jamais réussi à avoir ce profil impitoyable de gang psychotique. Et la mise en place générale est plus que rudimentaire. Presque bâclé, si loin de la perfection stérile d'Harvest. Bon, les circonstances sont bien connues. Un Neil Young brisé par la mort de son roadie (Bruce Berry) et de son guitariste (Danny Whitten). Tous les deux emportés par la mort blanche. Plus les classiques problèmes avec la maison de disques (la pauvre) qui voulait empêcher la sortie de l'album. Aucun cadeau à attendre donc. On est prévenu dés le premier morceau, après avoir raccroché le téléphone pour une sale nouvelle. Il y a la pièce, les rideaux, et un sale goût dans la bouche. Envie de se faire une toile, pour changer d'humeur. Sans seulement voir le film. Juste l'écran. Faire le point si possible. Putain, Neil est tellement cassé qu'il pompe sans vergogne un morceau des Stones. Pire il le revendique. Sur la chanson suivante, tout le monde est invité à descendre encore plus bas. Le vice est poussé jusqu'à nous refiler une prise live, avec Danny Whitten au chant. Normalement, les murs doivent commencer à vous écraser le cerveau. Même Neil l'a senti, du fond de sa caverne. Il s'arrache la gorge mais crache le morceau. Apaises Mon Esprit chante t-il. Le voyage maudit à été trop loin, c'est revenir ou y passer. Les chansons lentes trimballent toutes un curieux feelings, d'ailleurs. Neil s'est, semble t'-il trouvé une nana, mais tout ça à des allures de marche funèbre. Un vieux fond lugubre, qui rode quelque part. Pendant que Woodstock et CSNY reçoivent aussi leur raclé. Deux coups de pompe bien ajustés. Pas question de participer à la grande ménopause des copains de promotion (Stones et Who en tête). Ou de retourner sa veste façon Bowie. Non et non, il a lutté pour être indépendant, foutez lui la paix. Et il vous racontera cette histoire de deal de poudre, qui a mal tourné. Et où un type en a flingué quatre autres. Le tout assené d'un ton dégagé, presque banal, sur fond de country électrique et peinard. Avant de fermer le banc avec une reprise terrible de la chanson titre. Sorte de message laissé sur la porte, à la pointe d'un couteau. Surin planté entre nos épaules. Qui oserait emmener cette galette maudite sur une ile déserte ?

Gnod interview seconde partie.
L : Que faudrait-il pour que vous choisissiez trois minutes de votre musique, en fassiez un single commercial, et tenter votre chance à la radio ?
C : L'idée d'écrire une chanson pop nous plait, on aimerait y arriver, mais on ne recherche pas ça. Quand on répète, on a trop de plaisir à jouer une note pendant longtemps. Ce qui est très éloigné du format pop. Peut être, dans le futur, un morceau sortira d'un de nos bœufs, qui pourrait cartonner. Mais, pour nous, ça doit être naturel, qu'on puisse vivre avec.
P : Je l'ai fait. C'est trop facile.
N : Les gens sont libres de faire leur truc, en prenant trois minutes. Mais, ils manqueraient beaucoup de choses.
L : Il est facile d'imaginer qu'une telle vision musicale a quelque chose à offrir, sur scène. Vous tournez beaucoup ?
C : Pas autant qu'on le voudrait. On aime jouer en Europe, ce qu'on tente de faire au moins une fois par an. En général, on s'occupe nous même du business. Ce qui nous a bien servi, puisque on a rencontré beaucoup de gens fantastiques, sur notre chemin. Avoir un agent sympa, pour les concerts serait cool, tout de même. On est toujours à la recherche de moyens pour à la fois donner des concerts et vivre.
P : J'adore tourner, c'est la meilleure partie de tout le bazar. Jouer chaque nuit pour de nouvelles audiences, rencontrer de nouveaux amis, être avec de super groupes sur la route. Suer, boire, être privé de sommeil, fumer, regarder notre chanteur manger des salades de fruits de mer de chez Lidl. Et foutre le camp d'Angleterre. J'aime la façon dont les groupes deviennent des mécaniques, en tournée. La musique crache alors une sérieuse énergie.
M : J'aimerais qu'on tourne tout au long de l'année. C'est la seule chose qui nous rende vraiment heureux. Que pouvez vous désirer de plus dans la vie ? Conduire dans des endroits inconnus, jouer de la musique à des gens qui veulent l'entendre. Rencontrer des cultures et des gens intéressants. Voir de bons groupes, par la même occasion Comme l'a dit Chris, ce serait bien d'avoir quelqu'un pour nous aider, nous trouver plus de concerts hors d'Angleterre. On pourrait se tirer plus souvent.
L : Vos disques sortent surtout en vinyle. C'est important pour vous ? Vous collectionnez ?
C : On adore le vinyle. C'est un super format pour la musique, qui donne une vraie sensation de posséder un album. Imaginez que vous ayez seulement I Tunes, quelle merde ce serait ? Tout l'album réduit à un titre et une image, sur un bout de papier. On écume les boutiques d'occasion, mais je ne dirais pas qu'on est collectionneurs. Juste amateur de bonne musique, de préférence en vinyle, à travers une paire d'enceintes correctes.
P : Tout pour le vinyle, baby. C'est le meilleur format, sans problèmes. J’achète aussi des bandes et des CD, notez bien. J'écoute autant de musique que je peux, mais le vinyle est toujours gagnant.
M : J'ai simplement quelques albums, et je dois admettre que le son est plus chaud, meilleur que n'importe quel autre format. Il y a plus de respect pour un vinyle, il dure probablement plus longtemps aussi. Tout mes CD sont abimés, répandus sans soin autour de la baraque.
N : Je n'ai pas eu de lecteur CD avant le milieu des années 90, et avant c'était vinyle et cassettes. Et pas mal depuis. C'est bon d'avoir sa propre musique, comme un objet.
L : Beaucoup de vos enregistrements sont disponibles en téléchargement libre. Aucun problème avec ça ? Que pensez vous de la répression à ce niveau ?
C : On est plutôt chanceux en fait. Bien que les gens puissent télécharger gratuitement sur notre blog, on y vend toujours nos disques. Comme en tournée. Je pense qu'encore une fois, c'est du à nos auditeurs, qui veulent vraiment avoir quelque chose, pas simplement un dossier dans leur ordinateur. Le téléchargement est ok pour moi. Si on veut notre musique, on sait où la trouver.
P : A partir du moment où les gens écoutent et aiment, tout va bien. Tant qu'ils viendront nous voir jouer, ils peuvent télécharger à l'infini.
M : Le vrai truc derrière tout ça, est de rendre la musique plus accessible à ceux qui veulent l'écouter, sans en avoir les moyens. On vent toujours un peu, donc je ne pense pas que ça nous empêche de dormir.
N : Quand les CD sont arrivés, c'était une arnaque totale. Il était inévitable que l'industrie du disque se retrouve en slip, après toutes ces guerres de format. Avec l'arrivée du MP 3 et de You Tube. Je m'en sers aussi, mais c'est bon de garder l’intérêt des choses, le coté collector. Avec du vinyle et des bandes.
L : Une brochette de groupes que vous écoutez actuellement ?
C : Bong, Drunk In Hell et Divorce, sont mes trois groupes favoris du moment. Tout de nouveaux groupes anglais, trouvables avec Google. J'écoute aussi Shangan Electro, Ancient Methods, Peaking Light and Forest Swords.
P : Swans, Shit And Shine, Bong, Drunk In Hell, Mountains, Gris Gris de Dr John, Blank Realm, This Heat, Camberwell Now.
M : Tout ce qui vient d’être cité. Divorce et Drunk In Hell ont donné des concerts fantastiques ici, à Manchester, la semaine dernière. Ça vaut la peine de chercher.
N : J'écoute des tas de choses. Mais je dirais The Passage, Camberwell Now, Three Dimensional Tanx, The Slits et AR Kane. Quelqu'un de ceux que je trouve inspirants.
L : Prochaine étape dans votre carrière ?
C : On doit sortir un double album avec Tamed Records, qui est basé à Cherbourg. Le disque contiendra des chansons au studio Chaudelande, en avril dernier. Le premier volume sortira à l'automne, l'autre vers décembre ou janvier. On espérer donner d'autres concerts en Europe. Et peut être aller aux USA, au Japon et en Russie, un jour.
P : Plus de concerts, SVP. J'aimerais aussi retourner au studio Chaudelande, enregistrer avec Alice et Bertrand. J'ai vraiment pris mon pied à travailler la bas. Je vais peut être m'y installer et acheter un bateau de pèche.
M : Définitivement plus d'albums et de tournées.
L : Que savez vous de la France ?
C : J'y suis venu quelquefois, mais une seul à Paris (on a joué au Black Mass Rising, en 2010). Donc, la plupart de mes aventures se sont déroulés dans le nord, et c'est incroyable. Je déteste généraliser, mais j'aime votre culture. Bonne bouffe, bons vins, bonnes bières, avoir du bon temps. On a rencontré des gens super en France, comme Shazzula et Aqua Nebula Oscillator, Gilles de Tamed Records, Alice et Bertrand du studio Chaudelande, David et Max de High Wolf. Ils nous ont tous aidé à trouver des concerts, et à enregistrer.
P : Je sais que je veux jouer pour Ground Zero, à Lyon. Et les quelques personnes que je connais en France, font de grandes choses. High Wolf, Tamed Records, Aluk Todolo, Shazzula, infatigable dans sa quête de nouveaux groupes à populariser. On a donné quelques chouettes concerts avec High Wolf, en France et en Angleterre. Ce serait cool de revenir chez vous. Si quelque uns de vos lecteurs veulent venir nous voir, on vous attend.
M : Rien à ajouter. De bonnes vibrations partout, qui nous ont inspiré le matériel à venir chez Tamed Record. En espérant des tonnes de concerts la bas.
L : Votre ile déserte. Une personne, un disque, un livre, un film, un instrument.
C : Aaargh, je hais ce genre de questions. Kim, ma copine et meilleure amie. Dimension Hatross de Voivod (je ne pense pas pouvoir emmener à la fois ce disque et ma nana sur la même ile). Demandes A La Poussière de John Fante. Un bon djembé.
P : Charles Hayward (http://www.myspace.com/charleshayward) . Gris Gris de Dr John. Jack Black, You Can't Win (http://en.wikipedia.org/wiki/You_Can%27t_Win_%28book%29).Made In Britain (http://fr.wikipedia.org/wiki/Made_in_Britain). Et une batterie.
M : J’emmènerais Paddy, une caméra, un stylo et un carnet, un bon sampler. Et j'écrirais le disque, le film et le livre.
N : A part un psychiatre, personne n'aurait ce privilège. Sinon, le coffret Peebles, mon cahier de paroles, Stroszeck de Werner Herzog (http://mondo-esoterica.net/Stroszeck.html). Et un jeu de clochettes.
Gnod interview premiére partie.

Gnod ? Des anglais qu'on a découvert à travers White Hills (eux même remarqués avec The Heads, logique implacable). Si vous aimez vous rincer les oreilles au napalm cosmique, ce groupe est votre tasse d'acide. De la violence rouge et convulsive de In Gnod We Trust, à la beauté spatiale de Gnod Dropout With White Hills II, l'aventure sonique d'un kraut réinvente. Rien de mieux que ce ce genre d'alchimie, pour se sentir vivre enfin. Immense catapulte vers des étoiles de glace. Toutes limites enfin abolies. Laissez la baraque léviter, encore un peu. Et en interview, ils sont plutôt bons aussi.
http://ingnodwetrust.tumblr.com/
Laurent : Qui êtes vous, que faites vous dans le groupe ?
Chris : Chris Haslam. Je fais partie du groupe depuis le début 2007. Juste avant qu'on commence à jouer live.
Paddy : Paddy Shine. Fondateur du groupe en 2006.
Marléne : Marlène. J'ai rencontré Gnod lors de leur abominable concert dans une cave (Percy Palace, Manchester) le jour l'an 2007. Nous avions des amis communs, qui avaient monté une sorte de groupe hip hop, dans lequel on jouait tous. J'ai embrayé avec la dinguerie Gnod.
Neil : J'ai débarqué en Aout 2007. Jouant du vieux Stockhausen et des effets sonores de la BBC sur les jams des autres. Devenu vocaliste quatre mois après.
L : Premier et dernier disque achetés ? Comment êtes vous venus à la musique ? Vous en vivez ?
C : Pas moyen de me souvenir si le premier était We All Follow Man United ou Ghostbusters. J'ai grandi avec une toute petite collection de disques. La plupart en cassettes, des trucs que je piquais à la radio ou chez des amis. J'ai écouté de la musique pop jusqu'à environ 13 ans, avant de me tourner vers le métal. Mon premier album de hard était Dirty Deeds Done Dirt Cheap d'AC/DC. Je l'ai passé chez moi, et ma mère a rigolé comme une dingue, quand elle a entendu Big Balls. Après quelques années de trucs de plus en plus durs et rapides, j'ai commencé à écouter ce qui se faisait à Manchester, les Happy Mondays, James, Inspiral Carpets. Et aussi Pink Floyd et les Doors. Il a fallu beaucoup voyager pour arriver à la musique que j'aimais vers mes vingt ans. Un long chemin vers le psyché underground. Mon dernier disque acheté est le récent simple de Divorce, après que je les ai vu jouer au Fat Out Festival.
P : J'ai oublié le premier acheté, mais le premier véritablement ENTENDU, quand j'étais gamin, était Van Morrison, Astral Weeks. Il m'a arraché la tête, je pensais que ça venait d'un autre monde. Toujours pas moyen de croire qu'il avait seulement 23 ans, quand il a enregistré cet album. C'est la que je suis venu à la musique. Après, je suis parti à Manchester, et j'ai commencé à me gaver. Dernier disque acheté, Heatless Ark de Blank Realm. Parlant de vivre de la musique, c'est plus une attitude qu'une carrière. Je m'en sors bien en faisant un peu la manche, jusqu'à maintenant. Jouer sur scène et visiter d'autres pays est un salaire suffisant.
M : Vraiment aucun souvenir, mais c'était probablement quelque chose de merdique. J'ai grandi en écoutant principalement Pink Floyd. C'était l'obsession de mon père, il accrochait des enceintes partout dans notre appartement, et passait ça presque tout les jours. A fond la gamelle. Dernier disque acheté ? We Are Devo, dans un dépôt vente je pense. Je suis entouré par les collections de disques de Chris et Paddy, donc plus grand chose à acquérir...J'ai commencé à jouer vers quinze ans, j'écoutais du funk, tous ces bassistes flashy. Gagner sa vie comme musicien serait vraiment idéal. On devrait travailler dans ce sens.
N : Premier disque MARRS, Pump Up The Volume. Le plus récent, Enter Castle Perilous de Factory Star. J'écoutais intensément les charts, et la collection de disques de mes parents, en tant que gamin des années 80. Mais c'est d'entendre John Peel, à l'age de onze ans, qui a transformé ça mon obsession d'aujourd'hui. Je ne vis pas de la musique, sans faire grand chose d'autre. Ce qui m’amène beaucoup de choses pour rien. J'aime ce qui est gratuit.
L : Pour couper court à une question qu'on a du vous poser un milliard de fois, «GNOD» ça veut dire quoi ?
C : Agiter (Nod) comme dans secouer la tête, en signe d’acquiescement. Dieu Gnostique. Pas de Dieu. Apparemment, en danois, ça signifie aussi plaisir. Ce qu'on ignorait, jusqu'à ce qu'on joue la bas. Il n'y a pas de sens précis, juste plusieurs interprétations possibles. C'est pour ça que ça fonctionne. Les noms de groupes en un seul mot sont les meilleurs.
P : Je suis le seul à savoir le vrai sens, mais je garde ça pour moi.
M : Paddy me l'a dit. Pas un truc à raconter.
N : Je veux pas savoir.
L : J'ai entendu parler de vous pour l'album avec White Hills. Comment cela s'est-il fait, et qui a joué quoi ? Vous avez entendu leur dernier disque ?
C : On a enregistré beaucoup de matériel à Londres, après avoir gagné du temps de studio sur le site Carbon Logic, en 2008. Quelques morceaux ont été mis au point, mais on était pas content du mixage. Il nous fallait quelqu'un pour transformer tout ça, dont on ne savait pas quoi faire. On avait rencontré White Hills l'année avant, quand ils étaient venus jouer en Angleterre. Dave voulait qu'on lui envoie des morceaux, pour collaborer. Ce qui est devenu Aquarian Downer. Dans la mesure ou ce qu'il a fait nous plaisait, on a pensé à lui faire parvenir Dropout. Pour essayer un mixage. Et quelques mois plus tard, il est revenu avec Gnod Dropout With White Hills I. Qu'il a sorti en CDR, sur Drugspace, son propre label. Quelques mois plus tard, Rocket Records le voulait aussi, on a donc proposé l'idée d'un double album, avec les autres titres des sessions de Dropout, et du matériel de White Hills, pour aider à compléter. Dave a refait sa magie, et c'est devenu Gnod Dropout With White Hills II. J'ai entendu leur nouvel album, il est bon. C'est un grand groupe, et des gars vraiment cool. Ils méritent de réussir.
L : Si vous deviez mettre votre groupe dans une boite, avec une catégorie dessus, ce serait quoi ? Psychédélisme moderne?
C : Fanfare pour zombie. Les classements musicaux sont gonflants. C'est chouette d'avoir une idée de ce qu'on achète, mais il est m'est arrivé d'investir après avoir lu une description, et c'était de la bouse. Pas du tout ce qu'on en disait. On peut aussi bien mettre un code de couleur, par rapport au degré de violence. Rendez toute la musique merdique transparente, qu'on puisse l'éviter. Ce serait plus logique que d'inventer des mots, pour que tout sonne cool et fasse vendre des magazines.
P : Amour de rock.
M : Blackpool Rock.
N : Musique de vie, de sexe et de mort.
L : Parlons de In Gnod We Trust. D'abord, il semble que le sujet abordé soit la religion, et montre un degré élevé de violence. Les deux choses sont-elle liées ? Quelle est votre vision politique et votre opinion sur les temps que nous vivons ?
C : Les masques tombent, tout doucement. Tout le monde commence à réaliser que des bâtards tirent les ficelles. Que notre Terre est ruiné pour le profit de quelques privilégiés. J'aimerais penser que la plupart des émeute récentes en Angleterre, sont basiquement dues à cela. La plupart des gamins veulent un Iphone, une Xbox, et une nouvelle paire de baskets. Encore que, je ne vois aucune raison de détruire le bien des autres, qui sont dans le même bateau. Les banques ont tellement plus ruiné le pays que les manifestations. Et le gouvernement les ont laissé s'en tirer avec la caisse, sans sanctions. Même pas de nouvelles lois, pour éviter que ça se reproduise. Le clampin moyen se fait baiser jusqu'à l'os, et les choses ont besoin de changer. Mais avant, il faudra que tout aille encore beaucoup plus mal. Si il y a de l'amélioration un jour. C'est un point de vue glauque, et j'ai peur quand je vois l'état du monde. La plupart d'entre nous, occidentaux, ont de la chance. Il y a beaucoup de gens, dans le monde, qui passent leur vie en esclavage, juste pour survivre. En principe, pour fabriquer les trucs que nous achetons, consommons et jetons, sans y penser plus que ça. Le petit confort empêche les gens de vouloir du changement. Ce qui explique que tout reste pareil. On ferait mieux de rester la tête dans le sable, sans penser à eux. Parce que le peuple aime ce que lui donne le capitalisme. L'aisance. Je peux simplement parler du catholicisme, puisque c'est ce qui m'a vu naitre. Mais je suppose que pour les autres, c'est pareil. Les religions aident les gens à s'abriter derrière des masques, mettent des idées terrifiantes dans la tête des enfants, et embrouillent les idées des adultes. De cette façon, ils ne pensent pas librement, ne font pas de libres choix dans la vie. La religion crée aussi des divergences entre les peuples. C'est presque une forme légale de racisme, qui a travaillé à se protéger des critiques. Même si l'histoire montre sa responsabilité dans des siècles de violence et de brutalité. Elle peut aussi démolir l'unité d'une famille, si quelqu'un décide que les autres n'ont pas les mêmes croyances que lui. Ou que leurs vies n'est pas conforme à ses principes. Autrement dit, la religion enseigne aux gens à penser «si vous n’êtes pas avec nous, vous êtes contre nous». Il ne semble pas y avoir beaucoup de place pour la tolérance, ou l'ouverture d'esprit, dans la religion. C'est juste suivre, suivre, suivre, sans poser de questions. Ayant dit ça, je pense que plusieurs histoires de la bible sont assez cool. Et que Jésus était bien cool. Si tout ce qui se raconte sur lui est vrai. J'ignore comment on va de son enseignement, aux croisades. Au nom de Jésus, on va vous démonter la gueule, jusqu'à ce que vous aimiez votre prochain ! La photo de Jean Paul II, au dos de IGWT, est le genre d'image que la religion devrait suivre. Ou est l'humour, dans tout ça ? Ils doivent apprendre à rire d'eux mêmes. Bien que ce soit difficile de trouver quelque chose de marrant, la dedans.
P : IGWT est parti d'un coup de gueule contre le pape, quand il a visité l'Angleterre, l'an passé. On enregistrait à ce moment la. Tony's et Vatican sont arrivés, ce qui nous a pris par surprise. Tant c'était devenu violent. Je ne pense que ce soit particulièrement politique, mais certainement un peu paranoïaque. Nous vivons une époque bizarre, stressante. Je ne suis pas vraiment politisé, c'est de la connerie. Je dis «Continuez à courir, sans vous retourner». Amusez vous, on va bientôt y passer.
M : La pochette du disque était un genre de vanne sur la venue du Pape en Angleterre. Vatican, bien qu'il n'ai rien eu à voir avec la religion, lorsque il a été écrit, en donne une bonne définition. Il parle d'horreur, le mal est en chacun de nous.
L : Que faisiez vous lors du dernier mariage royal ? En France, on nous a dit de croire que chaque citoyen anglais se sentait fier et heureux. Vous aussi ?
C : Paddy et moi sommes allé faire la manche, à Manchester. Pensant que la ville serait pleine de crétins, gaspillant leur argent. En fait, tout était vide. Encore moins de gens qu'un dimanche ordinaire. Un reporter local nous a interviewé dans la rue, nous demandant pourquoi on ne regardait pas le mariage. J'ai répondu que je ne savais pas qui était ces gens, qu'ils n'avaient rien à battre de moi, et que par conséquent je me contrefoutais de leur mariage. Apparemment, tout ceci a fini au journal du soir, mais je ne l'ai pas vu. Je suis indifférent à la famille royale. La seule chose que je ne veux pas, c'est qu'ils vivent avec les impôts du peuple. Ils attirent les touristes, qu'ils fassent leurs propres vidéos, leurs services à thés, et qu'ils les vendent pour gagner leur fric. Au lieu de ça, ils prennent l'argent des gens ordinaires, et vivent dessus. Ça me semble mauvais. Et ça amène l'idée que votre naissance est plus importante que vos actes. Un concept très facho, à mon avis.
P : C'était marrant. Je pensais qu'on pourrait se faire un peu de blé. Quelle rigolade, rien à cirer d'un mariage royal, ou d'une famille royale. Laissez les bouffer du cake.
M : Royauté ? Euh.....
L : Qui a eu l'idée de la pochette ? Aucune censure en vue ?
C : On avait l'idée du pape dans la papamobile, avec une grande pyramide Gnod sur la tête. Saluant des gens tabassés par les flics. On pensait que ce serait une bonne image. Finalement on a opté pour un pape au grand visage Gnod. C'est fait pour être subversif , mais avant tout marrant. On ne cherche pas la controverse. Quand vous y pensez, l'image est assez basique. Un pouvoir tout puissant, délivré par une main d'acier.
P : Tout a commencé comme une vanne, en mangeant, après un chouette concert à Londres. On balançait des vannes avec Chris et John 0, de Rocket Records. Et c'est le pape qui a morflé. Le résultat final est fort, autant que bizarre. Un miroir abstrait des temps que nous vivons, et une vacherie. Il se trouve que je réponds à ces questions, pendant que Manchester et Salford sont sans dessus dessous (09/08/2011 à 21 heures 07). La moitié de la jeunesse anglaise est prête à la baston. J'ai envie de me foutre à poil, mettre IGWT sur la platine, et sortir sur le balcon, pour voir de la fumée.
M : C'était pour rigoler. Je pense que ça passe bien, et qu'il pourrait y avoir plusieurs sens. Ça colle bien avec l'été des émeutes anglaises. Prémonition........
N : L'histoire s'accomplit ici avec les émeutes. C'est de la putain de musique pour une putain d'époque.
Johnny Winter
Joie et bonheur, Johnny Winter a une triple actualité. Les dernières photos d'un quasi squelette, les rapports alarmants sur la santé défaillante, ne rassuraient pas vraiment les amis du blues rock sous amphétamines. Le front médical n'a aucune bonne nouvelle à apporter, par contre du coté des sorties c'est Noël avant l'heure. La réouverture du rayons produits frais a sonné, avec du premier choix. Le flot d'album live de ces dernières années n'as pas, et de loin, fait pâlir l'étoile des deux albums en public des années 70. Et si Captured Live n'a pas souffert de son transfert sur CD, il va tout autrement du And Live. L'effrayante énergie, autant que le haut niveau technique, ayant été (comme souvent) trahis, il manquait une pièce dans le puzzle. L'heureux élu se nomme Live At Filmore East, et date du 3 Octobre 1970, époque bénie où l'albinos ravageait les scènes de son pays, avant de venir électrocuter l'Europe. Pas sur que la galette plaise à la nouvelle génération, entre nous. Tant les acrobates à trente mains ont transformé les règles du jeu, conjuguant vitesse et technique, avec un manque de goût effrayant. Un disque (appellation quasi obsolète) pour initiés, donc. Enorme blues rock, se vautrant dans l'électricité comme un cachalot dans son vomi. Débat arbitré, tenu en laisse, par une rythmique de plomb. Et les deux guitares qui se fritent encore et toujours. Vous croyez que Rick Derringer va mettre un genou à terre ? Faire la carpette pour plaire à son patron ? Comptez y. Tout en repassant ce It's My Own Fault de vingt deux minutes. Les deux furieux s'empoignent à la gorge, se bourrent de coups vicieux, mais refusent de lâcher quoi que ce soit. Ils finissent en sang, mais Johnny a déjà rechargé, et déboule sa tournée de bottleneck sur Highway 61. C'est pas la journée des lambins au village, les flingues fument encore que Mean Town Blues (dix huit minutes) enchaine sans mollir. Rabotage, passage à la calibreuse, vous êtes toujours la ? Tout ceci n'est plus qu'un gigantesque charnier d'écharnage, la prise du pouvoir par les tessons de bouteille. Qui volent et volent encore. Le blues a pris racine sur scène, et il botte le cul des esclavagistes. Ce coup ci, les deux oiseaux se font la courte échelle, tu tapes la et moi je cogne ici. Crabotage et labourage de gueule sont les deux mamelles de la sono, Saint Muddy Waters priez pour eux. En guise de conclusion, Rollin And Tumblin est le morceau faible du lot. Un peu trop bancal pour s'imposer complétement. Ajoutons que le son est une perfection, pour qui aime écouter aussi la section rythmique. Un petit saut dans le temps (vive l'invention du DVD) et nous voilà à Essen, les 21 et 22 avril 1979. Johnny a alors 35 ans, et pas mal de choses derrière lui. A voir la quantité (et la qualité) hallucinante de choses que les archives du Rockpalast contiennent, de douloureux souvenirs d'adolescence ressurgissent. Notre génération (les quarante ans et plus) a jamais martyrisé par la télé française d'alors. Et les traumas de jeunesse, Johhny Winter connait. Alors le voici en trio, tentant de faire comprendre (en vain) à une audience qu'avant le rock était le blues. Il concédera uniquement, et visiblement à regret, Johnny Be Good et Jumpin Jack Flash, et pour le reste le monarque c'est lui. Entamant d'ailleurs les débats avec le Hideaway de Freddie King. Si c'est pas un manifeste en soi, je me fais curé. Impressionnant de voir exister cette grande tringle maladroite, qui extrait le feu du ciel de sa Gibson. On reste pétrifié par sa facilité, même si une tendance au pilotage automatique se glisse parfois dans le débat. Le batteur et le bassiste sont en béton. Tant qu'ils restent à leur place. Concédez un solo au premier, le voilà transformé en clown de service. Donnez une guitare au second, et il mouline des clichés à l 'infini. Trois morceaux gâchés donc. L’intermède comique (car il y a ) est assuré par Patti Smith, présente au premier rang. Deux fois elle monte sur scène, et vient resquiller une place dans les projecteurs. Johnny l'ignore, et le public préfère les âneries du batteur à cette joueuse de clarinette. Le tout est de savoir ce que vous attendez d'un concert de 32 ans d'age du bonhomme Johnny. J'ai bien triple actualité. Car nouvel album studio il y a . Le premier depuis 7 ans. Roots sera donc le classique album de reprises. Exercice qui a si souvent vu notre homme briller. Quand il aurait retourné des montagnes d'un coup de médiator. Alors un disque hyper pro (pas franchement une jam punk) avec un tas d'invités compétents. En vrac Sony Landreth (pointure de la slide guitare) Warren Haynes (Allman Brothers/Gvt Mule) petit frère Edgar, la chanteuse Susan Tedeschi, Derek Trucks, et d'autres inconnus de moi.Etonnant est le choix du producteur. Paul Nelson a frayé avec pas mal de stars du heavy metal, ce qui explique peut être que le disque sorte sur Megaforce Records. En tout cas, Johnny n'a pas été enfermé dans un carcan de saturation. Le son est clair, chacun reste à sa place, sans tirer la couverture, ni marcher sur les bottes du patron. Lequel prend le premier solo avec une diabolique précision, et s'efface (de trop) pour laisser la parole à un autre. Disque lunaire, dévoué à une seule musique, qu'on voit mal les vieux fans renier. Chaque écoute amène son lot de découvertes, pour une œuvre plus artisanale que froidement numérique. Le plus surprenant reste la voix, difficile à reconnaître (j'aurais dit Clapton sans hésiter) et il faut attendre quelques intonations caractéristiques (sur Dust My Broom) pour être sur de son fait. Le vieux classique d'Elmore James, a d'ailleurs été étiré au maximum, pour devenir le bijou d'un panier hyper relevé. Souhaitons aux Stones d'avoir le courage de nous tirer une si chouette révérence. Chronique approuvé par le sanglier des Ardennes.

Nick Drake

Pour des raisons qui vous marquent une vie, je me rappelle parfaitement bien de la semaine du 25 novembre 1974. Un autre voyage, une autre ville. Que dire. Quand on a neuf ans on suit. Un temps doux, comme dans douceâtre. Sans goût, si vous préférez. Pas souvenir, en tout cas, que la mort de Nick Drake ait passionné les foules. Et je serais prêt à parier, que, dans la presse branchée de l'époque, le suicide de Graham Bond à fait plus de bruit. De la, il m'a fallu six ans pour entendre parler de lui. Dix autres pour, enfin, pouvoir mettre la main sur une compilation. Curiosité émoustillée, qu'est ce que des lourdingues comme les Black Crowes pouvaient bien trouver à un chanteur de folk ? Piquer des plans techniques ? Les gaziers de Rose Tatto étaient-ils fans de James Taylor ? Et au bout de 120 mois, ses trois albums étaient enfin disponibles, dans nos contrées désolantes. En série mid price, bien sur. Rayon des espoirs perdus, case de la grande braderie. Pink Moon pour l'éternité. Je me suis souvent demandé ce qu'il y avait sur la lune. La somme de la raison perdue. Ou l'ensemble des peurs palpables. Etre dans la lune, l'expression est tellement jolie. Un monde un peu meilleur. Rose certainement pas. Ou opaque. Aujourd'hui, le bonhomme est presque adulé par tout ce qui porte des oreilles en état de marche. Un peu trop, même. Grande fut ma surprise, de découvrir un livre en français sur le sujet. Etant pratiquant du susdit culte au goutte à goutte, de peur d'user ces instants magiques. Et en privé. Parce que soyons franc, entendre encore un «vachement cool ta zicmu» c'est comme recevoir du poivre sur une hémorroïde à vif. Ça fait un mal de chien. Vous révèle brutalement la distance entre votre nature profonde, et le reste d'un monde vivant sa vie, en se contrefoutant de la votre. Dure leçon. La Face Cachée Du Soleil, a le mérite d'annoncer la couleur d'entrée. On va pas se tordre de rire, en racontant Nick Drake. Avec Syd Barrett, il est toujours possible d' invoquer la folie, la démence d'un type incontrôlable. Pas ici. Trop facile. Bienvenue dans un monde ou rien n'était gratuit. Surtout pas la création. J'allais dire la douleur. Artiste surdoué, incapable de comprendre que le foules soient d'entrée indifférentes. Quasi autiste en paroles, autant que magicien avec une guitare dans les mains. La promotion lui était une corvée, pire une torture. Intéresser des foules venues pour la bière et le fun, relevait déjà de la galère pour Led Zep son culot monstre, et sa logistique bétonnée. Page s'en tirait en alternant moments de tension, et relâchement de la vapeur. Parce que son âme était trop calculatrice, pour laisser trois ivrognes lui rogner sa marge. Nick Drake, hypersensible, dépressif, planqué derrière son mystère et ses joints, n'avait que son art à proposer. Trajectoire triste d'un incompris, comme il y en a tant. Lente décadence, désintégration à petit feu. Sans un point d'appui solide, on en crève. Encore faut-il saisir le foutu bâton. Ses parents, sa sœur, ses proches musiciens, tout le monde voulait aider Nick. Mais personne n'y arrivait. La médecine le bourrait de saloperies, qui finissaient de l'enfoncer. Seul Joe Boyd semblait capable de l'influencer, de faire bouger ce mur qui le séparait de l'humanité. Donc, si vous arrivez dans ce livre (excellent) avec des intentions de voyeurisme, vous serez infiniment déçu. Pas non plus la peine d'essuyer ses chaussures à l'entrée, ou d'attendre une confiture aussi respectueuse que faux cul. Et puis, on peut enfin avoir l'avis de gens qui ont approché l'énigme. Sans donner aucune solution, juste nous prouver qu'une forme vivante existait derrière tant de talent. Le danger de ce genre d'entreprise (évoquer un artiste que seul l'UMP oserait dézinguer) c'est de tomber dans le catéchisme le plus enduit de naphtaline. Réduire le tout à un cataplasme larmoyant. La dignité règne ici. Comme un de ces accordages bizarres qu’affectionnait notre homme. Une seule révélation bluffante, c'est la passion de Nick pour la conduite. Lui qu'on aurait imaginé se déplaçant en vélo, ou arpentant les bois pendant des heures. Le beau mec en couverture n'en dira pas plus. A vous de justifier votre degré d'intoxication. Petite pensée pour Robert Kirby, arrangeur de génie, mort il y a peu. Dans l’indifférence générale. Il va encore pleuvoir.

White Hills/Gnod
Plus le temps passe, et plus je m’aperçois qu'au fil des années on apprend la pratique, mais que la théorie reste à inventer. Toutes ces heures à écouter de la musique, à croire défier le monde. Je me revois vers quatorze/quinze ans, persuadé que les (rares) galettes noires que m'autorisait mon budget m'envoyaient un message. Autant dans les sillons que sur la pochette. Quelque chose qui s'adressait à moi avant tout. Comme si j'avais été un élu (non corrompu) chargé de recevoir la pensée divine, la lumière vers mon chemin. Livraison en bloc. On vous donne les clés de la maison, vous essayez toutes les options. Rendez vous longtemps après pour faire le point. Vous serez vieux, sans plus guère d'illusions, mais aguerri. Souvenir terrible de White Light/White Heat, par exemple. Fallait faire ses classes sur de sacrés morceaux. Du magma confus d'idées et de concepts que la rock culture déroulait, j'avais déjà retenu la notion de douleur. Accéder à la quatrième dimension , mais pas gratuitement. Bien plus que Get Yer Ya Ya's Out ou Live At Leed, au delà du simple petit saut que constituait Rock And Roll Animal et ses sensations ambivalentes. Tout une montagne à escalader en tongs. Et puis un jour, sous la glace, une forme. LA forme, le signe indien, les six numéros du loto. Gros paquet cadeau, pour récompenser les années de patience et d'abnégation. Merci petit Jésus. L'avant dernier White Hills (encore un indice mal décodé) aurait du me prévenir, pourtant. Paysage de glace, ambiance de coma, hiver austral. Le prix allait être salé à la sortie. Dans la station météo, on n'a rien vu venir. Pas ce monstrueux coup de kick façon Motorhead, qui inaugure H-p1, leur nouvel album. La grosse artillerie défonce la porte, giclée d'hélium salvatrice d'entrée. Couper le moteur à la bonne altitude. N'importe quel trou d'air sera donc un prétexte à une acrobatie spatiale. Aussi risquée que profondément réjouissante. Longs moments hypnotiques/hypnotisants. Les synthés de Shazzula (de nos bons copains d'Aqua Nebula Oscillator) clignent en balises d'une route cosmique, bleue tout du long . Mais solide. Nous confisquons votre conscience pour un moment. La rythmique joue du marteau pilon, avec les nuages en guise de sono. J'aime ces disques qui n'ont besoin d'aucun prétexte, juste la pour vous attraper et vous faire planer. Ah, l'horizon se noircit, on va passer sous l'orage ? Au dessus. Avec les fenêtres ouvertes. C'est pas grave, rien n'est grave quand on va aussi vite. Une petite réminiscence des Stooges ? Accords féroces, qui assomment la gravitation. Tout le foutu cosmos en résonne, c'est l'heure d'ouvrir le toit. Et de penser avec quel facilité White Hills nous balance tout ça. D'une main, sans forcer. Un minimum de parties vocales, juste de quoi représenter toute la paranoïa ambiante. Et la dominer. Point minuscule sur l'observatoire du mont Palomar (Californie) notre hyperbole nous aura permis de vérifier si les constellations sont bien en place. Par contre, le pilote étant sous acide, la rentrée sur le tarmac risque de secouer. Reprendre contact que ça s'appelle. Long piège crépitant, l'incendie des réacteurs se voit de loin. L'ultime morceau donne l'impression de se faire avaler. Par quelque chose pourvu de grandes dents. Lutte épique pour casser les mâchoires maudites. On s'en sort tout juste. Et attendez, la crise de rire c'est que l'album avec Gnod (expérimentateurs anglais, bien allumés) arrive dans la foulée. Les secours peuvent toujours nous chercher en bas. Principe des vases communicants, revu et corrigé par les Cosmic Jokers. Au moment ou je tape, des savants viennent d'établir qu'une molécule allait plus vite que la lumière. Excusez moi, mais on savait déjà. Depuis qu'on a jeté une oreille sur Gnod Drop Out With White Hills II. Cette belle blague. Vous connaissez vos classiques, les doubles albums sont (trop) souvent des marches forcés. Toujours un caillou pour se glisser dans vos baskets. Voire parfois un dolmen. Ici, c'est départ d'un point A et arrivé à Z, dans une usine de miroirs. Rien d'autre. L'abnégation faite disques. Tout pour l'auditeur. Chouchouté qu'il est, dorloté grand style. Les oreilles, le système céphalo rachidien, les zygomatiques, tout. Et le dos. Important le dos. Pour faciliter vos déplacements, vous graviterez assis. L’anode et la cathode enfin réconciliés. Attention, c'est pas non plus le concours du plus beau tarpé de babaville. On sent une énergie féroce derrière, du nerf partout. Structure d'acier dans un gant de velours. Rien ne se perd, et tout peut encore se créer. Gigantesque.


http://whitehillsmusic.tumblr.com/contact
http://ingnodwetrust.tumblr.com/
Smoking Spore.
C'est la dernière sensation en provenance du Texas. Un groupe dont la musique vous crame agréablement le cerveau. Tir de barrage, embuscade dans un canyon Voilà un bien bel incendie, aux flammes oranges, et à la bonne odeur d'azote après la pluie. Paradoxe. La où on pouvait s'attendre à tomber sur des bouffeurs de hot dogs, on parle intelligemment à trois types très cultivés. Dont l'ouverture d'esprit en revendrait à bien des branleurs, occupés à savoir sous quelle étiquette vendre leur daube. Franchement vous aviez entendu parler d'Odilon Redon et de René Lalique ? Eux si. Et pas plus étonnant que ça, finalement, qu'il citent un peintre ou un maitre verrier. Du premier, ils ont la finesse du geste, le sens du détail qui tue. Du second, l'art de plier le feu à leur service. Bref, on vous a encore trouvé du croustillant. And thank you for the parcel, guys.
Laurent : Nous voici donc avec trois des gars de Smoking Spore. Pouvez vous présenter à nos lecteurs ?
Brandon Browers : Ça roule si je commence par présenter Billy ? C'est notre batteur, il est sorti s'occuper de ses oignons. Je suis Brandon Browers, je joue de la guitare et de l'orgue. Je suis venu à la musique quand j'étais gamin, parce que j'étais un gros, renfermé sur lui même, sans amis. La vie pouvait être très triste, mais j'ai réalisé que j'aimais écouter de la musique, et que vous pouviez en tirer encore plus de plaisir en jouant d'un instrument. J'ai commencé à jouer en même temps qu'un petit lecteur de CD, puis trouvé d'autres musiciens, en prenant de l'age. Je n'ai jamais vraiment rejoint Smoking Spore, juste pensé que ce serait marrant d'avoir trois copains qui ne se connaissaient pas, et de voir ce qui allait arriver. Le premier bœuf était encore plus festif qu'une victoire des Ewoks. Et à la deuxième répétition, on avait un groupe et un album.
Brendon Thompson : Je suis Brendon Thompson, bassiste, et responsable des vidéos derrière le groupe, pendant les concerts. Je suis arrivé quand Brandon a appelé pour me demander de jouer. J'ai commencé la musique à 14 ou 15 ans, sans m’arrêter depuis.
Beau Jackson : Je suis Beau Jackson, guitariste, et créateur graphique 2D pour le groupe. Comme Brendon, un appel de Brandon (pas simple tout ces B). On s'est rencontré au local de répétitions de Vain, un groupe où jouent Brandon et Billy, on a fait le bœuf, et c’était le pied. Je suis venu à la musique un peu différemment des deux autres, je pense. J'ai grandi avec plus de pop, de R&B et de rap, et j'étais plus sportif qu'autre chose. Je me remets d'ailleurs d'une blessure à l'épaule, récoltée au frisbee. Je n'aimais même pas le rock ou écouter beaucoup de musique, jusqu'à ce ce que vois ma première vidéo de Metallica. Vous pouvez dire que j'ai fleuri en retard. A l'époque, un de mes potes jouait de la guitare, son frère était batteur, donc j'ai acheté la basse la plus pourrie du monde, et j'en joue toujours.
L : Premier et dernier disques achetés ?
Beau : Pas moyen de me souvenir si c'était II de Boys II Men en cassette ou Alvin And The Chipmunks'Christmas Album en vinyle. De toute façon, les deux sont des classiques. Mon tout dernier achat était Mines, le nouvel album de Menomena (un groupe indie pop de Portland, Oregon, NDLR). Ce qu'ils font pour la pop est un des trucs les plus créatifs à l'heure actuelle, dans la pseudo variété, du vrai art.
Brendon : Mon premier album acheté, Leave Home par les Ramones. Le plus récent Dylan And The Dead.
Brandon : Le premier disque que je me sois offert s'appelait Baleines du Pacifique. Je n’achète plus des tonnes d'albums, mais j'ai récemment reçu Steeple par Wolf People (groupe psyché anglais NDLR). Brillant, surtout si vous aimez Witchcraft et Graveyard (deux groupes suédois, NDLR).
L : Conversation In D Minor est il votre premier album en tant qu'entité ? Il y a une forte volonté d'insister sur le fait que tout a été fait en direct, d'une seule prise. Pourquoi est ce si important pour vous ?
Beau : La musique reste organique et honnête. Rejoignant mon idée de jouer ce que je veux, quand je le veux.
Brandon : C'est notre premier disque, mais la seconde fois qu'on jouait ensemble. Malheureusement, notre première jam n'a pas été enregistrée. Il était important de préciser que l'album est live, sans overdubs. Parce que tant de groupes psychédéliques enregistraient des choses élaborées, avec des tonnes de prise. Et je pense que le fait que Conversation.... soit l'improvisation d'une seule soirée, le classe à part. Même l'ordre des morceaux est exactement celui de ce bœuf. Dans les groupes, on a tout passé du temps à refaire des pistes, quand la musique est écrite, et que tout doit être parfait. Je pense que nous voulions une véritable expérience humaine, pour le meilleur ou pour le pire. Ce sont vraiment des Conversations en Ré Mineur.
L : Tous les morceaux sont très longs, mais le plus court à été raccourci par un bug technique. Que s'est il passé ? Parlez nous de la conception des chansons, est ce que vraiment rien n'est écrit ?
Brandon : Hard Drive Explosion a été écourté pas une erreur d’échantillonnage. J'ai déjà eu ce problème quelquefois, en enregistrant d'autres groupes, rien du tout en une prise individuelle. Mais très gênant avec un groupe entier en direct dans le studio. Finalement, c'est bien pour Smoking Spore, sans cela l'album aurait été trop long pour un seul disque. On aurait du virer un morceau, ou mettre plus d'argent pour sortir un double album, ce qui aurait retardé la sortie. Et puis, il y a ce son cool à la fin. Pour la structure, vous avez raison, rien n'est écrit. Quand vous venez nous voir en concert, vous pouvez être certain d'entendre de l'inédit. On ne met pas les chansons sur le papier, on joue, expérimentons, et parfois nous partageons avec le monde. On est pas des virtuoses, mais des êtres humains qui utilisons la musique pour communiquer avec les autres.
L : Pourquoi un groupe totalement instrumental ? Peur d'un blondasse racontant n'importe quoi, sur le devant de la scène ?
Brendon : Je pense que la vraie question est pourquoi pas un groupe totalement instrumental. J'aime la musique avec des paroles, autant que n'importe qui. Mais quand vous tapez un bœuf bien serré, ça peut être difficile à suivre. Ça nous est arrivé avec Subliminator d'Atlanta, en Novembre dernier (un allumé rescapé d'un groupe nommé Spaceseed, NDLR). On a bien rigolé, je nous vois recommencer sans problème, mais pas avec un type devant en permanence.
Brandon : J'ai toujours vu la voix comme un instrument, et je ne suis absolument à jouer avec un vocaliste. Si c'est bien fait, et qu'il peut improviser sans paroles déjà écrites. Pour le concert dont parle Brendon, on jouait dans cette merveilleuse salle artistique, nommée Eyedrum. Après le concert de Subliminator il y a eu une jam, et c'était fantastique. Son truc, c'est la récitation, mélangée avec des vocaux méditatifs. Et pendant ce temps, il joue de plusieurs theremins optiques. Si on peut jouer avec un vocaliste pareil, on le fera. Je pense qu'on a jamais vraiment trouvé notre chanteur au départ, parce qu'on pensait que ce serait difficile de tomber sur un improvisateur. Par exemple Mike Patton (ex chanteur de Faith No More, NDLR). Si on pouvait avoir cette femme alien, du Cinquième Élément, ce serait le pied.
Beau : Sur, si Mike Patton lit ça, stp, viens faire partie du groupe. Ce serait totalement cool, ou Yamataka Eye (chanteur japonnais un peu dérangé,apparemment, NDLR).
L : Tout est pratiquement fait par le groupe, une vraie attitude DIY. Aucune confiance dans une grosse organisation ?
Brendon : Je ne pense pas que ce soit une question de confiance. Simplement, chacun dans ce groupe a des possibilités artistiques, qui sont utiles.
Beau : Aucune confiance dans ces dingues. Une grosse major ferait des choses qui nous mettraient mal à l'aise.
Brandon : On a fait notre truc nous mêmes, surtout parce qu'on le peut. C'est drôle, et ça nous économise de l'argent. Je ne nous ai jamais vu simplement comme une tentative musicale, mais comme une expérience artistique. On travaille dur, avec un minimum d'aide extérieure, pour faire quelque chose d’audio visuellement mémorable. Autant pour nous que pour le public. Je comprends les réticences de Beau, sans être opposé à travailler avec une grosse boite. Tant qu'on bosse avec eux, et non pas pour eux. Je serais content de collaborer avec n'importe qui puisse nous apporter une vision plus large, ainsi qu'à nos fans. Si notre but est d'apporter la paix à travers la musique, alors je ne vois pas comment comment toucher une audience plus large peut être mauvais. Dans le futur, j'aimerais aussi collaborer avec toutes sortes d'artiste, ou avec un cinéaste, pour une BO. Je ne suis définitivement pas opposé à partager notre aventure avec des entités qui possèdent notre vision des choses.
L : L'un d'entre vous a même crée la pochette. C'est une vision acide ? Qu’êtes vous prêt à changer pour être signé par une grosse boite ?
Beau : Non, c'était une Base Vision. Humour scientifique ! . Ils doivent nous prendre comme on est. Ou allonger la monnaie.
Brendon : Je serais plus souvent en tournée, c'est tout.
Brandon : Je suis d'accord, pas besoin de changer quoi que ce soit. On sait déjà qu'on ne vas pas composer ou faire du remixage. Je ne pense pas qu'on va nous faire couper nos cheveux, ou porter de jolies fringues, parce que ces trucs sont anti productif dans notre cas. Je pourrais peut être accepter qu'on agrandisse notre audience, à un certain point. Mais le groupe évoluera d'une façon qui nous satisfasse, et continue de générer de l’intérêt. On a discuté de plusieurs choses pour le futur. Nouveaux instruments ou effets scéniques. Et on bricole toujours nos effets de guitare et de clavier. Notre son évoluera, mais avec nos changements en tant qu’êtres humains. Ce serait bien d'avoir un deal pour une plus large distribution. Mais si ils veulent nous changer, on continuera sur notre propre label.
L : Parlez nous de vos autres groupes. Je sais que Brandon, au moins, a une carrière solo et est producteur.
Brandon : Billy et moi participons à de nombreux, tentant de ne pas rester scotchés à une seul genre. J'ai réalisé un album solo de garage folk, l'an passé, et envisage une tournée acoustique en solo, dans le futur (voir www.brandonbowers.net.).Toujours avec Billy, je joue aussi du thrash metal, dans Made In Vain (www.madeinvain.net.) lui a la batterie, moi à la basse. J'enregistre et produit des albums pour d'autres groupes (www.dugongrecording.com) en utilisant du matériel relativement mobile, qui me permet de travailler dans différents environnements.Avec Billy, encore, on travaille sur un disque de post métal, qui m'excite beaucoup. Les parties de guitare et de batterie sont achevées. C'est un concept album, et on partage les vocaux. Tout ce que je peux en dire, pour le moment. J'aimerais travailler avec Beau et Brandon sur d'autres idées, dans le futur, également. Je cherche toujours de nouvelles personnes avec qui jouer.
Beau : Pas d'autres projets pour moi. Je n'arrive vraiment pas à trouver quelqu'un qui veuille jouer avec moi. C'est triste. J'aimerais faire un album de folk post moderne. Je pratique le banjo, et aurais été intéressé de faire quelque chose à partir de ça.
L : Comment décririez vous votre musique ?
Beau : Le mélange de nos vies, à travers du bruit, des mélodies, du rythme et des solos.
Brendon : Improvisation psychédélique.
Brandon : C'est psychédélique et improvisé, mais je pense que c'est plus un défoulement qu'autre chose. A notre première répétition, je me souviens d'avoir vu trois autres types bizarres, qui ont du mal à composer avec une vie «normale». Ils laissaient tout aller, et chassaient leurs frustrations avec la musique. Comme les champignons perdent leurs spores dans le vent. C'est depuis ça qu'on s'appelle Smoking Spore.
L : Une question posée à chaque groupe Texan. Comment un état aussi conservateur peut avoir donné naissance à des groupes aussi sauvages, depuis les 13th Floor Elevators ?
Brandon : Bien que le Texas soit définitivement bourré de bigots conservateurs, il y a des poches de libres penseurs, dans toutes les grandes villes. Roky Erickson était d'Austin, qui tend à être plus ouvert d'esprit que les autres petites ville de l'état. Bien que je sois certain qu'il ait eu à affronter l'ostracisme. L'oppression religieuse et politique du Texas peut générer un enthousiasme chez les étudiants intelligents. Pour le progrès social. Et en retour, pour les mouvement artistiques progressifs. Parce que vous côtoyez ces dingues de fachos de si prés, avec leurs croyances ridicules, qu'il est difficile d'ignorer le besoin d'amélioration socioculturelle. C'est une question où chaque membre du groupe à son point de vue. Donc, il est important de rappeler que, étant quatre personnes différentes, avec quatre cerveaux individuelles, nous apprécions tous la paix, et privilégions une pensée logique et raisonnable.
Brendon : Pour chaque action, il y a une réaction contraire égale.
Beau : Notre musique est un exemple, philosophiquement, de la façon dont, sans les contrastes du conservatisme, libéralisme, athéisme, christianisme, agnosticisme, humanisme, relativisme, et tout un tas de mots en «isme» notre son et notre monde seraient bien moins cintrés. Tous ces points de vue sont une réalité, d'une façon ou d'une autre, tant parmi nous quatre que sur la planète. Les contrastes peuvent amener de la tension dans l'art, et dans la vie. Dans la musique, ce n'est pas toujours aussi viscéral que, disons, un type qui en descend un autre, parce que leurs avis sont différents. Mais la musique elle même n'existerait pas de la même façon, comme le monde, si tout le monde marchait dans le même sens.
L : Vous gagnez votre vie uniquement comme musiciens ?
Brendon : Je ne gagne pas ma vie avec Smoking Spore. Je bosse comme graphiste, pour un programme d'informations locale. Le groupe est malheureusement ma seconde carrière, pour l'instant. Espérons que ça change dans le futur.
Beau : Pas du tout. Je suis actuellement enseignant en maternelle. Je fais aussi de la peinture murale, et donne des leçons de musique aux enfants.
Brandon : Je travaille maintenant uniquement dans la musique. Mais c'est principalement de l'enregistrement, et je suis en principe fauché. Pendant un temps, j'ai bien gagné ma vie en vendant mes dessins (www.subtractiveattractions.com) mais mon point de vente a fermé. J'ai aussi enseigné la science et la lecture à des élèves en difficulté pendant un temps. Avant ça, j'étais professeur vacataire. Même si mon groupe était énorme, que j'ai des tonnes de fric, je continuerais à bosser avec des groupes, j'adore le son.
Laurent : Prochaine étape dans votre carrière ?
Brandon : Peut être un voyage dans le temps. Définitivement un truc personnel. Le groupe est totalement indépendant, avec des moyens limités. Notre prochain album, prochaine tournée, nouveau vaisseau spatial, dépendront uniquement de l'argent qui sera sur la table. On aime jouer tous les quatre, on prend notre pied en tournée, on est impatient de repartir sur la route. On ne vit pas dans la débauche, à claquer notre fric dans la défonce. On économise ce qu'on peut, mais on ne gagne pas assez pour maintenir le groupe en tournée, pendant des mois. Si vous lisez ça, que vous aimez Smoking Spore, et avez trop de blé, faut pas vous gêner pour nous en envoyer.
Beau : Aucune idée. Ma femme a des plans pour devenir médecin. Donc peut être que je vais m'enrichir avec elle, et me taper du Martini toute la journée. Pas vraiment en fait. J'aimerais jouer de la musique toute la journée, tous les jours. C'est très dur d'aller du vrai monde à celui de la musique.
Laurent : Quelle est votre opinion sur l'état du Monde ? Pensez vous que le rock doit avoir une conscience politique ?
Brendon : Pour faire court, trop de cupidité, et un manque d'ouverture d'esprit. Je pense qu'il est important que tout le monde ait une conscience politique. Et pas seulement les musiciens. C'est bien qu'ils donnent leur avis, mais les gens ne devraient pas suivre aveuglément ce que dit quelqu'un, sur la seule foi de la musique qu'il joue.
Beau : Je pense qu’être trop concerné par la politique peut être dangereux. Le gouvernement veut politiser des choses comme la morale, la vérité, le bien et le mal. Personne n'est d'accord, et les gens semblent se plaindre, ou réveiller leur conscience seulement quand leurs impôts augmentent. Les politiques et les médias donnent vraiment des idéaux tordus et égoïstes. Pas que les dirigeants ne comptent pas, ils sont la pour ça. Mais quand des pays massacrent, et volent leurs citoyens, que nous restons passifs, parce qu'il n'y pas de pétrole, la c'est un problème. Qui, je crois, n'a pas de solution. Parce qu'à ce stade, le gouvernement devient le gros business. Donc, honnêtement, quand on en vient à la politique, je ne vois aucun bon bon gars Juste de l’égoïsme. Pour répondre à la question, toutefois, je pense que le rock a besoin d'une conscience. Mais doit passer plus de temps à chercher comment avoir des buts charitables, plutôt que d'outrepasser le besoin de gouvernement. Désolé, j’espère que le prochaine question sera au sujet de mon plat favori. Qui est la pizza.
Brandon : Il y a des problèmes majeurs avec nos économies impérialistes, notre distribution des richesses, le niveau d'éducation des masses, notre abus des ressources, et l'usage mondial de la peur et de la religion. Pour manipuler les pauvres, dans une violence rentable. D'un autre coté, je pense que des solutions existent. Les pacifistes et les écologistes doivent rester vigilant et plein d'espoir. De façon à ce que, quand des solutions arriveront, ils soient accueillis à bras ouverts. Si vous cherchez la paix et la vérité, vous êtes sur le bon chemin. Comme pour les musiciens, la majorité devrait lire plus. Même ceux qui lisent beaucoup.
Laurent : Que connaissez vous de la France ? Vous aimeriez jouer par ici ?
Brendon : Ce serait super. Pour vous dire la vérité, je ne sais pas grand chose de la France. Juste les basiques, Paris, la Tour Eiffel, le Louvre, et beaucoup de culture.
Brandon : Juste les basiques. Air, Gojira et Yrkoon (death métal, NDLR) Toulouse Lautrec, Soleil Comics, René Lalique (maitre verrier du 19éme, NDLR), Jean Pierre Jeunet, Odilon Redon (peintre symboliste du 19éme), Voltaire, Marie Curie, le métro sous marin, Charles Perrault, Daft Punk. Sarkozy semble être un facho, mais je suis certain que le goût de la France pour la créativité survivra à son règne. Picasso, Van Gogh et Alphonse Mucha (peintre tchèque du 19éme, NDLR) ont passé du temps chez vous, donc ça doit être cool. Un ami m'a récemment parlé d' Isabelle Caro (ce mannequin mort d'anorexie, NDLR), son histoire est très touchante. J'aimerais jouer ici, et dans toute l'Europe.
Beau : Principalement des films. Je suis pas mal obsédé par votre cinéma. Un Chien Andalou est une des plus hallucinantes pièces de tous les temps. Godard est plutôt bien, également. Le Week End fait partie de mes favoris. Un genre de bargerie surréaliste. J'adorerais jouer en France. En espérant avoir du nouveau à vous apporter bientôt.
L : Votre ile déserte. Une personne, un disque, un livre, un film, un instrument.
Beau : Ma femme. Downward Is Heavenward (quatrième album de Hum, groupe de l'Illinois, NDLR). The Fountain (nouvelle graphique). Hour Of The Wolf d'Ingmar Bergman. Un banjo.
Brendon : Personne. Graveyard par Graveyard. Walden ou La Vie Dans les Bois par HD Thoreau. Fyrefly par Joss Whedon. Une guitare.
Brandon : J'embarquerais le médecin de Docteur Who. Ça résoudrait le problème de l'ile déserte. Je triche ? Forcé de choisir un disque ce serait Sounds Of North American Frogs par Charles M Bogerts. Ou peut être The Crying Light par Antony And The Johnsons, ou quelque chose par les Smoke Fairies ou par The Mystic Krewe Of Clearlight (groupe de heavy métal instrumental de New Orleans, NDLR). Dure, la question. Au niveau du livre, ce serait The Gods Themselves d'Isaac Asimov. L'orgue Wurlitzer que j'utilise avec Smoking Spore, a des centaines de pages d'une copie de ce bouquin, incrusté dans l'armature en bois. Le film, The Fall de Tarsem Singh. Quand je me sentais piégé, je pouvais visionner et voyager. L'instrument, une scie musicale.

ZZ TOP
Quand ZZ Top a explosé (le terme est faible) en 1983, le trio tournait depuis treize ans. Et avait pondu, c'est prémonitoire, sa première vraie daube, le redoutable El Loco, deux ans avant. Disque formaté, sans force, se contentant de tirer sur ses ficelles habituelles, dans un vide créatif total. Le groupe avait tourné en Europe avec Rose Tattoo (qu'un Gibbons rigolard traitait de «rapide, très rapide») et faisait maintenant jeu égal avec Thin Lizzy et Rainbow. L'époque était alors au tout heavy metal, les groupes fleurissaient comme l'ennui du dimanche. C'est par une assimilation idiote (boogie+solos) que Bill Gibbons et ses deux potes, allaient se retrouver associés aux pires producteurs de décibels cloutés du moment. Production parfaite, pas une tache de gras, Eliminator était un album plutôt dans la moyenne du Top, malgré une face deux assez faiblarde. Et ne pouvait justifier, à lui seul, l'engouement soudain pour un combo de hard blues texan, qui en avait vu d'autres. Sans parler de cette histoire de barbes, vite devenue une gangrène pour tout amateur de musique sérieux. Les mêmes qui furent achevés par l'atroce Rough Boys, gros tube de 1985. Carpette à l'eau de rose, que Foreigner en personne aurait refusé de chanter. La où le bat blessait, c'est que, pour la première fois, le spectacle passait avant la musique. On était en 1983, les Stones, Who, Zeppelin étaient tous hospitalisés atteints de la même ménopause douloureuse. Et pour réussir, une formation musicale devait désormais balancer beaucoup plus de confettis que de riffs tranchants. Voir les grotesques Nouveaux Romantiques, sortes de marchand de rideaux, tous plus constipés les uns que les autres. Message reçu, l'équation Hot Rod+clips marrants+pouffiasses-blondes-en-shorts allait faire craquer la banque. Tuant net le Top, pour tous ceux qui le suivaient depuis longtemps. Fini le blues d'orage, le boogie des bordels du Nouveau Mexique. Tout le monde se ruait sur ce «nouveau groupe», et je connais un tas de gens qui vous auraient ri au nez, si vous leur aviez fait écouter Rio Grande Mud. Ou ce damné First Album, justement si bon pour la bagnole . Constat terrassant, quarante et un ans plus tard, c'est bien celui ci qui a le moins souffert du temps. Tout juste sortis du médiocre (Moving Sidewalk) et du mauvais (American Blues) le groupe démarrait modestement, et posait déjà quelques jalons pour l'avenir. Boogie sain et serein donc. Pas question de s'aventurer sur le terrain boueux de Grand Funk, les trois gonzes ayant trop de goût et d'honneur pour une si mauvaise option. L'ensemble du disque repose sur des tempos moyens, bien appuyés à priori bien uniformes. Pour peu qu'on s'y arrête avec une oreille pas habitué au rodéo, et au galop des mustangs dans un canyon. Ce serait ignorer les dix millions de subtilités des compositions, extirpant tout ceci d'un banal exercice binaire. Ce First Album a délibérément plus à voir avec les premier Point Blank, qu'avec le groupe de Duane Allman, cognant sans répit, mais jamais deux fois au même endroit. Le charme d'une terre agricole, fumant dans le matin. La charrue retourne un labour gras, fertile, et c'est de l'énergie brute qui jaillit. Du soleil aussi. Le son est pur, certainement capté aussi live que possible, comme si on écoutait le groupe dans une cantina. Bill Gibbons a déjà cette guitare crépitante, la rythmique arbitre comme le juge Roy Bean, sans chichis. Ne comptez pas faire appel. Les trucs à la retape sont totalement absents ici, et si le groupe se permet un plagiat de Jimi Hendrix, c'est pour le faire vivre. A force de forer, le groupe allait bien finir par tomber sur le gros filon. Qu'il ait résisté, artistiquement, c'est une autre histoire. Les plagiaires pouvaient alors arriver. ZZ existe encore, vivotant sur sa légende. Allez au delà de Tush ou de Blue Jean Blues, c'est plus que jamais gratifiant.











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