05 novembre 2009
Left Lane Cruiser

Pas beaucoup de groupes récents dont on attend vraiment le nouvel album. Left Lane Cruiser fait partie de ceux la, cramant joyeusement son blues rock crasseux et dégoulinant. "All You Can Eat", avec sa pochette bien horrible, s'impose d'abord par un son bien meilleur que son prédécesseur, et donne toujours dans cette fusion de Charley Patton à la nitroglycérine, si agréable à l'oreille. Surtout que l'affaire a été bien montée crescendo. Débraillé, gras et velu certes. Mais sentant la vie et la sueur de terrassier. La distribution de coups de lattes dans le cul peut commencer. Pas besoin de bassiste, ça fait une bouche en moins à nourrir. Martèlement têtu, riffs élevés dans un orphelinat de bulldozers, et de la graisse protectrice partout. Leur truc est archaïque, vieux comme le monde, mais fonctionne toujours. Si vous pensiez que le chanteur allait arrêter de gueuler comme un putois, faire des concessions, vous allez être déçu. L'ensemble est remarquablement équilibré, et se déguste comme une pelle à ciment en plein menton. Pourtant, c'est uniquement du boogie vitaminée, assez semblable à celui de Hound Dog Taylor, mais joué avec des godasses de maçon. Ou de tailleur de pierre. Bon, ils sont aussi capables de ralentir le tempo, et de se calmer (pas trop) le temps d'un morceau. Vu l'époque musicale que nous vivons, leur disque teigneux et débraillé est une bénédiction. Ces gars devaient être hyperactifs, quand ils étaient gamins. Et ils en ont gardé ce quelque chose qui évite qu'on les confonde avec les gentils White Stripes. Maintenant, je me pose des questions sur leur avenir. Sauront-ils évoluer (pas facile dans leur créneau) ou deviendront-ils un genre de Status Quo ressassant encore et encore. On espère que non.

30 octobre 2009
Johan Asherton

Juste parce que j'ai réduit mon activité ici, vous pensiez peut être que j'allais arrêter de vous tanner le cuir. Un groupe par semaine, business as usual, et fini les coups de pied dans les portes. Pour vous empêcher d'acheter n'importe quelle ânerie. Rassurez vous, je sévis encore. Surtout quand un nouveau Johan Asherton pointe le bout de son nez. Ceux qui ont tenu compte de mes avertissements précédents, levez le doigt. Pas grand monde. On vit vraiment un monde de masochisme avéré. Remarquez, depuis une semaine que "Live At Cinema Jean Vigo" tourne en boucle, j'ai tendance à me désintéresser du sort des oreilles des autres. Donc Johan en concert dans un cinéma de Genevilliers, le 07/02/09. Des reprises risquées de gens pas faciles à rendre, des originaux (manque ma favorite, c'est rageant). Et une autre façon d'envisager l'album en public. Toute en délicatesse, au lieu d'incendier le public. Ce qui n'implique absolument pas mollesse et relâchement. Comme pour le récent Tim Buckley, il y a toute une alchimie. La chanson monte doucement, l'atmosphère se crée, et c'est après qu'on réalise à quel point c'est beau. Pendant, on préférerait aller chez le dentiste que de céder sa place. Prendre une cathédrale gothique dans les dents, c'est toujours quelque chose de grand.Je l'ai déjà dit, je le redirais, mais voila le plus grand artiste français actuel. Si vous avez encore le gout des mots bien tournées, du picking brodé à même la peau. Bref, si vous aimez la belle musique. Le disque est dispo sur le site de Johan. Qui m'a en plus accordé une interview, à découvrir bientôt. Les gens de sa trempe se font bien rares, dans ce monde merveilleux de guignols interchangeables, qui font de la musique comme ils iraient pointer. Vous allez rester sourd longtemps ? Dire que si j'avais considéré la guitare comme autre chose qu'une opération post glandage/pré glandouille, je pourrais chercher à en faire autant.Juste chercher, bien sur. Mais des reprises de qui ? Faut se procurer le disque, je vous dis pas.
http://thatsallfolk.free.fr/?tag=johan-asherton
http://www.asherton.hinah.com/news/
23 octobre 2009
Ill Wind

On gagne énormément à ranger son bazar, et à redécouvrir des choses négligées, une fois le ménage fait. C'est le cas d'Ill Wind, groupe américain, dont le chouette album ("Flashes", 1968) dormait peinard sur mes rayons. Sans grand espoir d'être réveillé, d'ailleurs. Avouez que ça aurait été dommage. J''entends ici quelque chose du niveau de It's A Beautiful Day, voire bien meilleur. Si le premier morceau semble échappé de "American Beauty", il faut l'entrée en scène de la chanteuse, pour que tout décolle. Conny Devanney est en effet dotée d'une voix plus Joplin que nature, sans avoir besoin d'en rajouter dans les hurlements pénibles. Il nous est donc proposé ici des morceaux hyper cool, sur fond d'électricité chaleureuse, avec de très belle harmonies mixtes. A noter qu'aucun n'est une jam bâclée, les compositions en imposent de par leur structures rigoureuses. Et puis production Tom Wilson quand même, pas un boxon infâme. Un seul petit défaut à mon gout, la présence d'un banjo ici et la. Qui donne toujours un coté country/redneck assez mal venu. Sinon, on peut retrouver des échos Byrds ou Velvet Underground au fil de l'écoute. Et franchement, on a déjà entendu pire. Aucune prétention ou solo à rallonges en vue, les breaks de guitare sont un délice. Beau disque, valant largement ceux des collègues plus connus.

21 octobre 2009

16 octobre 2009
Aynsley Dunbar

Batteur anglais, Aynsyley Dunbar peut se vanter d'avoir côtoyé les musiciens les plus mégalos/excentriques/égocentriques de son époque. Jugez du tableau de chasse : on le retrouve derriére John Mayall, Zappa, Jeff Beck, Lou Reed ("Berlin", rien moins) et David Bowie. Pas un baltringue quoi. Le gars qui a refusé le tabouret de batteur chez ELP ET chez Led Zep. Ensuite, il a pris du service chez Jefferson Starship et Journey, ce qui doit quand méme garnir le compte Ecureuil. Ajoutons qu'il a un temps dirigé son propre groupe, l'Aynsley Dunbar Retaliation. Qu'il a fini par quitter parce que la section de cuivres changeait tous les soirs. "Blue Whale" (1970) est le dernier album de la dite formation. Et une sacrée bonne surprise, pour moi qui m'attendais à un disque où le solo de batterie serait roi. Nous avons ici de complexes longs thémes, exploités au millimétre carré prés, par une bande d'anonymes requins, dont Tommy Eyre (claviers) qui a joué avec Joe Cocker. De Zappa, il reste forcément quelque chose, ne serait que pour la dantesque reprise de "Willie The Pimp". Fort bien amené et originale (pas un petit défi). Le chanteur y prouve aussi de sérieux dons. Album ambitieux, savoureux jazz bluesy, "Blue Whale" carbure de tous ses cylindres. Et assure un sacré bout de fraicheur, à nos oreilles. Fatiguées par les âneries ambiantes, qu'on capte forcément, sans y faire attention. Rien que le son d'orgue, c'est toute une époque. Recommandé.

09 octobre 2009
Pete Daltrey.

Notre ami Louis a réalisé l'exploit d'interviewer Pete Daltrey, chanteur du Kaleidoscope anglais. Il m'a autorisé à publier ici la version longue de celle qui apparaitra bientôt dans Fuzzine. Preuve (si il en fallait) que Louis est un élément de valeur. Et Fuzzine, un petit webzine déja costaud.
Louis : Il y a une certaine innocence dans vos
chansons, une nostalgie enfantine. Quel était votre secret pour écrire de si
beaux morceaux ?
Pete Daltrey : Le groupe était en vacances, pendant
l’été 1964. A Swanage, une ville touristique du Dorset, sur la cote Sud de
l’Angleterre. A la sortie de la ville, il y avait un château Victorien, perché
sur un mur rocheux, dominant la mer. Un matin, nous avons décidé de nous y
rendre. C’était une belle journée d’été, avec un ciel presque bleu, juste
quelques nuages haut dans le ciel. Nous
avons cherché le château un moment, et finalement trouvé un chemin menant à la
mer. En bas était une plage de cailloux, de gros rochers s’étant détaché des
falaises. La mer s’écrasait sur le rivage, le bruit était assourdissant, mais
merveilleux. La nature brute. Swanage, au loin, scintillait dans la brume. Nous
avons donc décidé de retourner en ville, en suivant la plage. C’était
difficile, les rochers avaient la taille d’une voiture Il était maintenant
midi, et le soleil tapait dur. A notre droite, l’océan grondait. Tous les
quatre avons été séparé, et je me suis retrouvé dernier. Pour une raison
inconnue, une ligne m’est venue, « Un million de fleurs blanches dans un
champ céleste ». Ed (Pumer, le guitariste) et moi écrivions toujours selon
la même formule : moi les paroles, lui la musique. Ecrire une chanson
n’est rien moins que de s’inspirer de l’air du temps, et de le transformer en
mots. Et l’inspiration, par définition, ne se produit pas à la demande. Sa
blague favorite est de s’insinuer dans vos pensées, juste au moment où vous
allez vous endormir. Un mot et une ligne vont se former dans votre esprit,
naviguant dans votre conscience, alors que vous allez sombrer. Mais attention,
si ignorés ils vont simplement disparaître, au matin ils seront partis. Donc
vous revenez du pays des rêves, attrapez un stylo et un papier, griffonner, et
retournez vous écrouler. Le soleil se lève, les yeux sont bouffis, la vessie
pleine, la bouche en feu, les oreilles bourdonnent. Vous lorgnez sur le papier,
en général c’est merdique, parfois inspiré. Dans ce cas, je marchais le long
d’une plage, sans papier et sans stylo. Une autre phrase m’est venu, puis
encore une. La j’étais mal. J’avais deux options, refuser de laisser
fonctionner mon cerveau, sachant bien comment ce serait dur de retrouver mes
mots. Ou accepter les mots qui émergeaient, comme d’une éponge, et tenter de
les mémoriser. Après tout, toutes les chansons comportent de un à trois
couplets, et un refrain. J’ignorais que j’étais en train d’écrire une de nos
plus longues chansons. Encore plus de mots, je les assemblais, le rythme se
formait, une histoire commençait à émerger. Je devais tout reprendre du début,
assemblant les couplets dans ma tête. En essayant désespérément de garder le tout dans le bon ordre. Dan
(Brigdman, le batteur) était juste devant moi. Il s’est arrêté, m’a demandé si
j’allais bien. J’ai répondu que j’écrivais une chanson, il a secoué la tête,
apparemment décidé à me laisser tranquille. Il y avait tant de lignes, que je
m’y perdais, tout se mélangeait. Il faisait chaud, j’étais en sueur. Quand nous
sommes arrivés en ville, je me suis précipité pour transcrire ce dont je me
souvenais. De retour à Londres, les paroles ont été affinées et finalisées. Ed
est venu avec une mélodie très simple, qui capturait parfaitement l’esprit. Le
conte de fées d’un groupe d’enfants, en quête de magie. C’est facile de se
moquer aujourd’hui Avec nos oreilles modernes, voire usées, tout ceci semble
idiot. Mais il faut replacer dans le contexte, revenir à 1967. J’étais
influencé par Donovan, sur des chansons comme ça. Les gens disent que j’avais
trop lu Tolkien, alors que j’ignorais même qui il était. Mais j’absorbais tout
ce que j’entendais autour de moi. Je ne me souviens pas de l’enregistrement de
Sky Childern, mais je le soupçonne de venir d’une session tardive, dans les
studios Phillips, à Marble Arch. Avec les lumières éteintes, juste une ou deux
bougies sur un ampli. Vraiment magique.
L : Faintly Blowing semblait plus diversifiée,
alternant les moments de calme et de violence. Quelle a été votre approche au
niveau de la production ?
P : Ed et moi n’avons jamais cessé d’écrire des chansons. On en avait toujours plus que nécessaire. Certains groupes sont obligés de faire un album, et composent en studio. Alors que nous arrivions avec notre stock de chansons. Sachant parfaitement ce que nous voulions, ayant déjà présenté nos morceaux au producteur (Dick Leachy) et reçu son aval enthousiaste. Tangerine Dream a été écrit principalement en 1965/66. Bien qu’à cette époque nous ayons été ensemble depuis deux ans, nous étions toujours novices. On apprenait notre métier. En 1967/68, la confiance était la, ainsi qu’une structure pour notre musique. Dans la mesure où nous étions sous contrat avec une maison de disques, qui était convaincu que nous étions les prochains Beatles. Sérieusement, c’est que nous disait les gens de Phillips. La période psychédélique a été très courte. Une fusée multicolore, tirée dans le ciel en 1966, nous étourdissant tout par sa brillance. Qui est doucement retombée sur terre en 1968. Les braises ayant continué à brûler jusqu’à la fin de cette année la. Pour notre genre musical, on était certainement au bon endroit au bon moment. Londres vibrait de bons plans. Nous étions jeunes, naïfs, confiants dans nos possibilités, impossibles à stopper. Début 1968, notre écriture était beaucoup plus adulte. Mais toujours dans le style psyché, fidèles à nos racines. Je me souviens de Sunny Side Circus à ce moment la. Mais nous étions insatisfaits du résultat, et le titre a du attendre From Home To Home pour apparaître. Un peu décalé, sur le dernier album. Avec un budget conséquent, notre son avait été augmenté d’un orchestre. Ce qui avait certainement élargi une approche plus mature. Je n’écoute plus nos disques (plus beaucoup de musique en fait, puisque j’ai fait cadeau de mon ouïe au groupe) mais sur nos deux albums, c’est le morceau Faintly Blowing qui porte la couronne. Ma mémoire est pleine de trous, donc peut de détails restent. Mais je me souviens que nous avions fait un effort commun, pour que les morceaux soient le plus excentriques possible. Notre producteur nous poussait, lui qui voulait se faire un nom. Quand la base a été enregistrée, on a ajouté une partie vocale. Ensuite on a embelli le tout avec divers bruits. La semaine d’après, nous avons été convié au studio pour écouter le premier mixage. La production avait adouci le tout avec du phasing, au lieu de garder l’effet pour la fin. Mais nous avons été convaincu que c’était le bon son pour la chanson. Jeunes et tenus dans une crainte respectueuse par notre maison de disques, nous avons décidé de laisser filer. Aujourd’hui, je reçois régulièrement des mails de fans, jeunes et vieux, qui vantent les charmes de Music. C’est une question de goût, je crois.
L : Kaleidoscope a sorti un single intitulé Isle Of Wight Festival Theme en 1970, sous le nom de I Luv Whight. Vous avez joué le vendredi 28, en tant que Fairfield Parlour, et il semble que vous ayez été informé (par lettre anonyme) que le premier groupe qui passerait, se ferait tirer dessus.
P : En Mai/Juin 1970, notre manager avait beaucoup discuté avec les frères Foulk, organisateurs du festival. Un joli coup pour lui. Non seulement, le groupe avait une place sur l’affiche, mais les deux filous étaient d’accord pour que nous écrivions et enregistrions une chanson. Laquelle sortirait sous la bannière The Official Isle Of Wight Festival Song 1970. Encore mieux, il était convenu que le morceau passe entre chaque concert. Cette publicité massive, avec les passages radios, servirait au moins à donner au groupe le hit qu’il attendait depuis si longtemps. Les représentants légaux ont rédigé un contrat, qui a été signé par les deux parties. Le jeudi, nous étions assis dans la salle de télé du Shanklin Clarendon Hotel. On prenait des trucs durs : de gros pots de thé, couleur créosote. Dave (Symonds, le manager) a suggéré que nous regardions les informations, pour voir si on y parlait du festival. Deuxième titre : « L’IRA a annoncé que, pour protester contre la présence anglaise en Irlande, elle tirerait sur le premier groupe du festival de Wight, demain ».
Qui est le premier groupe ? Avons-nous demandé à notre manager.
Vous.
Le vendredi, on traînait en attendant de jouer. Tous
nerveux. C’était un concert majeur pour nous. Nous nous sommes retrouvés devant
un quart de million de personnes. Dan a tapé sur un tom, Steve (Clark) a tiré
sur une corde de basse, Ed se raccordait. Je me suis approché du micro, le cœur
battant. Les accords familiers de Eyewitness, j’ai ouvert ma bouche,
sèche comme un os. We Know
You Have Seen A Lot
Of Things, c’était approprié. Le son était curieusement bas, alors
qu’on s’attendait à être assourdi par les murs d’amplis. Ces bâtards avaient
seulement tourné le bouton de volume à cinq. Et maintenant Aries, cette
hymne nostalgique à la jeunesse. Mais le son disparaît dans l’espace ouvert, va
vers la colline. Vous pouvez presque le voir s’évaporer dans l’air.
Applaudissement chaleureux, mais attendez, l’IRA…….Si ils descendent quelqu’un
ce sera le chanteur, au centre de la scène, les bras ouverts, la cible
parfaite. Pendant un moment, j’ai pensé
à repérer le flingue, mais suis instantanément revenu à la réalité. Pas le
moment de penser à ma mort. Je pouvais le faire plus tard, dans un bain de
sang, en coulisses. Ma vie se mêlant à l’herbe piétinée, comme de la neige
rouge. Ma bouche formant un dernier mot, « Bâtards ». Après un concert trop court, nous avons
quitté la scène, content d’être encore vivant. En fait, c’était un pétard mouillé, juste pour faire de la pub à leur
cause aveugle.
L : Vous faites toujours de la musique aujourd’hui, et avez sorti de nombreux albums. Etes vous ouvert à de nouvelles influences ? Ou êtes vous nostalgiques des années 60/70 ?
P : Quand le groupe s’est séparé, j’ai quitté Londres,
pour les vertes collines du Wilshire. Après deux décennies de silence,
l’urgence créative est revenue, un besoin d’écrire. Je me suis mis à composer
et à enregistrer mes propres chansons. Aujourd’hui, j’ai sorti quatorze albums
en un DVD. Je vends mes disques sur mes deux sites : www.chelsearecords.co.uk (Véritable mine de
renseignements) et www.myspace.com/peterdaltrey.
Il y a eu de bons retours des fans. Ils me disent que ma voix est restée la
même, et qu’ils aiment ce que je fais. Dans la mesure où je suis la trace de
Kaleidoscope et Fairfield Parlour. C’est inévitable, je ne peux pas (et ne veux
pas) échapper à mes racines. La
nostalgie donne un sentiment de mélancolie chaleureuse. Mais c’est
essentiellement auto indulgent et vain. Je préfère vivre dans le présent. Etre
concerné par ma prochaine chanson, que par celles qui ont quarante ans. Ce qui
n’est pas pour dénigrer notre travail passé. J’en suis fier, et toujours ému
que les jeunes générations découvrent et aiment nos disques. Je me sens
immortel, ce à quoi tout le monde aspire. Mes années avec le groupe étaient
frustrantes. Parce que nous avons vu le succès nous échapper. Ce qui n’était pas notre faute. Notre maison
de disques était inutile, incapable de fournir nos disques aux fans qui les
voulaient. Et le manque d’un manager, quand nous étions Kaleidoscope, nous a
sérieusement handicapé dans nos contacts avec les dirigeants de notre
compagnie. Nous avons eu trois hits (Jenny
Artichoke, Bordeaux Rose, Let The World Wash In) mais sans réel
succès. Les deux premiers, gros carton sur les électrophones, ont échoué dans
les charts, à cause de l’inefficacité, de la maison de disques. Le troisième parce que les fréres Foulk ont
renégocié notre contrat, pour promouvoir le single pendant le festival. Donc
j’ai des souvenirs, mais ne m’y penche pas.
L : Avez-vous des histoires de concert à
raconter ?
P : Nous en avons fait tant que tout s’est fondu en un seul morceau dans ma
mémoire.
L : A quoi pouvait-on s’attendre en venant à un concert
de Kaleidoscope ?
P : Nous avions plusieurs personnalités. Pour nos premiers
concerts, vous vous seriez sûrement retrouvé dans un club de jeunesse
malodorant, ou une salle paroissiale poussiéreuse. Quelques gamins embarrassés,
autorisés à leur première sortie par des
parents autoritaires, se bousculant, agrippant nerveusement leur verre de
limonade. Le groupe, quatre jeunots maladroits, The Sidekicks. Nous jouions les
premières chansons des Rolling Stones et des Beatles, des blues de Mose Allison
ou Muddy Waters. Le son n’était pas excellent, car nous avions seulement
quelques amplis bon marché. Le chanteur était rivé au projecteur, agrippant son
micro, tentant désespérément de se souvenir des paroles. Après à peu prés une
heure, le groupe était à court de chansons, et devait commencer à répéter son
set. Mais presque personne ne remarquait rien, ils étaient occupés avec les
jeux de la puberté. Si vous aviez vu The Key, ça aurait été dans l’arrière salle
obscure d’un pub. Le groupe sur le sol, dans un coin. Ou dans un collège. Dans
le pub, vous auriez été entouré de rockers graisseux, cherchant la castagne ou
de quoi se défouler, plutôt qu’écoutant. Une épaisse puanteur de bière et de
sueur, et un air d’anticipation. Pas du groupe, mais de la putain de baston.
Dans un collège, la salle aurait été plus large, et le groupe sur une scène. Un
public jeune, intense, avec des verres de cidre ou de bière. Il y avait des projecteurs s et peut être
quelques jeux de lumière. On jouait toujours nos reprises de blues, mais on
avait incorporé plusieurs chansons à nous. Vêtus de chemises bouffantes, et de
Beatles boots Anello and Daniel. Une fille en mini jupe était assise sur scène.
Entre chaque morceau, elle lisait une ou deux lignes de poésie. A la fin de la
dernière chanson (une pièce de
résistance épique, oubliée depuis longtemps, nommée Face) le groupe
emmenait le chanteur qui venait de s’évanouir. Du sang coulant de sa bouche. A
l’université de Brune, où ceci s’est déroulé, vous auriez pu voir le public
devenir sauvage. Et les organisateurs nous ficher dehors, pour avoir enfreint
les bonnes mœurs. Ils semblaient peu apprécier notre mise en scène ampoulée. Et
les capsules de sang, achetées dans un magasin de farces et attrapes, sur la
route. Un concert de Kaleidoscope se déroulait dans une université,
ou un club. En compagnie de gens vêtus tout en couleurs. Le groupe superbement
équipé de matériel tout neuf. La sono de meilleure qualité, on jouait fort. Le
répertoire était entièrement original (Dive Into Yesterday, Snapdragon,
Love Song For Annie, Music). Cette dernière chanson était le final, une
cacophonie. Qui, en général, en faisait demander plus au public. Pas de sang
cette fois, mais de la vraie sueur.Un gig de Fairfield Parlour se déroulait toujours dans une
université. Le public habillé plus sobrement. Vêtement sombres et grands
chapeaux. Toute la soirée avait un air beaucoup plus mature, avec nombre de
morceaux acoustiques. Steve jouait de la flûte sur Eyewitness, et moi du
clavichord sur Soldiers Of The Flesh. Vous auriez pu nous voir au
Mothers de Birmingham, juste au dessus de chez le tailleur Burton. L’endroit
méritait un effort. On a joué la bas plusieurs fois, toujours chaleureusement
accueilli. C’est dans cet endroit que Dan s’est démoli, en se coinçant un nerf
de la colonne vertébrale, après un concert particulièrement énergique. On
pensait qu’il allait mourir sous nos yeux. Il a passé des semaines à l’hôpital,
survécu, et nous a rejoint, en vrai grognard. Mais il porte toujours les
séquelles de cette nuit la.
L : Contrairement aux USA, le psychédélisme anglais
semblait avoir des difficultés à s’adapter à son environnement. Quelles sont
pour vous les différences entre les deux ?
P : Les deux sont bien distincts. La version US a été fortement influencée par l’émergence de la drogue culture. Particulièrement à San Francisco. La musique, bien que retenant les éléments essentiels (guitare bruyante, bizarrerie contrôlée, paroles obscures) était en général plus lourde. En Angleterre, c’était plus aérien. Et certains diraient avec des textes plus compréhensibles. Nous étions influencés par les contes de fées, le coté gentil de la vie. Qui va probablement vous ramener à votre enfance. La drogue était présente (pas dans notre cas, du moins) mais de façon plus subtile. Je pense pouvoir dire que c’est cette version que je préfère. Le mouvement psychédélique a été très bref, un phénomène musical qui a défini sa propre époque. Partie d’une ère brève, fleurissant sans raisons apparentes. Semblant offrir un doux chemin coloré vers le futur. Mais se consumant dans les excès, sur la fin. Donnant naissance à la soit disant musique progressive. On a suivi le mouvement, et secoué nos fringues de hippies, pour devenir Fairfield Parlour.
L : Que pensez vous du téléchargement ? Tangerine
Dream a été réédité plusieurs fois, vous à t’on demandé votre avis ?
Avez-vous eu un retour financier ?
L : Un point qui fait très mal. Comme quatre jeunes
naïfs nous étions (et tant d’autres
avant nous, y compris les Beatles) manipulés par une multinationale. Je doute que nous ayons même lu le
contrat, avant de le signer. J’en veux toujours à Dick Leahy, notre producteur,
de ne pas nous avoir incité à prendre un manager. Il nous aurait représenté, et
discuté avec la maison de disques. Un manager à poigne aurait insisté pour un
meilleur taux de royalties, une meilleure distribution et promotion, du
soutien. Alors que nous étions piétinés par une boite incompétente, avec
toujours un pied dans les années cinquante. Ils ne connaissaient rien au
psychédélisme, et avaient de plus gros chats à fouetter. Comme Dave Dee, Dozy,
Beaky, Mick and Tich. Bien que notre manager de l’époque Fairfield Parlour ait
fait des erreurs, il nous avait au moins assuré un meilleur contrat avec le
nouveau label, Vertigo. Le disque a été enregistré, et on a loué les bandes
pour cinq ans. Après cette période, tous les droits revenaient au groupe. On
profite donc d’un revenu correct, en licenciant Fairfield Parlour et White
Faced Lady (album resté inédit). Pour répondre à votre question, oui nous touchons des royalties pour
Kaleidoscope. Mais vu le taux de retour criminellement bas, qui se maintient
depuis quarante deux ans, ça nous fait de l’argent de poche. Amer moi ? Tu
parles. J’ai travaillé avec Universal sur la compilation Dive Into Yesterday,
mais la encore ils ont lésiné. Le livret était supposé être en couleur, ce
qu’ils ont changé en monochrome, à la dernière minute. Pour économiser trois
ronds. Les pauvres gens. Télécharger ? Pas mon truc. On touche des
haricots la dessus. A moins d’avoir des centaines de milliers de gens téléchargeant
votre musique, vous ne gagnerez jamais un sou comme ça. Je préfère vendre mes
disques sur mon site, Les fans savent que si ils m’achètent un CD, le profit sera
investi dans la musique. Pas dans les griffes d’un représentant de maisons disques, ou d’un actionnaire,
sourd comme des pots.
L : Que pensez vous des groupes actuels ? Des
favoris ?
P : Je n’écoute pas de musique. Pour ne pas m’abîmer davantage les oreilles. Les mecs dans les groupes, lisez ceci : protéger vos oreilles, portez des filtres anti bruit, sauvez votre ouïe. Où vous finirez comme moi. Le mot anglais que j’utilise le plus est « pardon ».
L : Vous a-t-on déjà pris pour Roger Daltrey ?
P : Beaucoup de gens font l’erreur de m’appeler Roger. Mes parents avaient réservé dans un restaurant, et ils avaient bien mangé. Le serveur leur a demandé si le personnel pouvait les rencontrer. Ils ont accepté, en trouvant ça extrêmement bizarre, mais ont accepté. Les serveurs et les cuisiniers ont débarqué, bouché bée devant mes parents stupéfaits. Le chef a alors demandé si Roger pouvait leur rendre une visite. L’addition avait baissé, mais mes parents n’ont rien dit. Je crois qu’ils voulaient surtout manger à l’œil.
Louis Hauguel pour Fuzzine.

02 octobre 2009
The Attack

Troisième couteau du rock anglais The Attack, mais redécouvert depuis une quinzaine d'années, et c'est tant mieux. Jusqu'à maintenant, leur seul titre de gloire était d'avoir abrité un future Nice (David O'List) à la guitare. Ce qui serait les réduire à la portion congrue. Ces gens étaient tout à fait capables de donner la réplique aux Who. Rien moins. Leur façon déterminée et mal rasée d'attaquer chaque morceau, avec cette raideur martiale qui défonce les murs. L'impression donnée d'affronter une cocotte minute, donc le couvercle s'ouvre uniquement pour donner des baffes. Et ce grandiose chanteur surpuissant, pas occupé à se regarder le nombril. Offrant par contre une énorme ration de soul burnée. La compilation "Magic In The Air" propose ainsi une quinzaine de morceaux ratatineurs, sombres et mal embouchés. Alors que de son vivant The Attack (entre 1967 et 1968) n'avait sorti que quatre singles. Managé par Don Arden (redoutable émule de Peter Grant, question marche ou crève) comme les Small Faces, le groupe est maintenant célébré un peu partout. Comme souvent. Une seule faiblesse, la reprise de "Hi Ho Silver Lining" (dévorée par celle de Jeff Beck) avec son refrain idiot et béat. Le reste est définitivement au dessus du panier.
26 septembre 2009
JPT Scare Band.

Formation plus qu'obscure du Kansas, dont les enregistrements (restés inédits) nous arrivent enfin. La premiére génération de rééditions vinyles, se négociait à des prix de dingos (100 euros la béte). Voici que les CD nous permettent d'avoir un aperçu du travail de ces gens, qui soulevaient pas mal d'interrogation, il y a deux ans. Notez les belles pochettes, les titres aux petits oignons. Vous étes priés de considérer ceci comme une merveille de psychédélisme électrique. Pour m'être risqué sur leur "Sleeping Sickness", j'en retenais un boogie poussiéreux, sentant surtout la bière. Les exercices à quatre mains du soliste étaient horripilants. Tout comme sa manie de réduire à néant, les rares bons moments. Dossier classé, pensais je. D'autant que tout le monde délirait sans fin sur ce machin. Puis, je réalisais que dans mes casiers, dormait, peinard, leur "Past Is Prologue". Le virer sans autre forme de procés aurait été vache. Surtout qu'un gumbo rassemblant des morceaux de 1973/75/76/77/93 et 2001, avait tout du raclage de fond de tiroirs. Je ricanais d'avance, en chargeant mon fusil à pompe. Grave erreur, voila un superbe exercice de tempos moyens blueseux comme on aime. Avec Marcel La Guitare qui intervient quand il faut, et ferme sa boite le reste du temps.On découvre alors un combo peaufinant bien son affaire, capable de vous tenir en haleine longtemps ("Wino" magnifique). Puis de faire tout péter, dans l'apocalypse des six cordes. Toute cette alchimie qui envoie,/envoyait/enverra toujours au plafond. Pour peu qu'on monte le volume au bon moment. Plaisir démodé mais bien réel. Ajoutons qu'on retrouve, tout du long, ce feelings de garage qui nous est si cher, et donnons leur l'absolution.

http://www.jptscareband.com/jpt-reviews.pdf
25 septembre 2009


Guitar hero à l’ancienne, bien loin des onanistes
contemporains, Robin Trower a bien voulu nous parler un peu. On sait l’homme
discret en paroles autant que généreux sur le manche. Un des derniers héritiers
d’Hendrix à perpétuer la tradition dans le bon sens des cordes. Un immense
merci à Philou La Cagoule, pour la réussite de l’entretien. Bientot en ligne sur Fuzzine, le petit fanzine futé.
Philou/Laurent : Vous venez juste de sortir un nouvel album (What Lies Beneath) avec plus d’emphase et de noirceur. Comment s’est déroulé l’écriture, et pourquoi avoir choisi d’intégrer des cordes ?
Robin : C’est une collection de chansons qui ont quatre ou cinq ans, plus deux ou trois qui ont été écrites au moment de l’enregistrement. Elles ont été composées pour ma voix, elles sont donc restées inédites. L’idée des cordes est venue d’elle même, à partir du matériel. Le titre instrumental vient d’un projet d’album de ce type, qui n’a jamais vu le jour.
P/L : Allez vous jouer en Europe, et en France ?
R : L’année prochaine c’est tout à fait possible
P/L : Vous avez un nouveau groupe pour ce disque, avec le bassiste de 20th Century Blues. Ils vont vous accompagner sur scène ?
R : Comme vous le savez, j’ai déjà travaillé avec Livingstone Browne, et décidé qu’il serait le producteur du nouvel album. C’est aussi un grand bassiste, et il a suggéré d’intégrer Sam Van Essen à la batterie, puisqu’ils avaient déjà joué ensemble. Pour la tournée les musiciens seront Pete Thompson à la batterie, Glen Letsch à la basse et Davey Pattison au chant.
P/L : Vous avez retrouvé Jack Bruce en 2008, pour l’album Seven Moons. Comment est venue l ’idée de ces retrouvailles, vingt cinq ans après BLT ?
R : À l’origine, Jack et moi parlions de remixer nos deux albums communs, et de les ressortir avec un nouvel emballage. Il a alors suggéré d’écrire une paire de nouvelles chansons. Tout semblant couler de source, on a donc décidé d’enregistrer un disque entier.
P/L : Dans votre discographie solo, quel est votre album favori ? Celui que vous aimez le moins
R : C’est Bridge Of Sighs que je préfère, ainsi que des chansons ici et là. Somebody Calling sur In City Dreams, par exemple. Ce que j’aime le moins, ce sont deux albums des années 80.
P/L : En dehors de cette collaboration, que pensez vous
de ces reformations, qui fleurissent aujourd’hui (Police, Cream, Blind
Faith) ?
R : Tant qu’il y a autant de rigolade que d’argent, ça va. J’ai vu une vidéo de Cream au Royal Albert Hall, et j’ai vraiment aimé.
P/L : Vous avez récemment joué sur le Dylanesque de Brian Ferry, et l’avez même produit à une époque. C’est surprenant.
R : J’ai coproduit deux de ses disques, et d’autres morceaux, jouant même parfois. Un grand artiste, avec qui il a été agréable de travailler.
P/L : Revenons au passé. Pourquoi avez-vous quitté
Procol Harum ? Conflits personnels ou mésentente sur l’orientation
musicale ?
R : Parce que j’écrivais beaucoup de choses qui
trouvaient pas leur place.
P/L : On vous reverra un jour avec les Paramounts ou Procol Harum ?
R : Je suis trop occupé par ma propre musique pour me
lancer là dedans.
P/L : Qui est LE musicien qui vous a fait dire « Voila ce que je veux faire » ?
R : Je citerais Scotty Moore, comme celui qui m’a fait empoigner une guitare.
P/L : Hormis Hendrix, quelles sont vos influences ?
R :
Hubert Sumlin qui accompagnait Howling Wolf, BB King, Albert King, James Brown
et Muddy Waters.
P/L : Qui écoutez vous aujourd’hui, en dehors du
blues ?
R : Pour mon plaisir personnel, de la musique populaire des années 1930/40, dont j’ai une importante collection. Les Baby Shambles sont le seul groupe récent pour qui j’ai de l’intérêt.
P/L : Demain vous avez la possibilité de monter votre
groupe idéal ?
R : James Brown au chant, Nile Roger à la seconde guitare, Bernard Edwards à la basse, Booker T aux clavier, Pete Thompson à la batterie.
P/L : Parlons guitares. Vous avez laissé Gibson après
Procol Harum, pour Fender.
R : Ces quatre ou cinq dernières années, j’ai joué sur une Stratocaster modèle Robin Trower. A l’origine, c’est la qualité du son qui m’a attiré. Et j’utilise plusieurs effets Fulltone. Tous les détails sont sur www.trowerpower.com.
P/L : Comment voyez vous l’industrie du disque aujourd’hui ? Quels sont vos rapports ?
R : Aucun rapport, ça ne m’intéresse pas.


