Les disques et les images de Laurent

Blog destiné à parler de la musique que j'aime, avec mes photos en plus.

19 novembre 2009

Vibravoid

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Comment ça "encore eux ?". Je vous entends gueuler au népotisme, au favoritisme, au chouchoutisme le plus outrancier. Il y a eu la chronique de l'album précédent, l'interview (très bonne) de Fuzzine, et voila que je remets le couvert avec le nouveau disque. "Distortions" qu'il s'appelle. Je chercherais à vous en vendre jusqu'à plus soif, je m'y prendrais pas autrement. Notez bien, j'ai une excuse. J'aime beaucoup et c'est excellent. Ce qui nous fait deux raisons de boire Contrex. Et puis, il se passe tellement RIEN dans la musique actuelle, que tout ce qui peut nous éloigner du calvaire commun quotidien est miraculeusement bienvenu. Alors, ça commence avec de gros accords, et il question de Noël sur Terre. Horreur totale, dans les esprits marqués par les atrocités saisonnières. On respire quand la guitare accroche elle même les guirlandes. Par ici la sortie M'sieur dames, Kraut n'est pas mort. Le format des chansons à changé, beaucoup plus longues et hypnotiques qu'avant, avec un coté plus carré et immédiat. Mais on monte toujours dans leur Minibus pour les mêmes raisons, la ballade en catapulte sans embrayage. Comme un lance pierres, boum, allez voir plus haut si j'y suis. Il est pas beau le paysage ? Deux reprises cette fois ci, une d'Amon Düül et une de Can (on va encore le leur reprocher). Et plein d'errances géniales, de moments magiques ou la musique change de chemin. Parce qu'elle à le temps, et que si elle rentre à dix heures soir, c'est pas grave. Assez de néons allumés tout du long, pour retrouver son chemin.  Vous faites quoi la ? Du patin à glace sur un volcan ? Tout en notant la facilité, l'aisance, avec laquelle les petits gars de Vibravoid abordent leur sujet ? Bref, ils sont bons, ils font de la super musique. Et l'hiver est en retard. Pensez, même la grenouille d'Albert Simon est tout en haut de son échelle. Aération totale des neurones, facilité d'accès assurée. A consommer à la louche. Demain, on prend des cours de trapèze. Pour retomber facilement sur nos pieds, comme ici. Et foncer à travers le temps et l'espace. Droit devant moussaillons. Le CD comporte un inédit, pour redescendre en douceur. 

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11 novembre 2009

Marianne Segal

En compétition avec de gros bras folk, au début des années 70, Jade est tragiquement resté un nom confidentiel. La où des Spirogyra bien rasoirs roulent leur caisse, sans raisons. Il aura fallu à pas mal de gens (dont moi) le net pour découvrir leur très somptueux Fly On Strange Wings. Tout y est, les vocaux somptueux, les atmosphères pour humeurs taciturnes, les arrangements soyeux. Cette façon si particulière (et si rare) de mettre l’auditeur dans une autre dimension. Qu’on retrouve aussi parfois chez Led Zep Anne Briggs ou le meilleur de Sandy Denny. Tout je vous dis. Et puis Marianne Segal qui chante divinement. C’est avec beaucoup de chaleur qu’elle bien voulu répondre à nos questions. 

 

Laurent : Parlez nous de vos débuts musicaux et de vos premières influences.

Marianne Segal : Mes premiers vrais pas musicaux furent les charts US et anglais. J’écoutais, et j’apprenais à me servir de ma voix. Sandie Shaw, Dusty Springfield, Helen Saphiro. J’ai alors économisé pour ma première guitare, à 16 ans. Et appris à jouer (ainsi que de l’harmonica) en écoutant Bob Dylan. A part lui, mes influences américaines sont Joan Baez, Buffy Sainte Marie, Richard et Mimi Farina, Tim Buckley, les Byrds, les Mamas And Papas. J’aimais les productions de Phil Spector dans les années 60, ses arrangements décapants de rock et de cordes. Et l’écho utilisé dans les enregistrements. Si personnel. Chuck Berry également, et j’ai reçu une éducation classique. Tous les dimanches mon père en passait, très fort, dans la maison. Au niveau des compositeurs, ce sont Bob Dylan, Cat Stevens, Buffy Sainte Marie et Richard Farina qui m’ont marqué, à mes débuts. Plus tard, Joni Mitchell, Cat Stevens, Paul Simon et Tom Paxton. J’ai commencé à écrire à 18 ans. A cause de mes managers de l’époque, qui insistaient sur ce point. Jusqu’à la, je faisais des reprises, dont une de Jacques Brel.


 L : Premier et dernier disques achetés ?

MS : Le premier (un vinyle à l’époque) fut Dream, des Everly Brothers. Le dernier CD Fotheringay 2.


 L : Comment est né Jade ?

MS : Après avoir enregistré Fly On Strangewings, pour lequel les chansons avaient été basiquement enregistrées sur des guitares acoustiques, par Dave Waite et moi même. Avant, nous avions eu du succès en duo, dans le circuit du folk et des universités, ayant fait plusieurs apparitions télé et radio. De la, le disque a été enrichi par tous ces merveilleux musiciens, et la production de Jon Miller. Il était alors nécessaire de former un groupe, pour tourner. Le producteur a suggéré que Rod Edwards (qui avait joué du piano sur l’album) nous rejoigne. Elton John avait d’abord été envisagé. On a alors répété un peu, et avons adopté le nom Jade. Une tournée anglaise tout de suite (avec des émissions télévisées) et quelque temps plus tard les USA. A New York, on a joué une semaine avec Tom Paxton, au Bitter End. Puis à Chicago, au Gate Of The Horn, et au Troubadour de LA. Dave était à la basse et à la lead guitare, Ron tenait les claviers et aussi la basse, je jouais de la guitare et des percussions. Tout semblait bien se passer dans les clubs, le son était bon. John Wetton nous a rejoint pour le concert de LA. Bon souvenirs des concerts, nous étions bien reçus, et excités d’un tel accueil.


 L : Qui était, pour vous, le meilleur sur la scène folk, à ce moment la ?

MS : J’aimais beacoup John et Beverly Martin, Bert Jansch, John Renbourn, Al Stewart, Ralph Mc Tell. Simon et Garfunkel venaient parfois jouer dans les clubs anglais. Je me souviens les avoir vu, dans une petite boite.


 L : Les années 70 avaient-elle une quelconque magie ?

MS : Oh oui. Nous avions de grands compositeurs, émergeant d’Angleterre et des USA. Une nouvelle approche des chansons, les gens étant ouverts et personnels, parlant directement de leurs expériences. Comme Leonard Cohen et Joni Mitchell. Les arrangements devenaient audacieux, avec des morceaux de 4 ou 5 minutes, loin du format pop. Le tempo changeait pendant les chansons, par exemple CSNY. Il y avait de l’expérimentation. On protestait contre le Vietnam, contre le sort des amérindiens. L’usage de certaines drogues à ce moment la, qui influençait à la fois les auteurs, les musiciens et le public. Nous avions Jimi Hendrix et Jefferson Airplane, dont l’impact se ressentait même dans le folk. Dylan passait à l’électricité. Les rapports entre le folk contemporain et le rock n’étaient pas évidents, à l’époque. On passait de l’un à l’autre en riant. Presque sauvages, et la tête dans les nuages. Bien sur, le folk pur était toujours la, la musique traditionnelle dans chaque pays. Plus tard, Fairport Convention en a réarrangé certains morceaux anglais, à sa propre sauce. Comme Steeleye Span.  Et le folk rock est arrivé. En Angleterre, nous avions les Settlers et les Seekers. Qui reprenaient les chansons des autres, ou des traditionnels. Mais avec leurs magnifiques arrangements vocaux à eux. Dusty Springfield était à l’origine dans un trio folk, avec ses frères, avant de faire des choses plus commerciales. Ils avaient de superbes vocaux. Je me souviens avoir vu Tyranosaurus Rex, dans un club prés de Leicester Square, nommé Les Cousins. A l’époque, les maisons de disques signaient les artistes pour 5 ans, leur donnait du temps, et sortaient principalement des albums. Nous avions reçu une avance financière, pour pouvoir nous consacrer à notre musique. Je pense que les labels nous respectaient et nous protégeaient, à ce moment la. Les albums étaient importants alors, beaucoup plus que les singles.


 L : Qu’avez-vous fait après Jade ?

MS : Après la séparation, pour plusieurs raisons, Dave Waite et moi sommes revenus à un duo. Dans les clubs de folk. Mais je voulais quelque chose de plus électrique, de plus rock. Donc nous avons du trouver un bassiste. Nous avons auditionné, et sommes tombé sur Lee Oliphant, qui débarquait du Canada. Après quelques mois, est arrivé Dave Morris à la batterie. Nous avons alors beaucoup travaillé, pendant trois ans, sous le nom de Marianne Segal Band. Je pense que nous étions un des premiers groupes folks, à l’approche contemporaine, avec une section rythmique, dans les clubs anglais. Au départ, on nous y regardait de travers, parce que ces endroits ont toujours été très conservateurs. Mais ils nous appréciaient, et on a toujours fait un tabac. Le plus gros de notre travail se trouvait donc la, et dans les universités et les collèges. Avec un peu de télévision et de radio, et aussi une tournée Européenne. Nous avions conservé les fans de Jade, et tout se passait bien. A cause de l’émergence du Glam et du Punk, ma musique ne plaisait pas aux compagnies de disques. Et donc, nous ne trouvions pas de contrat d’enregistrement. Ni de management. J’évoluais aussi dans mon écriture. Et après trois bonnes années sur la route, nous avons senti que nous n’allions nulle part. Alors chacun est parti de son coté, c’était à l’amiable. Mais nous sommes toujours en rapport, bons amis.

 

L : Vous avez deux albums qui sortent en ce moment ?

MS : La question tombe bien. J’ai déjà mentionné un changement dans mon écriture à l’époque. J’expérimentais beaucoup, et j’espérais mettre le pied dans cette industrie musicale qui changeait. Juste pour survivre. Actuellement, je réédite une bonne partie de mes archives, de 1972 aux années 90. Enormément de travail, dans un studio avec Julian Mendelshon (ingénieur du son et coproducteur). Je composais des chansons plus commerciales, probablement influencée par la musique des charts, et les artistes qui passaient. Je pratiquas aussi d’autre instruments pendant mes sessions (piano, basse, synthétiseurs) et travaillais avec de supers musiciens. Julian m’a aidé à former un nouveau groupe, pour la scène. Mais encore une fois, le punk bouleversait les choses, et encore une fois pas moyen de trouver un management, même si il y avait des musiciens très connus dans le groupe. Donc, nous avons laissé tomber l’idée de jouer live, et continuer à écrire et enregistrer.  C’était vraiment une époque créative dans ma vie. Plusieurs morceaux vont bientôt ressortir, sur un nouvel album intitulé Gypsy Girl. J’ai aussi travaillé avec Jeff Wayne (War Of The Worlds, David Essex) ? Dave Dee, Neil Harrison et Eugène Moule. Après la naissance de ma fille en 1978, je suis retourné faire de la scène, seule et en acoustique, pendant quelques années, pour pouvoir m’occuper d’elle. L’album de Jade Ressort ce mois ci, sur Sunbeam. Un double CD avec beaucoup de bonus. Je viens juste de voir le livrer, il est adorable. En Angleterre, Mojo Magazine l’a voté comme un des dix meilleurs disques de folk anglais des 70’s.

 

L : Le folk est toujours d’attaque, quand le rock se dessèche sur pied. Vous avez une opinion ?

MS : Je ne sais pas si on peut dire ça du rock. C’est juste que la musique commerciale change tout le temps, et que la technologie nous emmène toujours plus loin. En même temps qu’elle influence les jeunes artistes. Ce qui reste fort, je crois, c’est l’approche organique de la musique. Si vous êtes sur scène, n’importe quel style que vous pratiquiez, il y a une vibration, un son brut. Pas toujours commercial, mais la question est ailleurs. Pourvu que vos compositions soient bonnes, les gens seront touchés à un niveau ou un autre. La musique acoustique est revenue il y a à peu prés une dizaine d’années. Des clubs se sont ouverts en Angleterre, qui s’inspiraient de ceux des années 60/70/80. Les artistes avaient à nouveau leur chance, tandis que les vétérans redevenaient intéressants. On voulait acheter leurs disques de nouveau. C’est la que le revival folk est arrivé, et que des gens m’ont contacté au sujet de Jade. Les originaux se vendaient plus de 200 livres, vers 2202/2003. J’ai donc travaillé avec une de ces maisons de disques, et le disque est ressorti. Depuis, il y a eu trois rééditions différentes. Les membres originaux se sont regroupés, pour la première fois depuis trente cinq ans, et ont rejoué live, l’intégralité de l’album. C’était dans une salle de Londres, il y avait de vieux et de jeunes fans. Pour moi, le rock rocke toujours, et les bons auteurs sont un bol d’air frais.

 

L : Sur l’album de Jade, il y a une reprise de Joni Mitchell. C’est une grande influence ?

MS : Nous avons repris Big Yellow Taxi, avant que Joni ne soit (à juste titre) reconnue en tant qu’artiste. J’ai eu l’occasion de discuter brièvement avec elle, au Troubadour de LA, en 1971. Elle avait apprécié le concert de Jade. Avant cela, Dave Waite et moi avions eu la chance d’entendre son premier album, avant qu’il ne sorte en Angleterre. C’était  chouette de faire une de ses chansons, elle est vraiment spéciale comme auteur.

 L : Sur votre site web, il y a une photo de Pamela Wyn Shannon. Je l’ai déjà interviewé et j’adore sa musique. Une autre jeune artiste à retenir ?

MS : Pamela m’a envoyé un mail, en me demandant à figurer sur mon site, j’étais très honorée. Je crois qu’elle a des contacts avec le groupe anglais Circulus, avec qui j’ai enregistré en 2007. Je ne connais pas encore trop sa musique, mais j’ai entendu de bonnes choses à son propos.

 

L : Quelle est votre opinion sur le téléchargement illégal ?

MS : C’est la façon de faire des jeunes d’aujourd’hui. Encore une innovation technique. Très différente de mon époque, avec les vinyles et les bandes magnétiques. C’est facile à faire, et je pense que ça plait. Mais les gens de mon age aiment avoir un disque dans les mains. Pour le tenir, pour lire facilement. Je le sais, c’est mon cas. Les gens qui téléchargent illégalement ? C’est assez peu futé, de leur part. Si ils savaient le travail que ça prend pour faire un album ou un single, ils seraient plus respectueux des artistes. Après tout, c’est la propriété de quelqu’un. N’importe qui aime être payé pour le temps qu’il passe au boulot. Y compris les auteurs compositeurs. 

 L : Que connaissez vous de la France ?

MS : Au moins deux personnes qui y possèdent des maisons. J’ai conduit à travers Lille, en tournée. J’aime les vins et le fromage. Et j’ai fait des recherches, sur des parchemins cachés dans une église, en rapport avec les Templiers. Je m’intéresse beaucoup à l’histoire.

 L : Votre île déserte, une personne, un livre, un disque, un film.

MS : La c’est dur. Ça dépend du temps où je vais rester bloquée, et des conditions de vie. Il y aura un hôtel ?

 La personne serait ma fille. Je l’aime plus que tout au monde. Sinon, ma bonne vieille copine Anna, en Norvège. Comme elle a les pieds sur terre, elle m’aiderait à construire une cabane, faire du feu, et trouver les bonnes fraises à vin.

 Le livre. Assez comiquement, la bible. Il y a assez la dedans pour lire TRES longtemps. Ca pourrait m’inspirer pour écrire. Oh, je pourrais avoir un stylo ? 

Le disque. Tapestry, de Carole King. Je chanterais FORTEMENT, dans la mer.

 Le film. Encore une fois c’est compliqué. J’ai tendance à regarder des films selon mes humeurs. Mais probablement Shawshank Redemption. C’est l’histoire d’un long enfermement, et d’une forte volonté de survivre. Peut être que ça m’aiderait à rester cool sur l’île.

 

www.mariannesegal-jade.com

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05 novembre 2009

Left Lane Cruiser

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Pas beaucoup de groupes récents dont on attend  vraiment le nouvel album. Left Lane Cruiser fait partie de ceux la, cramant joyeusement son blues rock crasseux et dégoulinant. "All You Can Eat", avec sa pochette bien horrible, s'impose d'abord par un son bien meilleur que son prédécesseur, et donne toujours dans cette fusion de Charley Patton à la nitroglycérine, si agréable à l'oreille. Surtout que l'affaire a été bien montée crescendo. Débraillé, gras et velu certes. Mais sentant  la vie et la sueur de terrassier. La distribution de coups de lattes dans le cul peut commencer. Pas besoin de bassiste, ça fait une bouche en moins à nourrir. Martèlement têtu, riffs élevés dans un orphelinat de bulldozers, et de la graisse protectrice partout. Leur truc est archaïque, vieux comme le monde, mais fonctionne toujours. Si vous pensiez que le chanteur allait arrêter de gueuler comme un putois, faire des concessions, vous allez être déçu. L'ensemble est remarquablement équilibré, et se déguste comme une pelle à ciment en plein menton. Pourtant, c'est uniquement du boogie vitaminée, assez semblable à celui de Hound Dog Taylor, mais joué avec des godasses de maçon. Ou de tailleur de pierre. Bon, ils sont aussi capables de ralentir le tempo, et de se calmer (pas trop) le temps d'un morceau. Vu l'époque musicale que nous vivons, leur disque teigneux et débraillé est une bénédiction. Ces gars devaient être hyperactifs, quand ils étaient gamins. Et ils en ont gardé ce quelque chose qui évite qu'on les confonde avec les gentils White Stripes. Maintenant, je me pose des questions sur leur avenir. Sauront-ils évoluer (pas facile dans leur créneau) ou deviendront-ils un genre de Status Quo ressassant encore et encore. On espère que non.

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30 octobre 2009

Johan Asherton

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Juste parce que j'ai réduit mon activité ici, vous pensiez peut être que j'allais arrêter de vous tanner le cuir. Un groupe par semaine, business as usual, et fini les coups de pied dans les portes. Pour vous empêcher d'acheter n'importe quelle ânerie. Rassurez vous, je sévis encore. Surtout quand un nouveau Johan Asherton pointe le bout de son nez. Ceux qui ont tenu compte de mes avertissements précédents, levez le doigt. Pas grand monde. On vit vraiment un monde de masochisme avéré. Remarquez, depuis une semaine que "Live At Cinema Jean Vigo" tourne en boucle, j'ai tendance à me désintéresser du sort des oreilles des autres. Donc Johan en concert dans un cinéma de Genevilliers, le 07/02/09. Des reprises risquées de gens pas faciles à rendre, des originaux (manque ma favorite, c'est rageant). Et une autre façon d'envisager l'album en public. Toute en délicatesse, au lieu d'incendier le public. Ce qui n'implique absolument pas mollesse et relâchement. Comme pour le récent Tim Buckley, il y a toute une alchimie. La chanson monte doucement, l'atmosphère se crée, et c'est après qu'on réalise à quel point c'est beau. Pendant, on préférerait aller chez le dentiste que de céder sa place. Prendre une cathédrale gothique dans les dents, c'est toujours quelque chose de grand.Je l'ai déjà dit, je le redirais, mais voila le plus grand artiste français actuel. Si vous avez encore le gout des mots bien tournées, du picking brodé à même la peau. Bref, si vous aimez la belle musique. Le disque est dispo sur le site de Johan. Qui m'a en plus accordé une interview, à découvrir bientôt. Les gens de sa trempe se font bien rares, dans ce monde merveilleux de guignols interchangeables, qui font de la musique comme ils iraient pointer. Vous allez rester sourd longtemps ? Dire que si j'avais considéré la guitare comme autre chose qu'une opération post glandage/pré glandouille, je pourrais chercher à en faire autant.Juste chercher, bien sur. Mais des reprises de qui ? Faut se procurer le disque, je vous dis pas. 


http://thatsallfolk.free.fr/?tag=johan-asherton


http://www.asherton.hinah.com/news/

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23 octobre 2009

Ill Wind

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On gagne énormément à ranger son bazar, et à redécouvrir des choses négligées, une fois le ménage fait. C'est le cas d'Ill Wind, groupe américain, dont le chouette album ("Flashes", 1968) dormait peinard sur mes rayons. Sans grand espoir d'être réveillé, d'ailleurs. Avouez que ça aurait été dommage. J''entends ici quelque chose du niveau de It's A Beautiful Day, voire bien meilleur. Si le premier morceau semble échappé de "American Beauty", il faut l'entrée en scène de la chanteuse, pour que tout décolle. Conny Devanney est en effet dotée d'une voix plus Joplin que nature, sans avoir besoin d'en rajouter dans les hurlements pénibles. Il nous est donc proposé ici des morceaux hyper cool, sur fond d'électricité chaleureuse, avec de très belle harmonies mixtes. A noter qu'aucun n'est une jam bâclée, les compositions en imposent de par leur structures rigoureuses. Et puis production Tom Wilson quand même, pas un boxon infâme. Un seul petit défaut à mon gout, la présence d'un banjo ici et la. Qui donne toujours un coté country/redneck assez mal venu. Sinon, on peut retrouver des échos Byrds ou Velvet Underground au fil de l'écoute. Et franchement, on a déjà entendu pire. Aucune prétention ou solo à rallonges en vue, les breaks de guitare sont un délice. Beau disque, valant largement ceux des collègues plus connus.

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21 octobre 2009

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16 octobre 2009

Aynsley Dunbar

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Batteur anglais, Aynsyley Dunbar peut se vanter d'avoir côtoyé les musiciens les plus mégalos/excentriques/égocentriques de son époque. Jugez du tableau de chasse : on le retrouve derriére John Mayall, Zappa, Jeff Beck, Lou Reed ("Berlin", rien moins) et David Bowie. Pas un baltringue quoi. Le gars qui a refusé le tabouret de batteur chez ELP ET chez Led Zep.  Ensuite, il a pris du service chez Jefferson Starship et Journey, ce qui doit quand méme garnir le compte Ecureuil. Ajoutons qu'il a un temps dirigé son propre groupe, l'Aynsley Dunbar Retaliation. Qu'il a fini par quitter parce que la section de cuivres changeait tous les soirs. "Blue Whale" (1970) est le dernier album de la dite formation. Et une sacrée bonne surprise, pour moi qui m'attendais à un disque où le solo de batterie serait roi. Nous avons ici de complexes longs thémes, exploités au millimétre carré prés, par une bande d'anonymes requins, dont Tommy Eyre (claviers) qui a joué avec Joe Cocker. De Zappa, il reste forcément quelque chose, ne serait que pour la dantesque reprise de "Willie The Pimp". Fort bien amené et originale (pas un petit défi). Le chanteur y prouve aussi de sérieux dons. Album ambitieux, savoureux jazz bluesy, "Blue Whale" carbure de tous ses cylindres. Et assure un sacré bout de fraicheur, à nos oreilles. Fatiguées par les âneries ambiantes, qu'on capte forcément, sans y faire attention. Rien que le son d'orgue, c'est toute une époque. Recommandé.

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09 octobre 2009

Pete Daltrey.

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Notre ami Louis a réalisé l'exploit d'interviewer Pete Daltrey, chanteur du Kaleidoscope anglais. Il m'a autorisé à publier ici la version longue de celle qui apparaitra bientôt dans Fuzzine. Preuve (si il en fallait) que Louis est un élément de valeur. Et Fuzzine, un petit webzine déja costaud.


Louis : Il y a une certaine innocence dans vos chansons, une nostalgie enfantine. Quel était votre secret pour écrire de si beaux morceaux ? 

Pete Daltrey : Le groupe était en vacances, pendant l’été 1964. A Swanage, une ville touristique du Dorset, sur la cote Sud de l’Angleterre. A la sortie de la ville, il y avait un château Victorien, perché sur un mur rocheux, dominant la mer. Un matin, nous avons décidé de nous y rendre. C’était une belle journée d’été, avec un ciel presque bleu, juste quelques nuages haut dans le ciel.  Nous avons cherché le château un moment, et finalement trouvé un chemin menant à la mer. En bas était une plage de cailloux, de gros rochers s’étant détaché des falaises. La mer s’écrasait sur le rivage, le bruit était assourdissant, mais merveilleux. La nature brute. Swanage, au loin, scintillait dans la brume. Nous avons donc décidé de retourner en ville, en suivant la plage. C’était difficile, les rochers avaient la taille d’une voiture Il était maintenant midi, et le soleil tapait dur. A notre droite, l’océan grondait. Tous les quatre avons été séparé, et je me suis retrouvé dernier. Pour une raison inconnue, une ligne m’est venue, « Un million de fleurs blanches dans un champ céleste ». Ed (Pumer, le guitariste) et moi écrivions toujours selon la même formule : moi les paroles, lui la musique. Ecrire une chanson n’est rien moins que de s’inspirer de l’air du temps, et de le transformer en mots. Et l’inspiration, par définition, ne se produit pas à la demande. Sa blague favorite est de s’insinuer dans vos pensées, juste au moment où vous allez vous endormir. Un mot et une ligne vont se former dans votre esprit, naviguant dans votre conscience, alors que vous allez sombrer. Mais attention, si ignorés ils vont simplement disparaître, au matin ils seront partis. Donc vous revenez du pays des rêves, attrapez un stylo et un papier, griffonner, et retournez vous écrouler. Le soleil se lève, les yeux sont bouffis, la vessie pleine, la bouche en feu, les oreilles bourdonnent. Vous lorgnez sur le papier, en général c’est merdique, parfois inspiré. Dans ce cas, je marchais le long d’une plage, sans papier et sans stylo. Une autre phrase m’est venu, puis encore une. La j’étais mal. J’avais deux options, refuser de laisser fonctionner mon cerveau, sachant bien comment ce serait dur de retrouver mes mots. Ou accepter les mots qui émergeaient, comme d’une éponge, et tenter de les mémoriser. Après tout, toutes les chansons comportent de un à trois couplets, et un refrain. J’ignorais que j’étais en train d’écrire une de nos plus longues chansons. Encore plus de mots, je les assemblais, le rythme se formait, une histoire commençait à émerger. Je devais tout reprendre du début, assemblant les couplets dans ma tête. En essayant désespérément de garder le tout dans le bon ordre. Dan (Brigdman, le batteur) était juste devant moi. Il s’est arrêté, m’a demandé si j’allais bien. J’ai répondu que j’écrivais une chanson, il a secoué la tête, apparemment décidé à me laisser tranquille. Il y avait tant de lignes, que je m’y perdais, tout se mélangeait. Il faisait chaud, j’étais en sueur. Quand nous sommes arrivés en ville, je me suis précipité pour transcrire ce dont je me souvenais. De retour à Londres, les paroles ont été affinées et finalisées. Ed est venu avec une mélodie très simple, qui capturait parfaitement l’esprit. Le conte de fées d’un groupe d’enfants, en quête de magie. C’est facile de se moquer aujourd’hui Avec nos oreilles modernes, voire usées, tout ceci semble idiot. Mais il faut replacer dans le contexte, revenir à 1967. J’étais influencé par Donovan, sur des chansons comme ça. Les gens disent que j’avais trop lu Tolkien, alors que j’ignorais même qui il était. Mais j’absorbais tout ce que j’entendais autour de moi. Je ne me souviens pas de l’enregistrement de Sky Childern, mais je le soupçonne de venir d’une session tardive, dans les studios Phillips, à Marble Arch. Avec les lumières éteintes, juste une ou deux bougies sur un ampli. Vraiment magique.   

L : Faintly Blowing semblait plus diversifiée, alternant les moments de calme et de violence. Quelle a été votre approche au niveau de la production ? 

P : Ed et moi n’avons jamais cessé d’écrire des chansons. On en avait toujours plus que nécessaire. Certains groupes sont obligés de faire un album, et composent en studio. Alors que nous arrivions avec notre stock de chansons. Sachant parfaitement ce que nous voulions, ayant déjà présenté nos morceaux au producteur (Dick Leachy) et reçu son aval enthousiaste. Tangerine Dream a été écrit principalement en 1965/66. Bien qu’à cette époque nous ayons été ensemble depuis deux ans, nous étions toujours novices. On apprenait notre métier. En 1967/68, la confiance était la, ainsi qu’une structure pour notre musique. Dans la mesure où nous étions sous contrat avec une maison de disques, qui était convaincu que nous étions les prochains Beatles. Sérieusement, c’est que nous disait les gens de Phillips.  La période psychédélique a été très courte. Une fusée multicolore, tirée dans le ciel en 1966, nous étourdissant tout par sa brillance. Qui est doucement retombée sur terre en 1968. Les braises ayant continué à brûler jusqu’à la fin de cette année la. Pour notre genre musical, on était certainement au bon endroit au bon moment. Londres vibrait de bons plans. Nous étions jeunes, naïfs, confiants dans nos possibilités, impossibles à stopper. Début 1968, notre écriture était beaucoup plus adulte. Mais toujours dans le style psyché, fidèles à nos racines. Je me souviens de Sunny Side Circus à ce moment la. Mais nous étions insatisfaits du résultat, et le titre a du attendre From Home To Home pour apparaître. Un peu décalé, sur le dernier album. Avec un budget conséquent, notre son avait été augmenté d’un orchestre. Ce qui avait certainement élargi une approche plus mature. Je n’écoute plus nos disques (plus beaucoup de musique en fait, puisque j’ai fait cadeau de mon  ouïe au groupe) mais sur  nos deux albums, c’est le morceau Faintly Blowing qui porte la couronne. Ma mémoire est pleine de trous, donc peut de détails restent. Mais je me souviens que nous avions fait un effort commun, pour que les morceaux soient le plus excentriques possible. Notre producteur nous poussait, lui qui voulait se faire un nom. Quand la base a été enregistrée, on a ajouté une partie vocale. Ensuite on a embelli le tout avec divers bruits. La semaine d’après, nous avons été convié au studio pour écouter le premier mixage. La production  avait adouci le tout avec du phasing, au lieu de garder l’effet pour la fin. Mais nous avons été convaincu que c’était le bon son pour la chanson. Jeunes et tenus dans une crainte respectueuse par notre maison de disques, nous avons décidé de laisser filer. Aujourd’hui, je reçois régulièrement des mails de fans, jeunes et vieux, qui vantent les charmes de Music. C’est une question de goût, je crois.

L : Kaleidoscope a sorti un single intitulé Isle Of Wight Festival Theme en 1970, sous le nom de I Luv Whight. Vous avez joué le vendredi 28, en tant que Fairfield Parlour, et il semble que vous ayez été informé (par lettre anonyme) que le premier groupe qui passerait, se ferait tirer dessus.

P : En Mai/Juin 1970, notre manager avait beaucoup discuté avec les frères Foulk, organisateurs du festival. Un joli coup pour lui. Non seulement, le groupe avait une place sur l’affiche, mais les deux filous étaient d’accord pour que nous écrivions et enregistrions une chanson. Laquelle sortirait sous la bannière The Official Isle Of Wight Festival Song 1970. Encore mieux, il était convenu que le morceau passe entre chaque concert. Cette publicité massive, avec les passages radios, servirait au moins à donner au groupe le hit qu’il attendait depuis si longtemps. Les représentants légaux ont rédigé un contrat, qui a été signé par les deux parties. Le jeudi, nous étions assis dans la salle de télé du Shanklin Clarendon Hotel. On prenait des trucs durs : de gros pots de thé, couleur créosote. Dave (Symonds, le manager)  a suggéré que nous regardions les informations, pour voir si on y parlait du festival. Deuxième titre : « L’IRA a annoncé que, pour protester contre la présence anglaise en Irlande, elle tirerait sur le premier groupe du festival de Wight, demain ».

Qui est le premier groupe ? Avons-nous demandé à notre manager.

Vous. 

Le vendredi, on traînait en attendant de jouer. Tous nerveux. C’était un concert majeur pour nous. Nous nous sommes retrouvés devant un quart de million de personnes. Dan a tapé sur un tom, Steve (Clark) a tiré sur une corde de basse, Ed se raccordait. Je me suis approché du micro, le cœur battant. Les accords familiers de Eyewitness, j’ai ouvert ma bouche, sèche comme un os. We Know You Have Seen A Lot Of Things, c’était approprié. Le son était curieusement bas, alors qu’on s’attendait à être assourdi par les murs d’amplis. Ces bâtards avaient seulement tourné le bouton de volume à cinq. Et maintenant Aries, cette hymne nostalgique à la jeunesse. Mais le son disparaît dans l’espace ouvert, va vers la colline. Vous pouvez presque le voir s’évaporer dans l’air. Applaudissement chaleureux, mais attendez, l’IRA…….Si ils descendent quelqu’un ce sera le chanteur, au centre de la scène, les bras ouverts, la cible parfaite.  Pendant un moment, j’ai pensé à repérer le flingue, mais suis instantanément revenu à la réalité. Pas le moment de penser à ma mort. Je pouvais le faire plus tard, dans un bain de sang, en coulisses. Ma vie se mêlant à l’herbe piétinée, comme de la neige rouge. Ma bouche formant un dernier mot, « Bâtards ». Après un concert trop court, nous avons quitté la scène, content d’être encore vivant. En fait, c’était un pétard mouillé, juste pour faire de la pub à leur cause aveugle.

L : Vous faites toujours de la musique aujourd’hui, et avez sorti de nombreux albums. Etes vous ouvert à de nouvelles influences ? Ou êtes vous nostalgiques des années 60/70 ?

P : Quand le groupe s’est séparé, j’ai quitté Londres, pour les vertes collines du Wilshire. Après deux décennies de silence, l’urgence créative est revenue, un besoin d’écrire. Je me suis mis à composer et à enregistrer mes propres chansons. Aujourd’hui, j’ai sorti quatorze albums en un DVD. Je vends mes disques sur mes deux sites : www.chelsearecords.co.uk (Véritable mine de renseignements) et www.myspace.com/peterdaltrey. Il y a eu de bons retours des fans. Ils me disent que ma voix est restée la même, et qu’ils aiment ce que je fais. Dans la mesure où je suis la trace de Kaleidoscope et Fairfield Parlour. C’est inévitable, je ne peux pas (et ne veux pas) échapper à mes racines. La nostalgie donne un sentiment de mélancolie chaleureuse. Mais c’est essentiellement auto indulgent et vain. Je préfère vivre dans le présent. Etre concerné par ma prochaine chanson, que par celles qui ont quarante ans. Ce qui n’est pas pour dénigrer notre travail passé. J’en suis fier, et toujours ému que les jeunes générations découvrent et aiment nos disques. Je me sens immortel, ce à quoi tout le monde aspire. Mes années avec le groupe étaient frustrantes. Parce que nous avons vu le succès nous échapper. Ce qui n’était pas notre faute. Notre maison de disques était inutile, incapable de fournir nos disques aux fans qui les voulaient. Et le manque d’un manager, quand nous étions Kaleidoscope, nous a sérieusement handicapé dans nos contacts avec les dirigeants de notre compagnie. Nous avons eu trois hits (Jenny Artichoke, Bordeaux Rose, Let The World Wash In) mais sans réel succès. Les deux premiers, gros carton sur les électrophones, ont échoué dans les charts, à cause de l’inefficacité, de la maison de disques. Le troisième parce que les fréres Foulk ont renégocié notre contrat, pour promouvoir le single pendant le festival. Donc j’ai des souvenirs, mais ne m’y penche pas. 

L : Avez-vous des histoires de concert à raconter ? 

P : Nous en avons fait tant que tout s’est fondu en un seul morceau dans ma mémoire. 

L : A quoi pouvait-on s’attendre en venant à un concert de Kaleidoscope ? 

P : Nous avions plusieurs personnalités. Pour nos premiers concerts, vous vous seriez sûrement retrouvé dans un club de jeunesse malodorant, ou une salle paroissiale poussiéreuse. Quelques gamins embarrassés, autorisés à leur première sortie par des parents autoritaires, se bousculant, agrippant nerveusement leur verre de limonade. Le groupe, quatre jeunots maladroits, The Sidekicks. Nous jouions les premières chansons des Rolling Stones et des Beatles, des blues de Mose Allison ou Muddy Waters. Le son n’était pas excellent, car nous avions seulement quelques amplis bon marché. Le chanteur était rivé au projecteur, agrippant son micro, tentant désespérément de se souvenir des paroles. Après à peu prés une heure, le groupe était à court de chansons, et devait commencer à répéter son set. Mais presque personne ne remarquait rien, ils étaient occupés avec les jeux de la puberté. Si vous aviez vu The Key, ça aurait été dans l’arrière salle obscure d’un pub. Le groupe sur le sol, dans un coin. Ou dans un collège. Dans le pub, vous auriez été entouré de rockers graisseux, cherchant la castagne ou de quoi se défouler, plutôt qu’écoutant. Une épaisse puanteur de bière et de sueur, et un air d’anticipation. Pas du groupe, mais de la putain de baston. Dans un collège, la salle aurait été plus large, et le groupe sur une scène. Un public jeune, intense, avec des verres de cidre ou de bière.  Il y avait des projecteurs s et peut être quelques jeux de lumière. On jouait toujours nos reprises de blues, mais on avait incorporé plusieurs chansons à nous. Vêtus de chemises bouffantes, et de Beatles boots Anello and Daniel. Une fille en mini jupe était assise sur scène. Entre chaque morceau, elle lisait une ou deux lignes de poésie. A la fin de la dernière chanson  (une pièce de résistance épique, oubliée depuis longtemps, nommée Face) le groupe emmenait le chanteur qui venait de s’évanouir. Du sang coulant de sa bouche. A l’université de Brune, où ceci s’est déroulé, vous auriez pu voir le public devenir sauvage. Et les organisateurs nous ficher dehors, pour avoir enfreint les bonnes mœurs. Ils semblaient peu apprécier notre mise en scène ampoulée. Et les capsules de sang, achetées dans un magasin de farces et attrapes, sur la route. Un concert de Kaleidoscope se déroulait dans une université, ou un club. En compagnie de gens vêtus tout en couleurs. Le groupe superbement équipé de matériel tout neuf. La sono de meilleure qualité, on jouait fort. Le répertoire était entièrement original (Dive Into Yesterday, Snapdragon, Love Song For Annie, Music). Cette dernière chanson était le final, une cacophonie. Qui, en général, en faisait demander plus au public. Pas de sang cette fois, mais de la vraie sueur.Un gig de Fairfield Parlour se déroulait toujours dans une université. Le public habillé plus sobrement. Vêtement sombres et grands chapeaux. Toute la soirée avait un air beaucoup plus mature, avec nombre de morceaux acoustiques. Steve jouait de la flûte sur Eyewitness, et moi du clavichord sur Soldiers Of The Flesh. Vous auriez pu nous voir au Mothers de Birmingham, juste au dessus de chez le tailleur Burton. L’endroit méritait un effort. On a joué la bas plusieurs fois, toujours chaleureusement accueilli. C’est dans cet endroit que Dan s’est démoli, en se coinçant un nerf de la colonne vertébrale, après un concert particulièrement énergique. On pensait qu’il allait mourir sous nos yeux. Il a passé des semaines à l’hôpital, survécu, et nous a rejoint, en vrai grognard. Mais il porte toujours les séquelles de cette nuit la. 

L : Contrairement aux USA, le psychédélisme anglais semblait avoir des difficultés à s’adapter à son environnement. Quelles sont pour vous les différences entre les deux ? 

P : Les deux sont bien distincts. La version US a été fortement influencée par l’émergence de la drogue culture. Particulièrement à San Francisco. La musique, bien que retenant les éléments essentiels (guitare bruyante, bizarrerie contrôlée, paroles obscures) était en général plus lourde. En Angleterre, c’était plus aérien. Et certains diraient avec des textes plus compréhensibles. Nous étions influencés par les contes de fées, le coté gentil de la vie. Qui va probablement vous ramener à votre enfance. La drogue était présente (pas dans notre cas, du moins) mais de façon plus subtile. Je pense pouvoir dire que c’est cette version que je préfère. Le mouvement psychédélique a été très bref, un phénomène musical qui a défini sa propre époque. Partie d’une ère brève, fleurissant sans raisons apparentes. Semblant offrir un doux chemin coloré vers le futur. Mais se consumant dans les excès, sur la fin.  Donnant naissance à la soit disant musique progressive. On a suivi le mouvement, et secoué nos fringues de hippies, pour devenir Fairfield Parlour.

L : Que pensez vous du téléchargement ? Tangerine Dream a été réédité plusieurs fois, vous à t’on demandé votre avis ? Avez-vous eu un retour financier ? 

L : Un point qui fait très mal. Comme quatre jeunes naïfs  nous étions (et tant d’autres avant nous, y compris les Beatles) manipulés par une multinationale. Je doute que nous ayons même lu le contrat, avant de le signer. J’en veux toujours à Dick Leahy, notre producteur, de ne pas nous avoir incité à prendre un manager. Il nous aurait représenté, et discuté avec la maison de disques. Un manager à poigne aurait insisté pour un meilleur taux de royalties, une meilleure distribution et promotion, du soutien. Alors que nous étions piétinés par une boite incompétente, avec toujours un pied dans les années cinquante. Ils ne connaissaient rien au psychédélisme, et avaient de plus gros chats à fouetter. Comme Dave Dee, Dozy, Beaky, Mick and Tich. Bien que notre manager de l’époque Fairfield Parlour ait fait des erreurs, il nous avait au moins assuré un meilleur contrat avec le nouveau label, Vertigo. Le disque a été enregistré, et on a loué les bandes pour cinq ans. Après cette période, tous les droits revenaient au groupe. On profite donc d’un revenu correct, en licenciant Fairfield Parlour et White Faced Lady (album resté inédit). Pour répondre à votre question, oui nous touchons des royalties pour Kaleidoscope. Mais vu le taux de retour criminellement bas, qui se maintient depuis quarante deux ans, ça nous fait de l’argent de poche. Amer moi ? Tu parles. J’ai travaillé avec Universal sur la compilation Dive Into Yesterday, mais la encore ils ont lésiné. Le livret était supposé être en couleur, ce qu’ils ont changé en monochrome, à la dernière minute. Pour économiser trois ronds. Les pauvres gens. Télécharger ? Pas mon truc. On touche des haricots la dessus. A moins d’avoir des centaines de milliers de gens téléchargeant votre musique, vous ne gagnerez jamais un sou comme ça. Je préfère vendre mes disques sur mon site, Les fans savent que si ils m’achètent un CD, le profit sera investi dans la musique. Pas dans les griffes d’un représentant de maisons disques, ou d’un actionnaire, sourd comme des pots.

L : Que pensez vous des groupes actuels ? Des favoris ?  

P : Je n’écoute pas de musique. Pour ne pas m’abîmer davantage les oreilles. Les mecs dans les groupes, lisez ceci : protéger vos oreilles, portez des filtres anti bruit, sauvez votre ouïe. Où vous finirez comme moi. Le mot anglais que j’utilise le plus est « pardon ».

L : Vous a-t-on déjà pris pour Roger Daltrey ?

P : Beaucoup de gens font l’erreur de m’appeler Roger. Mes parents avaient réservé dans un restaurant, et ils avaient bien mangé. Le serveur leur a demandé si le personnel pouvait les rencontrer. Ils ont accepté, en trouvant ça extrêmement bizarre, mais ont accepté. Les serveurs et les cuisiniers ont débarqué, bouché bée devant mes parents stupéfaits. Le chef a alors demandé si Roger pouvait leur rendre une visite. L’addition avait baissé, mais mes parents n’ont rien dit. Je crois qu’ils voulaient surtout manger à l’œil.

Louis Hauguel pour Fuzzine.

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02 octobre 2009

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The Attack

inso14


Troisième couteau du rock anglais The Attack, mais redécouvert depuis une quinzaine d'années, et c'est tant mieux. Jusqu'à maintenant, leur seul titre de gloire était d'avoir abrité un future Nice (David O'List) à la guitare. Ce qui serait les réduire à la portion congrue. Ces gens étaient tout à fait capables de donner la réplique aux Who. Rien moins. Leur façon déterminée et mal rasée d'attaquer chaque morceau, avec cette raideur martiale qui défonce les murs. L'impression donnée d'affronter une cocotte minute, donc le couvercle s'ouvre uniquement pour donner des baffes. Et ce grandiose chanteur surpuissant, pas occupé à se regarder le nombril. Offrant par contre une énorme ration de soul burnée.  La compilation "Magic In The Air"  propose ainsi une quinzaine de morceaux ratatineurs, sombres et mal embouchés. Alors que de son vivant The Attack (entre 1967 et 1968) n'avait sorti que quatre singles. Managé par Don Arden (redoutable émule de Peter Grant, question marche ou crève) comme les Small Faces, le groupe est maintenant célébré un peu partout. Comme souvent. Une seule faiblesse, la reprise de "Hi Ho Silver Lining" (dévorée par celle de Jeff Beck) avec son refrain idiot et béat. Le reste est définitivement au dessus du panier.

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Posté par Hamster Jovial à 14:54 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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