Les disques et les images de Laurent

11 mai 2012

Electric Orange.

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Tiens le krautrock, un genre qu'on désespérait de voir renaitre un jour. Sous ce terme générique méprisant, inventé par un journaleux anglais à propos de Faust, sont sortis quelque unes des meilleures galettes dératées de tous les temps. Où l'influence du Velvet et du premier Pink Floyd le disputait gaiement à un épais nuage de colombienne. Le genre est mort depuis longtemps. Tué par les modes successives (punk et disco), dont le narcissisme était l'exact contraire d'une éthique méditative. Des groupes comme Jane ou Eloy, avec leur son bien propre et poli, taillé pour les supermarchés, abâtardissant gravement le gêne magique. L'ouvrant à un public qui n'aurait pas daigné toucher une pochette de Gila, encore moins envisagé d' écouter. Pas un hasard si Barclay James Harvest, anglais pâlichons, ou le gonflant Mick Oldfield ont toujours été populaires outre Rhin. Et puis, avec des gens aussi intéressants que Vibravoid, White Hills (dont les nouveaux disques arrivent) le bestiau s'est réveillé. L'album des derniers cités avec les anglais allumés de Gnod, s’avère une vraie réussite, façon courrier cosmique. Presque transparent, tant il est intense. Il s'agit à nouveau de produire un son organique, capable d'emporter loin (très loin) sur un beau solex mental, l'auditeur lunaire et peu soucieux de paraître branché. Dans ces conditions, l'irruption d'Electric Orange, et de son Krautrock From Hell (2010) est une vraie révélation. Bien sur, si vous avez fait vos classes avec la douce dinguerie de Yeti, ou le climat rouge de Schwingungen vous serez en droit d'ergoter. Mais pas trop longtemps. Electric Orange existe depuis 1992, vient d'Aix La Chapelle, et n'a, bien sur pas réveillé la France de sa léthargie intellectuelle. Musique très biologique, respirant l'influence de ce sous genre, souvent barbant, qu'est le stoner rock. La rythmique sera donc impitoyable. Fini l'hédonisme chevelu qui guidait Malesh ou les aventures de Sergius Golowin. Tout ceci sonne ultra pro. Mais le grand trombone cosmique souffle et souffle encore, pour appeler les druides des étoiles. A la longue procession cérébrale de la forêt des Carnutes. Pas de solos à gogo, un ensemble compact, tout entier tendu vers la saturation sensitive de l'auditeur. Qui reconnaît, nostalgique, ici et la le son d'orgue Hammond de Jon Lord. Utilisé dans l'optique collective la plus géostationnaire qui soit. A la manière de Mick Ratledge (tiens donc) en forçant certaines parties du cortex à réagir. Très fort. Peu de parties vocales (d'ailleurs inintéressantes) à signaler. Quelque chose réchauffe soudain la banquise. Electric Orange surement, qui n'hésite pas à se lancer dans un morceau de vingt cinq minutes. Sorte d’ascenseur totalement barge, allant au grès d'humeurs mal définies. Et où passe (on n'y échappe pas) le fantôme d'Echoes. Tout doucement, le ressac roule d'énormes vagues sonores, comme des résonances de fête barbare, pratiquée au loin. La basse sonne déjà l'heure du départ. Mais s'attarde en chemin. Restez encore, il fait bon, ici. Un brontosaure cogne à la porte, et s'en retourne, furax d'avoir manqué son train. Et puis tout s’achève dans le fracas. Brusque retombée dans un monde ordinaire, autant que merdique. Liquéfié, l'auditeur revient lentement, douloureusement, à une forme commune. Usage intensif déconseillé (repli fœtal à prévoir). Mais fortement recommandé comme remontant. Parfait pour retrouver l'impression d'explorer une piscine, qui dominait le Tarot de Walter Wegmuller, ceci dit. Et pas besoin d'apprendre à nager.


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19 avril 2012

Tamed Records.

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Autant il était tentant de sécher un cours pour descendre chez le disquaire du coin, autant qui aurait envie, de nos jours maudits, d'acheter le vent du MP3. Fuzzine a rencontré Gilles, de Tamed Records, petit label qui débute sa vie, au pays des grands requins. Belle occasion de faire le point avec un indépendant. Alors que pratiquement pas un disquaire de quartier n'a survécu à Internet. Fini le contact direct, les galettes qui sentaient bon, et l'aventure au coin d'un bac. C'était une autre époque, mais tout n'est peut être pas perdu. La parole à Tamed Records, qui sort bientôt les deux prochains Gnod.

 

Laurent/Lou : Présentation à nos lecteurs. Qui êtes vous, et comment se retrouve t'on dans l'aventure d'un label indépendant en 2011 ?

 

Gilles : Bonjour, je m'appelle Gilles et je m'occupe de Tamed records, Tamed records est un label et petit distributeur localisé à Cherbourg. J'ai démarré ce projet au début de l'année 2011. J'avais déjà fait un autre label (Abstraction) juste avant de me lancer dans celui-ci, pour moi l'aventure d'un label indépendant a commencé il y a plus de 10 ans. Ca peut paraître bizarre de démarrer un label dans le contexte actuel, mais je suis un passionné de musique, et j'ai pu constaté malgré la profusion de labels, que certains groupent ont toujours besoin d'un soutien que ce soit pour la sortie ou la distribution d'un disque. Et tout simplement parce que c'est quelque chose que j'aime faire : proposer et faire découvrir des groupes et également les aider.

 

L/L : J'ai vu sur le site que vous vendiez uniquement du vinyle et des bandes. Le CD est banni ? Les artistes acceptent-ils facilement de limiter leurs chances de toucher un public plus vaste ?

 

G : Oui c'est vrai il y a peu de CD sur le site, mais il y en a, il faut savoir que le CD ne semble plus intéresser grand monde aujourd'hui, en tout cas dans les styles de musique que je distribue. Les contacts que j'ai eu jusque là avec les artistes montrent plutôt le contraire, eux aussi préfèrent le vinyle ou la cassette, personne ne m'a jamais réclamé de version CD. Si un un jour il y avait vraiment une demande forte pour ce support, alors je changerais d'approche. Je sais que dans certains courants musicaux (pointus), c'est toujours le format unique. L'un de mes frères est passionné de musique classique et de musiques de films, quand je lui parle de vinyles, il est un peu sceptique eheh ! Avec le développement des blogs de téléchargement, des réseaux, le format ne détermine plus la facilité de découverte par le public.

 

L/L : Comment choisissez vous les musiciens avec qui vous travaillez ? Au feelings ? Peut-on parler d'une sorte d’éthique underground, pour employer les grands mots.

 

G : Pour les deux premières sorties, il s'agit d'abord de rencontres, j'aurai peut être tout de même sorti ces disques si elles n'avaient pas eu lieu. Je m'intéressais à la musique de Gnod bien avant de les rencontrer, par exemple. Même si le mot éthique peut faire peur, il s'agit quelque part de ça, l'état d'esprit, la démarche des groupes sont importants pour moi. De la même manière que je ne vais développer une stratégie de marketing (pour employer des grands mots), c'est à dire que le plus important pour moi, est de permettre aux artistes que je produis d'évoluer de manière constructive dans le milieu underground, dans le milieu qui leur correspond, et non pas devenir un groupe à gros succès commercial. Attention, ceci est bien une démarche, un choix, en aucun cas il ne s'agit de censurer ou d'imposer un mode de fonctionnement.

 

L/L : Pouvez vous dresser un profil type de votre clientèle ?

 

G : Je ne fais pas de statistiques, je ne pense pas qu'il y ait un profil unique. A mon avis, ce sont des personnes très passionnées par la musique, qui savent ce qu'elles recherchent, même s’il s'agit majoritairement de gens habitant en France (pour les disques de la distro), je reçois des commandes d'un peu partout dans le monde.

 

 

L/L : C'est Gnod qui nous a parlé de vous. Comment êtes vous entré en contact ? Apparemment les choses se sont bien passé, vous pouvez nous parler un peu de leurs deux prochains disques ?

 

G : Gnod cherchait des dates pour leur tournée européenne en avril de l'année dernière, un ami les a contactés pour organiser une date ici, à Cherbourg. Le courant est passé tout de suite, à cause de soucis techniques, le groupe est resté plus longtemps que prévu à Cherbourg, ce qui nous a permis de sympathiser d'avantage. Je les ai ensuite revus au Supersonic Festival à Birmingham où ils ont produit un concert plus que mémorable. Maxime de High Wolf leur avait dit qu'il y avait un chouette studio près de Cherbourg, le Studio Chaudelande. Les gens de Chaudelande sont des amis, Gnod m'a recontacté pour me demander s'il y avait possibilité pour eux de revenir jouer à Cherbourg et d'enregistrer par la même occasion au studio. Tout de suite, je me suis dis que ce serait une bonne idée de sortir les morceaux, j'étais en train de démarrer Tamed records à cette période, et l'idée de faire quelque chose avec Gnod me trottait déjà dans l'esprit. Gnod est resté 3 – 4 jours là-bas, et j'ai même pu assister à quelques sessions d'enregistrement. Je pense que Gnod a beaucoup apprécié le cadre et l'ambiance, le studio est situé dans la campagne, ils ont pu faire certaines prises à l'extérieur, on entend des oiseaux au début de certains morceaux ! Comme les morceaux m'ont tous plu, je n'ai pas voulu faire de choix, les titres sortiront donc sur deux LP Chaudelande volume I & II, le premier doit paraître en octobre si tout va bien, et le deuxième en décembre.

 

L/L : Que pensez vous du téléchargement, de la dématérialisation du support, de la mort des petits disquaires, et de toutes ces choses qui font que la standardisation et l'inculture règnent en maitre dans une société dominée par l'esprit le plus bassement marchand ?

 

G : Je ne suis pas du tout opposé au téléchargement, tant qu'il permet une découverte «intelligente» et non pas d'engendrer de la boulimie culturelle, où il faut tout et tout de suite. Internet donne accès à beaucoup de choses qui étaient difficilement accessible auparavant, parce que non représentées de manière publique, comme pour tout il y a un revers à la médaille. Ici à Cherbourg, la mort des petits disquaires datent déjà de plusieurs années, mais c'est bien la standardisation qui est responsable de ça. En ce qui concerne l'inculture, ce n’est pas vraiment nouveau, et je ne suis pas non plus certain qu'elle soit en augmentation, ça devient peut-être de moins en moins supportable, ou plutôt de plus en plus choquant, il y a vraiment des écarts importants, mais c'est avant tout l'envie qui est moteur de ça. Même s'il y avait des choses différentes qui étaient proposées, plus de moyens mis au service de la culture, est-ce qu'il y aurait d'avantage de personnes à s'y intéresser ? Pour ce qui est de cette société marchande je crois qu'on arrive à la fin de la démonstration, la situation actuelle montre bien que ce système n'est pas viable indéfiniment. En aucun cas ce système ne nous amène à un épanouissement réél, un bon nombre de gens pense y trouver un équilibre et un bien-être, mais ce n'est pas le cas . Pour le moment, on essaie de panser les plaies d'un système, mais ce n'est pas pour autant qu'il y a un questionnement sur les composantes de notre environnement. Cela viendra peut-être un jour, restons optimistes.

 

L/L : Quels sont vous projets d'avenir, nouveaux groupes à signer, et espoirs pour le futur ?

 

G : Il n'y a pas encore de projets bouclés pour le futur, je me concentre déjà sur le lancement du label. Le LP de GNOD et un 7'' de CHICALOYOH doivent sortir fin octobre. J'ai quelques envies bien sûr, notamment de sortir de la musique plus expérimentale / bruitiste, et de me lancer dans des repressages...mais rien n'est calé pour le moment. J'espère vraiment que les gens trouveront un intérêt dans les disques qui seront proposés, et que ce projet va durer dans le temps.

 

L/L : Faites nous baver d'envie, conseillez nous de la bonne musique actuelle.

 

G : Allons-y ! Voici quelques groupes «psyché» actuels vraiment chouettes: Eternal Tapestry, Magic Lantern, High Wolf, Barn Owl, Voice of Seven Thunders, Moon Duo, International Hello, La Otracina, Emeralds, Heavy Winged, Je Suis le Petit Chevalier, Mugstar, White Hills, Robedoor, Suishou No Fune, Vibracathedral Orchestra, Sylvester Anfang, Mammatus, Circle, Sic Alps, Neo Karma Junklo Trio, Danava, Earthless, Witchcraft, Bardo Pond, Expo 70..pour les premiers qui me viennent en tête.Et pour les amateurs de choses plus rugueuses (noise) je conseillerais: John Wiese, Prurient, Kevin Drumm, Altar of Flies, Nate Young, Leterra 22, Heinz Kopf, Wolf Eyes, Jazzkamer, Ronnie Sundun, Aethenor, Sightings...

 

Merci à Fuzzine de vous être intéressés à Tamed records, je vous souhaite le meilleur pour la suite !

 

 

http://tamedrecords.com/tmp/

 

 

 

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01 avril 2012

Charles Bukowski

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Certains (mauvais citoyens probablement) vous diront que les trois plus grands écrivains américains du vingtième siècle, étaient de foutus allumés. Ce qu'on nomme aussi dans le monde civilisé (Michel Drucker's trademark of langue de pute) des «personnalités atypiques». Autre façon de dire qu'on a rien pigé, jamais lu un traitre mot de leurs bouquins, mais tout est dans la nuance. En clair, vous pouvez les inviter à coté de Mme Chirac (oh oui) ils vont rester polis. Et éviter de vomir partout au bout de dix minutes. Encore moins tarter la gueule de l'animateur (one more time) après la énième question con. Les atrabilaires du début (qui se révèlent plus érudits que l'ordre moral et le vide cérébral des rayons de la libraire locale ne le laissaient supposer) ajouteront, dans un silence consterné autant que consternant, que leur œuvre compte autant dans la contre culture que Jimi Hendrix ou le festival de Monterey. Et renifleront de mépris en éteignant leur télé. John Fante (1909/1983) Hunter S. Thompson (1937/2005) et Charles Bukowski (1920/1994) sont maintenant considérés comme de vrais maitres, chacun au moins un livre adapté (bien) au cinéma. Et on a toujours un petit pincement d'émotion quand sortent des inédits. Peut être un jour viendra le temps de Richard Brautigan, qui reste si désespérément confidentiel. Prions le diable. Aujourd'hui, c'est le vieux Buck qui s'y colle. Si il est célèbre en Hexagonie, c'est bien pour son scandale chez Pivot, en 1978. Rond comme une queue de pelle, il avait quitté le plateau, avant d’être viré par la sécurité. Des histoires pareilles, Gainsbourg en alignait une collection exhaustive à son tableau de chasse. Qu'on lui ressortait à toutes les sauces, chaque fois que possible. Pauvres médias français, plus à l'aise pour cirer les pompes de BHL que pour envisager un brin de sympathie envers l'outrance et l'haleine de putois. Shakespeare n'a jamais fait ça (tu m'étonnes, ce buveur d'eau chaude) est donc le court récit d'une petite tournée promo en Europe. Bukowski se voit alors un écrivain reconnu, plus besoin de zoner dans des taudis, ou de se foutre sur la tronche avec des clodos. Monsieur aime flamber aux courses, également. Mais question gnôle, entre lui et sa nana, c'est toujours des hectolitres ou rien. Alors, un carnet de voyage net et précis, efficacité et concision d'abord. Buk a beau écluser sans trêve ni répit (du pinard, de la bière, tout ce qui passe) son acuité et son recul restent intacts. Il a trop galéré pour croire au miracle. Spectateur plus qu'acteur, il se contente de décrire, et d'un coup vous balance une imparable tirade sur n'importe quoi. Dieu, le temps qu'il fait, ou les oiseaux. Sans y penser. Comme il pisserait sa gnôle contre un mur. Le reste du temps, il semble avoir mis un filtre sur ses émotions. Même la rencontre avec son vieil oncle, pas vu depuis des lustres, n'éveille chez lui que le minimum syndical de prise à offrir au danger. Risque de se découvrir trop, d'en ramasser une fois de plus plein les dents. Loin de jouer à la star Buck se contente de se protéger. A sa façon. La seule fois où il pousse sa gueulante, c'est à propos des foutus hippodromes européens. Pas seulement capables d'offrir un service de paris à la hauteur. D'ailleurs il est déjà temps de retrouver Los Angeles. La comédie absurde de la promo ne changera pas l'homme. Qui s'embrouille d'entrée avec deux vieilles connes. L'une d’elles a malencontreusement reçu un coup de valise de Buk, l'autre voit déjà le procès arriver, et les dollars tomber dru. Sauter dans un taxi, retrouver son chat et ses bourrins de course. Nous sommes tous des Bukowski, dans le fond. Juste (beaucoup) moins imbibé. Et avec infiniment moins de talent. Celui qui consiste à dire beaucoup, avec des phrases simples. Rester naturel, quoi. Les fans apprécieront, les autres peuvent toujours préférer le Goncourt et le Nobel. Belle iconographie (noir et blanc) a signaler.


Shakespeare n a jamais fait ca -pola

 

 

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20 mars 2012

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17 mars 2012

Blue Cheer

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Impression d'avancer sur un champ de gravats. Le vrai amateur de musique n'en finit plus, chaque jour, de se demander où va sa passion première. En gros, plus rien n'intéresse plus personne. Télécharger des âneries prédigérées, acheter (cher) des MP 3 venteux, voilà tout ce qu'on nous propose. Le pire, c'est encore de se promener sur tous ces sites de vente en ligne, et d'y reconnaître tant de vieux amis. Tous ces disques qui ont compté, compteront encore, sont la, à prix fracassé. Réduits à la plus simple expression marchande, ils finissent leur vie dans la honte et l'oubli. Après avoir enflammé tant de générations, enfanté la plus grande révolution culturelle de tous les temps, ils attendent. C'est infiniment mortifère. La société moderne dans ce qu'elle a de plus épouvantable, option jetable avant tout. Tiens, on y trouve même le dernier Blue Cheer. Un groupe qui peut se targuer d'avoir un passé. La mort de Dick Peterson (2009) a (un peu plus) enterré une époque, autant qu'une certaine idée du rock. What Doesn't Kill You..../Tout ce qui ne vous tue pas. Vous rend, parait-il, plus fort. Le groupe s'est bien perdu après ses deux premiers disques, voyant défiler trop de monde pour maintenir une vraie unité. Randy Holden, pourtant pas un manchot, ne joue lui même que sur une demi face d'album. Passé le beau Outside Inside, leur classique psyché à eux, pas grand chose à se mettre sous la dent. Et le curieux aura meilleur compte de se rabattre sur les grands satellites du groupe (Other Half, Sons Of Adam, Kak) pour trouver une pitance de qualité. Mais non, Blue Cheer ne pouvait pas, indéfiniment, remettre en marche le marteau pilon Vincebus Eruptum. Prototype du heavy métal, leur gros blues au kérosène enrichi leur aurait explosé à la tronche, si ils avaient tenté de pousser encore la température. On sait leur come back pataud de 1985 (Beast Is Back, album de ferraille rouillée, ennuyeux). On aurait juste voulu qu'ils tirent une révérence honnête. Pour le coté people, en tout cas, c'est raté. La pochette du sus nommé What Doesn't Kill You (2008) est moche à faire peur. Suffisamment pour qu'on (ignorance régnante) les traites de sous Iron Maiden. Ironie suprême. Et gros raffut dans le fond. Ah, ils tenaient encore la forme les vieux, ce jour la. Paul Whaley de retour pour cogner fort sur les caisses. Et un certain Andrew Mac Donald à la guitare. Gratteux convulsif, généreux de la wha wha, et toujours prêt à foutre le feu à la baraque. Peterson, lui, ayant toujours de cette voix d'angine blanche. Hurlant comme il envoyait la terre entière se faire, élégamment, foutre. Rock and roll donc, ce que ces types savent le mieux faire. Lourd. Coupant. Champ de mines du couplet au refrain. Un sniper se planque dans les ruines. Surement un vétéran. Son tir est précis, appliqué. Putain, d''air saturé. Ça sent la poudre, le premier qui sort se retrouve les tripes à l'air. Et bang, un de plus. Evacuez les blessés, il reste deux chansons lentes (bien tristes) et un blues, en guise de couloir humanitaire. Chemin de croix/de larmes, qu'est ce qu'on se la donnait dans notre jeunesse. En attendant, j'ai dit un blues. D'Albert King. Riff monté en guillotine à trois lames. Retenir le tempo. Du goudron plein les dents, les poumons brulent. Ah non, c'est la baraque qui crame. Les gamins ont perdu la recette, pour ce genre de sport. Jamais plus de deux accords, mes petits amis. Et prenez votre temps. Déroulez encore et toujours la vieille toile émeri. Que ça racle, bordel. L'antique catapulte fonctionne à plein régime. Et vise juste. Même si, forcément, un peu limitée dans son champ d'action. Eclairs rouges. Orages magnétiques. En plein sur le paratonnerre. Dompter la foudre. Apprivoiser les éléments. Blue Cheer droit dans ses bottes, tout en nerfs et en lames de rasoir. Ce soir, la ville tremble. Il existe un DVD import(non lisible sur les systèmes européens, bien sur) du groupe au Rockpalast de 2008. Le son du Marshall au fond des doigts.


Blue_Cheer_-_What_Doesn't_Kill_You_CD_cover

 

 

http://www.youtube.com/watch?v=TnzYMwTeb54

 

 

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03 mars 2012

Outsiders.

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A la question de savoir si j'aurais laissé ma sœur sortir avec un Rolling Stones (peut être pas avec Bill Wyman) ma réponse serait qu'elle risquait finalement  moins qu'à trainer avec les Pretty Things.  Ah les Pretties, leurs gueules de décavés, l'air vraiment méchant. Des dégaines impossibles, exacerbées par ce regard de dément profond que trimbalait Viv Prince. A la grande horreur de l'establishment, et même si leur impact fut moindre que celui de leurs anciens potes de collège, ils ont engendré une descendance. Trombines de travers, tignasses décomplexées, et surtout bonnes mœurs passées au souffre.  Lesquels rejetons (en parfaitsff psychotiques) en ont fait des tonnes (tuer le père, toujours). Ugly Ducklings au Canada, Boots en Allemagne, par exemple. En Angleterre, les Birds de Ron Wood, ou les magnifiques Belfast Gypsies entre mille autres. Il existe un milliard de compilations dévolues à ce que l'on nomme freakbeat. Mais c'est en Hollande que le mouvement a trouvé ses plus zélés dévots. Les Outsiders, par exemple. Moins doués que les magnifiques Q65, moins éclectiques aussi. Quoique bien meilleurs que les Zipps ou les Jay Jays. Ok, une anthologie comme Strange Things Are Happening (tous les singles) offre autant à boire qu'à manger. La belle voix de Wally Tax (belle gueule de service, aussi) ne suffit pas à masquer les errances d'un groupe privé de direction sérieuse. Morceaux violents sans problèmes (trop rares) folk rock sympa sans être indispensable, tout ceci manque de la vista qui garantit contre le passage du temps. Et puis leur son est mince, n'agresse pas suffisamment l'auditeur pour faire une différence. En extrapolant un peu, on voit très bien qui occupe leur playlist du jour (Birds ou Them).  Sans compter que quand on les entend soudain faire la pige à Soft Machine (initiative du producteur, selon les notes de pochette) on se demande un peu qu'est ce qu'on va sauver. Or (c'est bien connu) vers la fin des années 60, une règle de métier voulait qu'on garantisse sa crédibilité avec un album acide. Histoire de prouver qu'avant de s'adresser aux gamines, on était aussi capable de toucher les cerveaux. Seconde chance ou épouvantable gâchis, le concept a connu autant d'avatars qu'il est possible. Et dans le cas de nos Outsiders, il semble bien que le bon wagon (artistique) ait ainsi été accroché. Leur CQ (Seek You) de 1968 affiche une radicalité non feinte. L'album aurait été d'ailleurs été conçu uniquement par le groupe et un ingénieur du son. Quoique il se murmure que Jonh Cale ait joué un rôle dans cette gestation. D'entrée, Misfit et ses breaks violents montrent le chemin. Tout ceci sonne enfin mal rasé et bougon. La rythmique surtout. L'ambiance est sombre, oppressante. Tout ceci débouche sur une terrifiante approche de la réalité. Quasi Stoogienne par moment. Wally Tax (qui a souvent les intonations de Bowie) découvre (enfin) des ressources inattendues dans sa voix. Surtout, on a plus cette impression gênante d'un groupe contrit et confit dans ses recettes. Et puis les morceaux tiennent drôlement la route. Jaillissement d'idée, sons nouveaux, brisures de rythme, tout ce qui peut casser les habitudes de l'auditeur est la bienvenue. Une conception des choses trop peu souvent utilisée. A mi chemin, CQ s'aborde comme un vaisseau expérimental, façon Satanic Majesties ou Piper At The Gates Of The Dawn. Et si il a bien mieux vieilli que le premier, du second il conserve le culot des innovateurs. L'audace des vrais défonceurs de portes. Le bide commercial sera bien sur à la hauteur de la réussite artistique, signant la fin du groupe. A noter que la réédition offre (façon de parler) six morceaux live, capturés a Amsterdam le 31/12/1968. Réalisé avec de vrais moyens professionnels, ce témoignage lève enfin certains doutes. On a affaire à un groupe transfiguré, participant à la forme d'expression métallique qui verra le jour dans les années suivantes. Pas bavant de saturation, mais dur et coupant. La voix surtout. Qui rappelle l'agonie de la hyène hachée vivante, terrifiée à la pensée de finir dans un Mac Do.  Faire un dernier doigt avant de crever, quelle belle attitude.

 

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http://www.youtube.com/watch?v=CbhzQVBcmdA&feature=related

 

 

 

 

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23 février 2012

Rolling Stones.

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Vous avez vu le film de Scorcese sur les Stones ? Provocation d'appeler ça Shine A Light. Parce que la lumière brille, pas de problèmes. Jagger en fait même tout un plat, en demandant si il va pas se cramer le cul. Mais la batterie de projecteurs éclaire un tel désastre..... Le vieux fan que je suis était épouvanté. Jagger et sa trombine de Jack Lang, qui se serait endormi dans un gaufrier. La voix nasillarde, incapable désormais de moduler. Keith et sa gueule de vampire. Et ce groupe raide et cassant. Hachant menu ses standards, les régurgitant sous une forme absolument atroce. J'ai eu honte pour eux, de les voir se faire ridiculiser à ce point par leurs invités. Y compris Christina Aguilera (si si) bimbo blondasse et canon, à la voix puissante. Toute étonnée de chanter, enfin, un truc intéressant. Laissant le père Mick réduit à son numéro de vieux satyre. Vous pensez qu'il va pas louper une occasion de peloter un tendron. Bill Wyman doit en baver de jalousie, en évoquant ses souvenirs d'incurable priapisme. Mais bon, c'est la vie et les Rolling Stones (les vrais) une autre époque. La réédition de Some Girls avec tous les bonus, j'ai failli me laisser tenter. Bien que je déteste ce disque, par ailleurs largement encensé. Et qui sonne si chloroformé. Et puis un ami ardennais m'a confirmé que tout ce matériel inédit était supérieur au reste. Tandis que les infos ici et la glanés affirmaient que toutes ces nouveautés sonnaient largement country. Et je vais pas donner du fric pour entendre les Stones parodier Hank Williams. Par contre, le DVD de la tournée 1978 (par ailleurs réputée totalement bordélique) avec ce visuel si moche... L'occasion de saisir le groupe avant le grand congélateur, me disais je. Défendant un album certes gonflant, mais avec eux qui sait ce qui peut arriver. Souvenons des beaux éclair de Voodoo Lounge, de Stripped. Et du coffret Four Flicks. Qui m'a couté cinq kilomètres à pied dans la neige, mais ça valait vraiment la peine. A croire qu'ils avaient fait étape à Lourdes. Alors Some Girls Live Texas 1978, abordé avec curiosité. Après tout, c'est l'époque ou Keith a rompu son pacte avec la grande blanche. Ici, il fait dans le sobre et le tranchant. A retenir Happy comme on l'aime, paquet de nerfs. Ceci débordant sur cela, le concert est honnête (on a connu bien pire) et les titres de Some Girls (la majorité) passent bien. Occasion de réévaluer Beast Of Burden, tiens. Terrifiant constat de rupture, casse toi bitch, je t'ai assez supporté. Ce qui rend encore plus dispensable la redoutable paire Shattered/Respectable. Lourdaud et pataud sont dans un bateau, et s'en vont vers le néant. Au delà du ridicule face aux classiques de toujours. Lesquels n'ont pas encore ce tic de sombrer dans une conclusion en forme de ferraillage guitaristique, qui deviendra assez vite gonflante. Groupe en formation réduite (pas de cuivres) présentation sobre, ying yang, et cette rythmique sans égal qui tient le tout à la force du poignet. Mention spéciale à Bill, qui assure avec un pansement à une main. Coté défauts, on retiendra Jagger arborant un T Shirt à faire vomir Sid Vicious. Et déjà versé dans la retape gestuelle de grande folle. Mais il est en voix, et on veut bien consentir à l'absoudre de ses pitreries. Rien que pour sa façon de dynamiter les vieilles noisettes de Chuck Berry, ici distillées. Seul véritable surprise, l'excellent Far Away Eyes, agrémenté du violon grinçant de Doug Kershaw. Ce morceau country (ici je mange mon Stetson) désabusé résonne étrangement au milieu des accords coupants. Un peu comme si Lautréamont s'était soudain glissé sur scène. Et imposait sa vision intériorisé et déformante, à un état de fait acquis depuis longtemps. Et puis, sur l'intro, Mick se lâche (enfin) quelques secondes. Le temps de rouler des yeux furibards. Du mal à comprendre si c'est le clavier qui débloque, ou si Ian Mc Lagan, qui cachetonne aux claviers, trainasse en coulisses, au lieu de faire son job. Il se croit encore chez les Faces, ou quoi ? Pas de ça mon pote, we're a serious touring band. Et Ron Wood, au fait ? Appliqué on va dire, certainement conscient d'enfiler des médiators trop grands pour lui. Et jamais pris en défaut. Ni largué, comme on l'a trop vu. Quoique son jeu de slide soit bien basique et limité. Bref, un truc pour les vieux grognards, pas honteux. Le CD bonus est tout à fait inutile, par contre. Jagger y a la voix cassé, on dirait un enregistrement pirate, autant qu''auto parodique, à trois euros la douzaine. On a droit à la rengaine Miss You, aussi. Et malgré de gros efforts pour énerver l'ensemble, le soufflé reste plat. A bientôt la suite, on sait sur quel iceberg brulant ces messieurs sont assis. Le concert de Miami en 1994, par exemple.


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http://www.youtube.com/watch?v=aLayxXniy5s&feature=related

 

 

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06 février 2012

Interview Collie Ryan.

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Normalement, à moins d’être le pignouf de base (ou un pro blasé) quand un artiste accorde une interview,  vous espérez passer pour autre chose qu'un emmerdeur patenté. Et la moindre des politesses consiste à poser vos questions en restant dans l'embrasure de la porte. Le plus discrètement possible. Quand vous tombez sur Collie Ryan, artiste qu'on pourrait qualifier de totale,    en prenant toutes les précautions du monde, vous finissez par avoir l'impression de bosser pour un torchon people, sans foi ni loi. Cette américaine vit dans son monde à elle, tout simplement.  Voit l'univers à sa façon, sans que jamais on en vienne à penser qu'elle a inventé un nouveau gimmick. Avec un peu de chance, il est assez facile de trouver la réédition de ses trois albums de 1973. Et de se faire une bonne cure de folk râpeux, enregistré avec des bouts de ficelles, et ignorant superbement le sens du mot «arrangements». Pensez, il y traine même le bruit des doigts, pendant les changements d'accords. Musique  saine comme l'hiver en Auvergne, gorgée de grand air,  sans adjuvants ni saloperies chimiques.  Pas tendance, pas recommandé par un coach quelconque (cette manie d'avoir besoin d'un directeur de conscience....) juste vivante. Une forme de retour à la nature plutôt revigorante.  Merci à Douglas Macgowan.

 

L : Comment êtes vous venu à la  musique ?

CR :  J'ai commencé à chanter à huit ans dans les chorales d'école.  Sur de l'opéra, en faisant la vaisselle.  La guitare était moins lourde à porter que le piano.

 L : Vos trois disques ont été réalisés la même année. Vous aviez un gros stock de chansons ?  Le son est très frais et direct, des souvenirs de ces sessions ?

CR :  Je m'en souviens très bien.  Tous les morceaux (trois albums) ont été réalisés en quelques jours. Quatre ou cinq prises. J'ai trois cent chansons de prêtes, sur plus de milles. J'écris depuis quarante ans, maintenant.

L : Vous avez aussi conçu les pochettes. Quelle est la signification derrière chacune d'elle ?

CR :  Ces pochettes viennent d'un groupe de peintures, que j'ai conçu dans les années 70.  J'utilise des symboles non religieux, pour transmettre des vérités spirituelles. La femme sur un oiseau, la Terre préservant ce qu'elle donne. L'indien, pas une crucifixion, une élévation vers la fraternité avec la nature. Le maitre et l'enfant représentent l'ancienne chaine de sagesse, venue du fond des ages. J'ai un peu étudié l'art.

 L : Les disques sont des pressages privés. Vous n'aviez pas trouvé de label, ou c'était un choix personnel ? Que pensez vous des marchands qui les vendent très cher, maintenant ?

 CR :  Les gros labels veulent de gros vendeurs. Je plais à une certaine catégorie de personnes, amoureux de l'esprit et de la nature. Si les albums rpportent de l'argent maintenant, ça signifie que les gens y trouvent quelque chose de vivant. Toujours un peu de fric à la fin du mois, aussi.

 L : Vous avez vraiment vécu dans un bus, le long du Colorado, en peignant des enjoliveurs ? La première fois que j'ai contacté Doug, il m'a dit que nous n'aviez pas d'ordinateur, pas de téléphone fixe. Vous vous intéressez à ce qui se passe dans le monde ?

CR : Je peins toujours des enjoliveurs (depuis 25 ans). Ils ont fait le tour du monde.  J'ai passé vingt deux ans dans un bus, à coté du Rio Grande. Sans électricité, simplement. Pour consacrer du temps à ma musique, être prés de la nature. Je me tiens informé au sujet de la musique et de l'actualité, à travers mes amis. En lisant beaucoup. Nous vivons des temps de transition critiques, pour ceux qui émergeront de la folie, pour retrouver la santé spirituelle.  Mes croyances sont fondées sur l'expérience directe de la nature et de la vie. Guidées par les principes de la Théosophie (http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9osophie). Voir l'existence d'une façon unitaire. Tout est en un.

 L : Comment s'est fait le deal avec Yoga Records ? Vous avez suivi le déroulement des choses ?

CR : Doug a trouvé mes disques, dans un magasin d'occasion. Tout est parti de la. Le processus a été merveilleux, avec d'excellentes personnes pour m'aider. Ma musique n' a pas été populaire pendant des années, mais c'est en train de changer. Les gens s'éveillent à la vérité, en dedans et en dehors. Il y a de plus en plus d'auditeurs. Je fonctionne sur la vibration du Nouveau Cycle, pas en harmonie avec le passé. J’espère que le changement, et ma musique, ont un futur dans ce monde ou le «vieux» n'en finit pas de mourir.

L : Que savez vous de la France ? 

CR :  Par ici, les touristes français sont nombreux. Je connais bien l'histoire de votre pays, et adorerais visiter le Sud, la où tant de grands peintres ont vécu. Ça aurait été super de visiter Paris, dans les années trente. De faire partie de cette vague créative.

 Saludas to you, of France.

Thank you for hearing me.

Su Amiga.

Collie Ryan.

 http://www.psychedelicfolk.com/CollieRyan.html

 

 

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20 janvier 2012

Vibracathedral Orchestra

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Longue rumination. Personne à qui s'adresser sur ce quai de gare. Vibrations mauvaises avec parano dans les couloirs. Purifier l'air, ouvrir une trappe céleste, accrocher une musique en spirales. Conversation interne/intériorisée/intériorisante. Science du néologisme. Je voudrais parler,  j'emploie un alphabet nouveau. Un jeu de signes abstraits et lumineux. Vibracathedral Orchestra, créature anglaise à la monstrueuse discographie. Enquête forcément partielle. Travail scientifique et minutieux.  Aube crue sur de longs drones parfaitement défonçants. Guirlandes d'un noël enfin débarrassé de ses scories marchandes. Des cadeaux à tous les étages. Plus c'est pareil et plus ça change. Ergonomie du détail qui tue. Masse compacte, qu'on aborde sans rien (RIEN) y comprendre. Mais le rock and roll est aussi fait de ça. Un régime brutal, destiné à changer les visages et les âmes.  Sacré période d'adaptation à prévoir. Où les vieux briscards  reconnaitront  l'empreinte de Terry Riley. Souvenez vous de cet album maudit avec John Cale. Je parle de références, de concret. Pour donner une direction, mais certainement pas un sextant. Bases de références Versatile Arab Chord Chart  (2001) Queen of Guess (2003) et Wisdom Thunderbolt (2007).  Ou un labyrinthe sans fin, qu'il est conseillé de parcourir au moins une fois. Sans prendre de notes, merci. Sinon ça compte pas et c'est trop facile. Vous connaissez ce jeu de patience, où il faut trouver des mots dans un méli-mélo de lettres. Mon truc à moi c'est de commencer en haut à gauche,  puis dans tous les sens. On patine un peu au départ, et  au fur et à mesure tout se révèle. Serrée la grille, champ d'une bataille mentale bien menée. Pas de marche forcée, la fonction libertaire sera primordiale. Si vous passez un de ces trois disques dans un réveillon (oh  oui, oh oui) la soirée à toutes les chances de finir mal, ceci dit. Et pas seulement à cause des relents de raga, ici et la.  Musique individualiste par essence, celle de Vibracathedral Orchestra néglige les oreilles, en allant taper directement au cortex. Immense vague de chaleur, ou surgit brusquement un riff des Stones. Je vous assure que la Télécaster vintage dans ce genre de cordée, ça heurte sérieusement. Alors le temps s’arrête. Deux longues secondes. Et on se laisse de nouveau embarquer par une fusion de bronze, content de notre sort. Ah les enfoirés. On en saura pas guère plus sur les gonzes derrière tout ça. Une approche basique laisserait supposer des mutants, défoncés jusqu'aux talons. Mais la façon méthodique (la maniaquerie dans le délire ludique, presque) trahit plutôt un genre de Steely Dan, nourri au kraut plus qu' au jazz.. Des tatillons  du détail qui tue, si vous préférez. J'entends râler au fond de la salle, bien sur je vous facilite pas le boulot. Et comment que vous allez monter au charbon tous seuls, comme des grands. Prendre des risques un peu, d'autant qu'ils sont quand même réduits. Pas de clichés, de blues rock, de baveux ou de facile. Le manuel du petit rocker est ici inutilisable. Et les pochettes (j'appelle toujours ça   «pochettes» pas «livrets») sont totalement absconses. Tout dans la symbolique en béton. Impossible de s'en sortir sans  bonne volonté.  Sauter du quinzième étage, c'est avant tout dans la tête. Un gros (GROS) matelas vous attend à l'arrivée.  Situation bloquée sur  panne d’ascenseur. Tous perchés sur la grande échelle du temps libre. Abolition des idées reçues, les centristes se débinent par la fenêtre, et un tas de questions sans réponses s'entassent dans les poches sous les yeux. On a rien retenu, mais tout gardé. C'est quoi ce bordel, diront les tenants du conservatisme le plus Poujadiste, la marge bénéficiaire toujours en ligne de mire. J'en vois qui rigolent, eux ils ont saisi la quintessence. Ils savent désormais les tenants ('tain, c'est pas facile à apprivoiser) et les aboutissants (fuck, sacré came addictive).  Chronique déjantée, obligatoirement.

 

http://www.youtube.com/watch?v=tLIn-N1p2j4

 

 

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06 janvier 2012

Neil Young

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Tout ce grunge était quand même une vaste fumisterie. Des groupes adeptes du DYI, un peu plus frais que la moyenne, et vite récupérés. Les Pearl Jam, Soundgarden et autres Alice In Chains se sont retrouvés bombardés héros du jour, sans bien comprendre pourquoi. Pendant que, dans mon bled, les fans de Nirvana écoutaient aussi Sepultura. Ce que j'appelle le plus bel oxymore depuis Tristan Corbière. On pourrait aussi se demander qu'est ce que Sonic Youth avait à voir avec tout ça, et encore mieux s'en référer à Neil Young. Puisqu'on retrouvait son nom à longueur d'interviews, dans ces années la. La chemise à carreaux, les chansons à se déchirer le cœur, les grosses attaques de guitare, que sais je encore. Manquait juste l'essentiel pour égaler le modèle, ce coté caractériel/vieux râleur imprévisible. Dans mes siécles de lycée, je guettais les promos chez mon disquaire (petit budget) et je me revois encore partir avec Zuma. Qui m'avait un peu déçu, je m'attendais à beaucoup mieux, tant les critiques déliraient à son sujet. J'ignorais alors deux principes de base :

se méfier des journaleux qui reçoivent les disques sans les payer.

éviter de juger un disque de Neil Young sans connaître ni le contexte, ni celui d'avant. Tout en sachant que celui d’après est probablement en boite depuis deux ans.

Zuma, donc, était une gigantesque remontée vers la lumière la plus salvatrice, après avoir frôlé les abysses de la folie. Une galette qui écorchait joyeusement le rock, alors que Tonight's The Night arborait d'entrée un profil douloureux et dépressif. Comme celui que vous affichez en mettant le nez dehors début Mars, sans avoir posé les pieds dans la rue depuis deux mois. La pochette, en tout cas, a du épouvanter tous les babas de l'époque. Un Neil à la tronche méconnaissable, sorte de dealer de cauchemar. Et la photo du groupe à l'intérieur, fait aussi très fort. Même le J Geils Band n'a jamais réussi à avoir ce profil impitoyable de gang psychotique. Et la mise en place générale est plus que rudimentaire. Presque bâclé, si loin de la perfection stérile d'Harvest. Bon, les circonstances sont bien connues. Un Neil Young brisé par la mort de son roadie (Bruce Berry) et de son guitariste (Danny Whitten). Tous les deux emportés par la mort blanche. Plus les classiques problèmes avec la maison de disques (la pauvre) qui voulait empêcher la sortie de l'album. Aucun cadeau à attendre donc. On est prévenu dés le premier morceau, après avoir raccroché le téléphone pour une sale nouvelle. Il y a la pièce, les rideaux, et un sale goût dans la bouche. Envie de se faire une toile, pour changer d'humeur. Sans seulement voir le film. Juste l'écran. Faire le point si possible. Putain, Neil est tellement cassé qu'il pompe sans vergogne un morceau des Stones. Pire il le revendique. Sur la chanson suivante, tout le monde est invité à descendre encore plus bas. Le vice est poussé jusqu'à nous refiler une prise live, avec Danny Whitten au chant. Normalement, les murs doivent commencer à vous écraser le cerveau. Même Neil l'a senti, du fond de sa caverne. Il s'arrache la gorge mais crache le morceau. Apaises Mon Esprit chante t-il. Le voyage maudit à été trop loin, c'est revenir ou y passer. Les chansons lentes trimballent toutes un curieux feelings, d'ailleurs. Neil s'est, semble t'-il trouvé une nana, mais tout ça à des allures de marche funèbre. Un vieux fond lugubre, qui rode quelque part. Pendant que Woodstock et CSNY reçoivent aussi leur raclé. Deux coups de pompe bien ajustés. Pas question de participer à la grande ménopause des copains de promotion (Stones et Who en tête). Ou de retourner sa veste façon Bowie. Non et non, il a lutté pour être indépendant, foutez lui la paix. Et il vous racontera cette histoire de deal de poudre, qui a mal tourné. Et où un type en a flingué quatre autres. Le tout assené d'un ton dégagé, presque banal, sur fond de country électrique et peinard. Avant de fermer le banc avec une reprise terrible de la chanson titre. Sorte de message laissé sur la porte, à la pointe d'un couteau. Surin planté entre nos épaules. Qui oserait emmener cette galette maudite sur une ile déserte ?


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Posté par Hamster Jovial à 16:05 - Commentaires [2] - Rétroliens [0]